Épreuves classantes nationales

Les épreuves classantes nationales (ECN) ont remplacé en 2004 le concours de l'internat.

En effet, depuis 2004, le second cycle des études de médecine en France s’achève pour tous les étudiants par les épreuves classantes nationales. Parmi les innovations, la médecine générale est considérée comme une spécialité à part entière, tous les futurs médecins étant désormais tenus de passer ces épreuves théoriques, et non pas un examen qui suppose l'obtention de la moyenne pour réussir.

Suivant son classement, l’étudiant choisit son centre hospitalier universitaire (et donc sa ville) d’affectation, ainsi que sa filière, puis les services où il effectuera des stages de six mois. Ce choix s'effectue d'abord par Internet (phase de pré-choix et simulations), le choix définitif ayant lieu au cours d'un « amphi de garnison » qui réunit tous les étudiants par tranche de classement. Cette procédure permet à l'étudiant de choisir son poste en ayant pleinement connaissance des places disponibles.

En 2005, un millier de postes, tous en médecine générale n'ont pas été pourvus, les étudiants préférant redoubler plutôt que de devenir généralistes. Les postes dans les autres spécialités étant tous pourvus.

À partir de 2016, les épreuves sont informatisées et donnent lieu aux Épreuves classantes nationales informatisées. Organisées par le Centre national de gestion (CNG), elles remplacent les épreuves classantes nationales (ECN) par dématérialisation au moyen de tablettes tactiles.

À la base prévue pour la rentrée 2020 mais décalé à la rentrée 2021 à cause de la pandémie de Covid-19 qui a ralenti sa mise en place logistique, les étudiants de quatrième année en médecine verront l'ECN disparaître[1].

HistoireModifier

L'ancien concours de l'internatModifier

L'internat a été créé en 1801. Il durait 4 ans et était accessible via un concours très sélectif réservés aux externes, qui étaient les étudiants ayant réussi le concours de l'externat. Le nombre de places au premier concours de l’internat était de 24, 60 à la fin du XIXe siècle, 80 pour un millier de candidats au début du XXe. L'externat disparut après 1968, mais le concours de l'internat « ancienne manière » perdura jusqu'en 2005, pour être remplacé par des épreuves classantes nationales.

Réforme de l'ECNiModifier

Un groupe interministériel, créé par les ministères de la Santé et de l'Enseignement Supérieur le [2], est chargé d'étudier la faisabilité d'ECN informatisées. Son rapport indique que les raisons d'une réforme des épreuves classantes nationales sont principalement économiques et pédagogiques[3].

L'organisation des épreuves classantes nationales implique jusqu'alors des moyens logistiques considérés comme lourds : l'impression des dossiers au format papier et la mobilisation pendant trois semaines d'un jury constitué de près de 400 personnels enseignants et hospitaliers. L'économie réalisée attendrait 4 millions d'euros[4].

Le groupe interministériel estime également que les étudiants en médecine doivent changer leur manière d'analyser, raisonner et décider plutôt qu'appliquer la méthode du « bachotage » qui était une pratique courante. Les TICE sont donc plus adaptées à ces épreuves. Le support numérique doit également permettre d'intégrer des ressources plus interactives (par exemple des vidéos) aux sujets[5].

Le Centre national de gestion propose d'organiser et financer pour chaque université deux épreuves tests nationales (ETN) afin de valider le projet en conditions réelles en vue des véritables ECNi de [3].

Le premier essai d'envergure nationale a lieu le . Organisées simultanément dans 34 universités sur trois jours et 8 279 étudiants, les épreuves sont perturbées par une saturation des serveurs informatiques[6],[7],[8]. Les étudiants baptisent alors leur promotion « promo crash test[9] ».

Le deuxième essai a lieu du 7 au avec 7 889 étudiants ; les deux premières journées se déroulent avec succès[10]. C'est sur l'épreuve de lecture critique d'article qu'un nouveau problème s'est présenté : les fonctions de surlignage et d'onglets en parallèle ont saturé les serveurs[11]. Le test est repoussé au lendemain et s'achève sans encombre[12].

Projet SIDESModifier

Une plateforme numérique nationale d'évaluation, intitulée SIDES (Système Informatisé Distribué d’Évaluation en Santé) est ouverte depuis . Chaque université est dotée d'une de ces plateformes afin de proposer aux enseignants de contribuer à la base de données docimologique. Un accès à cette base de données est proposé aux étudiants afin de se préparer aux examens[3]. Cette plateforme est développée par l'université Joseph-Fourier - Grenoble 1[13].

ÉpreuvesModifier

Les épreuves se déroulent à raison de 3 heures par demi-journée sur 5 demi-journées, soit un total de 15 heures cumulées. Les épreuves et barèmes sont les suivants [14] :

  • 18 dossiers cliniques progressifs (DCP) sur 3 demi-journées : 70 % de la note.
  • 120 questions isolées (QI) sur une demi-journée : 20 % de la note.
  • 30 questions sur lecture critique d'article (LCA) sur une demi-journée : 10 % de la note.

La correction des questionnaires à choix multiples, automatique, reste identique à celle des ECN.

SujetsModifier

Un conseil scientifique est chargé d'élaborer les sujets[15]. Ce conseil constitue une banque de sujets au sein de laquelle les sujets des épreuves sont tirés au sort[14].

Les sujets sont censés être originaux mais en 2016[16] et en 2017 des sujets déjà présentés dans certaines universités ont été réutilisés, obligeant le jury à invalider les sujets concernés et les candidats à repasser une partie des épreuves[17]. Cette erreur a déclenché la colère des associations d'étudiants en médecine[18].

Épreuves classantes nationales (depuis 2004)Modifier

Première partie : 11 modules pluridisciplinairesModifier

Module 1 : Apprentissage de l'exercice médicalModifier

L’étudiant doit apprendre à maîtriser la relation médecin-malade et sa différence dans la maladie aiguë grave et dans la maladie chronique. Il doit savoir communiquer et justifier sa démarche diagnostique et thérapeutique en s’appuyant sur les données actuelles de la science. Il a une obligation d’auto-formation grâce à la recherche documentaire, à l’analyse critique, et à l’apprentissage à la résolution de problèmes. Cette attitude professionnelle dont l’étudiant doit connaître les aspects médico-légaux, doit respecter la déontologie et les droits des malades.

Module 2 : De la conception à la naissanceModifier

L’étudiant doit connaître la contraception et les problèmes médicaux liés à la procréation, à la grossesse et à la naissance. Il doit participer à la prise en charge de la grossesse et de ses complications. Il doit connaître les problèmes posés par les principales maladies génétiques et participer à l’information de la famille et du malade.

Module 3 : Maturation et vulnérabilitéModifier

L’étudiant doit connaître les aspects normaux et pathologiques de la croissance humaine et du développement psychologique. Il doit être capable d’identifier et de savoir prendre en charge les comportements qui témoignent d’une fragilité de l’individu, en particulier à certaines périodes de la vie, afin de prévenir et dépister le passage à des conditions désocialisantes ou pathologiques.

Module 4 : Handicap - Incapacité - DépendanceModifier

À partir des notions générales sur les handicaps et les incapacités, l’étudiant doit comprendre à propos de deux ou trois exemples, les moyens d’évaluation des déficiences, incapacités et handicaps, les principes des programmes de rééducation, de réadaptation et de réinsertion et surtout la prise en charge globale, médico-psycho-sociale, de la personne handicapée dans une filière et/ou un réseau de soins.

Module 5 : VieillissementModifier

L’étudiant doit connaître les caractéristiques du vieillissement humain normal et pathologique et les aspects spécifiques des maladies des personnes âgées. Il doit analyser la polypathologie et hiérarchiser ses actions. Il doit savoir discuter le rapport bénéfice/risque des décisions médicales en prenant en compte la personne âgée dans sa globalité, son environnement et ses attentes.

Module 6 : Douleur - Soins palliatifs - AccompagnementModifier

L’étudiant doit savoir différencier une douleur aiguë ou douleur “symptôme” d’une douleur chronique ou douleur “maladie”. Il doit être attentif à écouter, à évaluer et à prendre en charge les souffrances physiques et morales des malades. Il doit être capable de mettre en place et de coordonner les soins palliatifs à domicile ou à l’hôpital chez un malade en fin de vie.

Module 7 : Santé et environnement - Maladies transmissiblesModifier

L’étudiant doit savoir analyser les grands problèmes de santé publique en France et dans le monde, l’influence de l’environnement et du travail sur la santé et appliquer la prévention des risques. Il doit connaître les principales maladies transmissibles, leur prévention et leur traitement, et formuler des recommandations précises d’hygiène pour limiter le risque nosocomial.

Module 8 : Immunopathologie - Réaction inflammatoireModifier

L’étudiant doit connaître les grands mécanismes immunopathologiques et les principales affections mettant en jeu une réaction inflammatoire, allergique, dysimmunitaire ou fibrosante. Il doit maîtriser la prise en charge diagnostique et thérapeutique des affections les plus courantes. Il doit connaître les problèmes posés par les affections plus rares et participer à leur surveillance au long cours ainsi qu’à celle des transplantations d’organes.

Module 9 : Athérosclérose - Hypertension - ThromboseModifier

L’étudiant doit connaître les facteurs de risque, les complications et le traitement de l’athérome et de l’hypertension artérielle. La prise en charge du malade polyathéromateux doit être envisagée dans sa globalité, au long cours ou lors d’une complication. L’étudiant doit connaître les procédures de prévention, de diagnostic et de traitement de la maladie thrombo-embolique artérielle et veineuse.

Module 10 : Cancérologie - Onco-hématologieModifier

L’étudiant doit connaître les stratégies de prévention, de dépistage, de diagnostic et de traitement des principales tumeurs bénignes et malignes, afin de participer à la décision thérapeutique multidisciplinaire et à la prise en charge du malade à tous les stades de sa maladie.

Module 11 : Synthèse clinique et thérapeutiqueModifier

À la fin du 2e cycle, l’étudiant doit être capable, dans des situations cliniques très fréquentes et/ou d’urgence, d’évaluer la gravité, de décider ou non une hospitalisation, d’argumenter la prise en charge du malade, le raisonnement diagnostique et les examens complémentaires pertinents, en tenant compte des spécificités de l'enfant. Il doit instaurer un traitement et une surveillance adaptée. L’acquisition de ces procédures cliniques et thérapeutiques doit s’appliquer à des cas cliniques réels faisant ressortir les problèmes posés par la polypathologie et les traitements multiples sur des terrains à risque.

Deuxième partie : Maladies et grands syndromesModifier

Troisième partie : Orientation diagnostique devantModifier

SpécialitésModifier

Le nombre de postes d'internes à pourvoir chaque année dans les différentes spécialités est défini par un arrêté du gouvernement publié au Journal Officiel[19]. Les différentes spécialités médicales et chirurgicales en 2019 et le nombre de postes :

Spécialités médicales
Spécialités Nombre de postes
Allergologie 28
Anatomie et cytologie pathologique 59
Anesthésie-réanimation 467
Biologie médicale 105
Dermatologie et vénérologie 91
Endocrinologie-diabétologie-nutrition 83
Génétique médicale 20
Gériatrie 192
Gynécologie médicale 82
Hématologie 43
Hépato-gastro-entérologie 125
Maladies infectieuses et tropicales 51
Médecine cardio-vasculaire 179
Médecine d'urgence 469
Médecine et santé au travail 122
Médecine générale 3213
Médecine intensive-réanimation 72
Médecine interne et immunologie clinique 122
Médecine légale et expertises médicales 26
Médecine nucléaire 32
Médecine physique et de réadaptation 96
Médecine vasculaire 45
Néphrologie 78
Neurologie 125
Oncologie 118
Pédiatrie 325
Pneumologie 119
Psychiatrie 529
Radiologie et imagerie médicale 249
Rhumatologie 85
Santé publique 61
Spécialités médico-chirurgicales
Spécialité Nombre de postes
Gynécologie obstétrique 201
Ophtalmologie 143
ORL et chirurgie cervico-faciale 78
Urologie 61
Spécialités chirurgicales
Spécialité Nombre de postes
Chirurgie maxillo-faciale 26
Chirurgie orale 12
Chirurgie orthopédique et traumatologique 120
Chirurgie pédiatrique 22
Chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique 28
Chirurgie thoracique et cardio-vasculaire 25
Chirurgie vasculaire 27
Chirurgie viscérale et digestive 78
Neurochirurgie 25

MatérielModifier

 
Une tablette iPad 2, un des modèles validé pour les épreuves classantes nationales informatisées.

Le choix des tablettes est fait par le Centre national de gestion, prestataire en la matière des Ministères de la Santé et de l'Enseignement supérieur, selon un ensemble de critères garantissant une équité de traitement entre les candidats : les performances matérielles, la compatibilité avec la plate-forme SIDES, la durée de la batterie, la résolution de l'écran et la capacité de configurer massivement les tablettes. Le choix, réévalué chaque année, se porte alors sur les tablettes de marque Apple et valide les modèles suivants : iPad 2, iPad 3, iPad 4, iPad Air et iPad Air 2[20].

Notes et référencesModifier

  1. « Fin des ECN : entrée en vigueur en 2019 », sur Remede.org (consulté le 20 juin 2019)
  2. Geneviève Fioraso, « Des épreuves classantes nationales numériques pour les étudiants en médecine en 2016 », sur enseignementsup-recherche.gouv.fr, (consulté le 23 mars 2016)
  3. a b et c « Les Épreuves Classantes Nationales Informatisées », sur side-sante.org en ligne le = 3 mai 2014 (consulté le 23 mars 2016)
  4. Marie-Hélène Vernier, « Nancy : exams de médecine sur iPad », sur estrepublicain.fr, (consulté le 23 mars 2016)
  5. Sophie Blitman, « En médecine, les internes à l’ère de l’examen sur tablette »,
  6. Virginie Bertereau, « Médecine : le premier test grandeur nature des ECNi raté, les étudiants dépités », sur letudiant.fr, (consulté le 23 mars 2016)
  7. « Crise de nerfs chez les étudiants en médecine après des bugs lors d'examens sur tablette », sur francetvinfo.fr, (consulté le 23 mars 2016)
  8. Zoé Barbier, « Médecine : gronde étudiante après le raté des exams sur tablettes site=[https://www.ouest-france.fr ouest-france.fr] », (consulté le 23 mars 2016)
  9. « Médecine : 300 étudiants de la «promo crash test» en colère », sur ladepeche.fr, (consulté le 23 mars 2016)
  10. Sylvie Montaron, « Médecine : menace de bug sur l’internat », sur ledauphine.com, (consulté le 23 mars 2016)
  11. Coline Paistel, « Médecine : Nouveau bug des tablettes lors du concours blanc », sur ouest-france.fr, (consulté le 23 mars 2016)
  12. Virginie Bertereau, « Médecine : le dernier test des ECNi presque réussi... », sur letudiant.fr, (consulté le 23 mars 2016)
  13. Julie-Anne De Queiroz, « Etudiants: les examens sur tablettes numériques appellés à se multiplier », sur lefigaro.fr, (consulté le 24 mars 2016)
  14. a et b Arrêté du 20 juillet 2015 relatif à l'organisation des épreuves classantes nationales anonymes donnant accès au troisième cycle des études médicales
  15. Article R632-3 du Code de l'éducation
  16. Aurélie Haroche, « Cafouillage aux ECNi : une épreuve annulée et reprise ce jeudi ! »,
  17. Aude Bariéty, « 8450 étudiants en médecine doivent repasser une épreuve d’internat »,
  18. Séverin Graveleau, « Colère des étudiants de médecine après l’annulation d’une épreuve de l’internat (ECN) »,
  19. https://www.cng.sante.fr/concours-examens/epreuves-classantes-nationales-ecn
  20. [PDF] Vincent Royer, « Sécurité ECNi », sur side-sante.org (consulté le 23 mars 2016)

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier