État-major de l'Armée impériale japonaise

L'État-major de l'Armée impériale japonaise (参謀本部, Sanbō Honbu?) était l'un des quatre principaux organismes chargés de superviser l'Armée impériale japonaise.

Siège de l'État-major dessiné par le conseiller étranger italien Giovanni Vincenzo Cappelletti.

RôleModifier

Le ministère de la Guerre (陸軍省, Rikugunshō?) fut créé en , en même temps que le ministère de la Marine, pour remplacer l'ancien ministère des Affaires étrangères (Hyōbushō).

Initialement, le ministère de la Guerre était chargé de l'administration et du commandement opérationnel de l'Armée impériale japonaise. Cependant, l'État-major de l'armée impériale japonaise fut créé en pour gérer toutes les opérations militaires, ne laissant au ministère que des fonctions administratives.

L'État-major était responsable de la préparation des plans militaires, de l'entraînement, de l'utilisation d'armes combinées, du renseignement militaire, des manœuvres et du déploiement des troupes, et de la rédaction du règlement militaire, des rapports et de la cartographie.

Le chef de l'État-major était le doyen des officiers de l'armée impériale japonaise et bénéficiait, comme le ministre de la Guerre, celui de la Marine et le chef de l'État-major de la marine impériale japonaise, d'un accès direct à l'empereur.

En temps de guerre, l'État-major était intégré au quartier-général impérial, un organisme supervisé par l'empereur et créé pour coordonner les opérations militaires et les ressources du gouvernement.

Origines et développementModifier

 
Carte postale montrant l'État-major de l'Armée impériale japonaise, vers 1910.

Après la restauration de Meiji de 1868, les dirigeants du nouveau gouvernement de Meiji cherchèrent à réduire la vulnérabilité du Japon vis-à-vis de l'impérialisme occidental en copiant sans relâche toutes les technologies et les pratiques sociales, militaires et gouvernementales des grandes puissances européennes.

À l'origine, la structure de l'armée japonaise était copiée sur celle de la France napoléonienne. Cependant, la victoire écrasante de la Prusse et des autres membres de la Confédération de l'Allemagne du Nord lors de la guerre franco-prussienne de 1870-1871 convainquit l'oligarchie de Meiji de la supériorité militaire du modèle prussien et en , Yamagata Aritomo et Ōyama Iwao proposèrent de réformer l'armée japonaise sur ce modèle.

En , à l'instigation de Katsura Tarō, ancien attaché militaire en Prusse, le gouvernement de Meiji adopta le modèle de l'État-major allemand (Großer Generalstab) qui comprenait l'indépendance de l'armée vis-à-vis des organes civils, l'assurance que les manœuvres militaires ne seraient pas décidées par les partis politiques, et que l'armée ne serait responsable que devant l'empereur du Japon plutôt que le Premier ministre.

Les fonctions administratives et opérationnelles de l'armée furent divisées entre deux organismes. Le ministère de la Guerre assurerait l'administration, l'approvisionnement et la mobilisation et un État-major indépendant assurerait les plans stratégiques et le commandement militaire. Le chef de l'État-major, qui avait un accès direct à l'empereur, pouvait opérer indépendamment du gouvernement civil. Cette indépendance complète de l'armée fut codifiée par la constitution Meiji de 1889 qui plaça l'armée et la marine sous commandement direct de l'empereur, et non sous l'autorité d'un organe civil comme le Cabinet.

Yamagata Aritomo devint le premier chef de l'État-major en 1878. En raison de son influence, les chefs suivants furent plus puissants que le ministre de la Guerre.

De plus, en 1900, une ordonnance impériale (loi d'obligation pour les ministres militaires d'être choisis parmi les officiers en service actif (軍部大臣現役武官制, Gumbu daijin gen'eki bukan sei?)) décréta que les deux ministres, armée et marine, devaient être choisis parmi les généraux (amiraux), lieutenant-généraux (vice-amiraux) en service actif. En ordonnant la démission du ministre de la Guerre ou en refusant la nomination d'un général à ce poste, le chef de l'État-major pouvait amener à la démission du gouvernement et déjouer les tentatives de reformes.

Sur les dix-sept officiers qui furent chef de l'État-major entre 1879 et 1945, trois étaient princes de sang impérial (Arisugawa Taruhito, Komatsu Akihito, et Kan'in Kotohito) et donc bénéficiaient d'un grand prestige en raison de leur lien avec l'empereur.

L'État-major de l'Armée impériale japonaise fut aboli par les forces alliées en 1945.

OrganisationModifier

L'organisation de l'État-major de l'armée impériale japonaise a subi de nombreux changements durant son existence. Immédiatement après le déclenchement de la guerre du Pacifique, il fut divisé en quatre bureaux opérationnels et en un certain nombre d'organismes additionnels :

Chef de l'État-major de l'armée (général ou maréchal)
Vice-chef de l'État-major de l'armée (lieutenant-général)

  • Affaires générales (personnel, comptabilité, domaine médical, planification de la mobilisation)
  • G-1 (Opérations)
    • Département de stratégie et de tactique
    • Département de cartographie
  • G-2 (Renseignements)
    • Département de Russie
    • Département d'Europe et d'Amérique du Nord
    • Département de Chine
    • Autres départements
  • G-3 (Transport & Communications)
  • G-4 (Rapports et cartes)
  • G-5 (Fortifications) [de à ]
  • École de l'État-major

Chefs de l'État-major de l'arméeModifier

Note : Le rang donné est le dernier rang de la personne et non le rang tenu pendant le poste de chef de l'État-major . Pour exemple, le rang de maréchal n'existait qu'en 1872/3 et à partir de 1898.

# Dates du poste Nom
1 - Lieutenant-général Yamagata Aritomo
2 - Lieutenant-général Ōyama Iwao
3 - Lieutenant-général Comte Yamagata Aritomo
4 - Général Prince Arisugawa Taruhito
5 - Lieutenant-général Ozawa Takeo
6 - Général Prince Arisugawa Taruhito
7 - Général Prince Komatsu Akihito
8 - Général Kawakami Sōroku
9 - Général Marquis Ōyama Iwao
10 - Général Marquis Yamagata Aritomo
11 - Général Marquis Ōyama Iwao
12 - Général Kodama Gentarō
13 - Général Baron Oku Yasukata
14 - Général Hasegawa Yoshimichi
15 - Général Uehara Yūsaku
16 - Général Kawai Misao
17 - Général Suzuki Soroku
18 - Général Kanaya Hanzo
19 - Général Prince Kan'in Kotohito
20 - Général Hajime Sugiyama
21 - Général Hideki Tōjō
22 - Général Yoshijirō Umezu

Vice-chef de l'État-major de l'arméeModifier

# Date du poste Nom
1 - Major-général Ōyama Iwao
x - Poste non occupé
2 - Lieutenant-général Soga Sukenori
3 - Major-général Kawakami Sōroku
4 - Lieutenant-général Soga Sukenori
5 - Lieutenant-général Ozawa Takeo
x - Poste non occupé
6 - Lieutenant-général Kawakami Sōroku
x - Poste non occupé
7 - Lieutenant-général Ōsako Naoharu
8 - Lieutenant-général Terauchi Masatake
9 - Major-général Tamura Iyozō
10 - Lieutenant-général Fukushima Yasumasa
11 - Lieutenant-général Kodama Gentarō
12 - Lieutenant-général Fukushima Yasumasa
13 - Lieutenant-général Ōshima Ken'ichi
14 - Lieutenant-général Akashi Motojirō
15 - Lieutenant-Général Tanaka Giichi
16 - Lieutenant-général Fukuda Masatarō
17 - Lieutenant-général Kikuchi Shin'nosuke
18 - Lieutenant-général Nobuyoshi Mutō
19 - Lieutenant-général Kanaya Hanzō
20 - Lieutenant-général Jirō Minami
21 - Lieutenant-général Okamoto Ren'ichirō
22 - Lieutenant-général Ninomiya Osamu
23 - Lieutenant-général Jinzaburō Masaki
24 - Lieutenant-général Kenkichi Ueda
25 - Lieutenant-général Hajime Sugiyama
26 - Lieutenant-général Nishio Tosizō
27 - Lieutenant-général Imai Kiyoshi
28 - Lieutenant-général Hayao Tada
29 - Lieutenant-général Nakajima Tetsuzō
30 - Lieutenant-général Sawada Shigeru
31 - Lieutenant-général Tsukada Osamau
32 - Lieutenant-général Moritake Tanabe
33 - Lieutenant-général Hata Hikosaburō
34 - Lieutenant-général Jun Ushiroku
35 - Lieutenant-général Torashirō Kawabe

RéférencesModifier

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Imperial Japanese Army General Staff Office » (voir la liste des auteurs).
  • U.S. War Department, Handbook of Japanese Military Forces, TM-E 30-480 (1945; Baton Rogue and London: Louisiana State University Press, 1991, reprint).
  • (en) Saburo Hayashi et Cox, Alvin D, Kogun: The Japanese Army in the Pacific War, Quantico, Virginia, The Marine Corps Association.,
  • Shin'ichi Kitaoka, "Army as Bureaucracy: Japanese Militarism Revisited", Journal of Military History, special issue 57 (October 1993): 67-83.
  • (en) Robert B. Edgerton, Warriors of the Rising Sun: A History of the Japanese Military, Boulder, Westview Press, (ISBN 978-0-8133-3600-8)
  • (en) Meirion Harries, Soldiers of the Sun: The Rise and Fall of the Imperial Japanese Army, New York, Random House, , 1re éd., poche (ISBN 978-0-679-75303-2)