Épice gériatrique

drogue de fiction du cycle de Dune

L’Épice gériatrique (ou plus couramment l'Épice), aussi appelée le Mélange (« the spice » et « Melange » en version originale) est une substance de fiction présente dans la série de romans de science-fiction du cycle de Dune de l'écrivain américain Frank Herbert.

Produite sur la planète désertique Arrakis (Dune) par les vers des sables géants, dont elle est une sécrétion[1], l’Épice est une sorte de drogue qui prolonge la vie, renforce les défenses immunitaires et permet d'éveiller la conscience des navigateurs de la Guilde spatiale en améliorant leur facultés de prescience (vision de l'avenir)[2], sans laquelle toute navigation interstellaire longue distance est impossible[a]. Chez les Fremen et les Révérendes Mères de l'Ordre du Bene Gesserit, l’Épice (et ses dérivés) est également utilisée pour procurer certains effets spécifiques.

Étant donné que l’Épice n'existe que sur Arrakis, qu'elle n'est pas synthétisable (du moins dans les premiers romans d'Herbert)[b], et qu'elle n'est récoltée qu'en faible quantité, elle représente une ressource rare et chère, convoitée par toutes les forces importantes de l'Imperium.

Cycle de l’ÉpiceModifier

Le cycle de création de l’Épice est un phénomène complexe et dont tous les aspects n'ont pas été révélés par Frank Herbert.

CréationModifier

À l’origine, l’existence de l’Épice est le fruit de l’affrontement entre l’eau et les vers géants des sables (nommés « Shai-Hulud » chez les Fremen) sur la même planète, Arrakis, la planète des sables (nommée « Dune » par les Fremen).

Les vers des sables ne pouvant vivre en présence d'eau (leur occasionnant une grande douleur), ils disposent d’une sorte d’arme biologique pour lutter contre elle : les truites des sables, des vecteurs issus de leur espèce. Ces petites créatures unicellulaires (de la taille d'un petit poisson), sans intellect, sont très communs sur cette planète[c], vivant en abondance dans le désert d’Arrakis. Les truites des sables sont irrésistiblement attirés par l’eau. Dès qu’une poche d’eau apparaît dans le désert, une énorme quantité de truites vient s’agglomérer autour, absorbant l'eau et formant des poches hermétiques d’où l’eau ne peut s’échapper (Herbert dit qu'elles « enkystent » l'eau).

Dans la poche se produit alors une réaction chimique entre l’eau et les déjections des truites, qui produit le Mélange. À terme, la poche d’Épice en formation devient composée uniquement de dioxyde de carbone et d’Épice. La bulle monte alors lentement à la surface, grâce au dioxyde de carbone. Une fois à la surface, la poche d’Épice explose violemment en dispersant les truites (qui meurent dans le processus) et en répandant l’Épice, qui retombe tout autour dans le sable environnant, alimentant ainsi le plancton des sables (la nourriture des vers). Les vers géants dispersent ensuite l’Épice alentour, la remuant lors de leurs fréquents passages dans le désert.

Ce mécanisme cyclique est indispensable dans l’écosystème de la planète.

Récolte et exploitationModifier

Avant l’Impérium (dans les romans Avant Dune et suivants, postérieurs à l’œuvre originale de Frank Herbert), les tribus Zensunni d’Arrakis (les ancêtres des Fremen) récoltaient l'Épice pour leur usage et la troquaient avec les quelques villes de la planète. Tuk Keedair, un marchand d’esclaves tleilaxu qui espérait faire une rafle dans le nord, se reporta, vu la difficulté, sur l’Épice et la consomma à en attaquer son stock. Il prit une cargaison réduite pour tester cette marchandise sur les peuples « Hors-Monde » (en dehors de la planète). Devant le succès de cette transaction, il s’allia à Aurélius Vemport, un négociant en drogues et décoctions, pour optimiser le commerce de l’Épice.

Lors de la période de l’Impérium (dans les romans d'Herbert), la récolte de l’Épice produite par les truites des sables est effectuée grâce à des moissonneuses, de gigantesques usines mobiles qui parcourent le désert. Les moissonneuses, tractées par d’immenses ailes volantes (des ailes porteuses ou « portants »), sont posées dans le désert quand une masse d’Épice est découverte, puis se dépêchent de la récolter avant d'être récupérées par les portants.

La récolte de l’Épice est en effet une activité très dangereuse car cette substance, à cause de son origine, ne peut se trouver que dans le désert d’Arrakis, territoire des vers géants. Ces mastodontes ont des facultés auditives exceptionnelles qui leur permettent de capter les vibrations infimes à des kilomètres à la ronde. Par conséquent, une moissonneuse en train d’exploiter un gisement d’épice sera toujours repérée par un ou plusieurs vers des sables, qui deviendront fous furieux et n’auront de cesse que de détruire l’intrus. C’est pour cette raison que les moissonneuses sont toujours couplées à une aile porteuse et escortées par deux ou trois ornithoptères, ces derniers étant chargés de surveiller l’arrivée d’un ver géant (repérable par le dôme de sable qui se forme lors de son passage, appelé le « signe du ver » par les habitants de Dune), mais aussi de découvrir les gisements d’Épice prometteurs (leurs capteurs sondant le sable pour évaluer la récolte).

Lors de la récolte, la moissonneuse récupère le sable de surface gorgé d’Épice, puis sépare les deux élément avec ses centrifugeuses intégrées, éliminant le sable qu'elle rejette au dehors pour ne conserver que l’Épice.

L’Épice est ensuite raffinée pour en faire un produit consommable, nommé généralement le « Mélange ». Herbert ne décrit pas cette procédure.

Herbert parle de l’Épice comme ayant une forte odeur de cannelle, mais ne précise pas vraiment sa couleur (dans les premiers romans) ou sa forme véritable (on suppose que c'est une sorte de poudre ou un aggloméré, d’où le terme « Mélange », qui n'est pas non plus explicité). Dans Les Hérétiques de Dune, il décrit des monceaux d’Épice stockés dans d’énormes bacs (le « magot » de l'empereur dieu Leto II, découvert au Sietch Tabr par la Révérende Mère Darwi Odrade), comme ayant une couleur bleutée, légèrement phosphorescence[d].

Après la récolte et sa transformation, le Mélange est distribué par l'intermédiaire du CHOM (Combinat ou Compagnie des Honnêtes Ober Marchands), qui est chargé de sa commercialisation. Le CHOM est composé de plusieurs directorats (directoires), ceux-ci étant possédés par l’empereur (à la majorité des voix) et par les autres Grandes Maison de l'Imperium et la Guilde Spatiale.

Autres utilisationsModifier

Sur Arrakis, l’Épice est une substance très utilisée du fait de la relative abondance de ses sous-produits (l’air même en est saturé).

On la retrouve dans les fibres textiles (la fibre d’Épice est utilisée pour fabriquer des objets de tous les jours, comme des contenants), le papier (papier d’Épice), le plastique, et même comme composant d'explosifs[e].

Mais c’est dans les boissons et la nourriture que son utilisation est la plus répandue, car son goût de cannelle ainsi que ses propriétés gériatriques sont très appréciées. Le produit le plus typique est sans doute le café d’épice, une spécialité fremen. Elle est aussi utilisée pour fabriquer de la bière d'épice, un alcool aux effets puissants[f].

Consommation, effets physiologiques et secondairesModifier

Comme toute drogue ou médicament, l’Épice offre divers effets.

Parmi les effets les plus notoires de l’Épice, on peut noter ses capacités gériatriques (durée de vie prolongée avec une consommation régulière)[g], et une immunité à certaines maladies et poisons mineurs[e].

L’Épice possède également des vertus stimulantes (conscience) et, chez certains individu, permet une amélioration des facultés de prescience (vision de l'avenir), tels les navigateurs de la Guilde spatiale mais aussi certains membres de la Maison Atréides[h] et, bien sur, les Révérendes Mères de l'Ordre du Bene Gesserit (tel dame Jessica), qui l'utilisent notamment pour acquérir leur Mémoire Seconde.

Les Révérendes Mères du Bene Gesserit et les Fremen, comme tous les autres habitants de l'Imperium, utilisent l’Épice pour leur consommation courante[i], mais aussi une variante de celle-ci, nommée « essence d’Épice » (ou « Eau de la vie »).

L’« essence d’Épice » résulte de la noyade d'un « petit faiseur » (un ver des sables avorton) plongé dans l'eau, qui produit un liquide fortement concentré en Épice, et d'une toxicité mortelle. Les sœurs postulantes du Bene Gesserit s'en servent lors de leur cérémonie rituelle appelée « agonie de l’Épice » (qui leur permet de passer au statut de Révérende Mère) ; les Fremen s'en servent lors des « orgies Tau » (des cérémonies tribales ou ils absorbent cette substance — préalablement rendue inoffensive par leur Révérende Mère tribale), ce qui leur donne des hallucinations mystiques.

Les navigateurs de la Guilde utilisent souvent l’Épice sous forme de tablettes, des cachets saturés d’Épice qu'ils absorbent continuellement.

L'Épice occasionne aussi des effets secondaires :

  • une exposition prolongée à l’Épice rend définitivement dépendant ;
  • à très haute dose, elle devient toxique ;
  • l’absorption régulière d’Épice entraîne le bleuissement intégral des yeux, nommé par les Fremen le « bleu de l’Ibad ». Chez les navigateurs de la Guilde, qui l'absorbent à haute dose et en permanence, les yeux sont d'un bleu très profond, proche du noir[j] ;
  • pour les Révérendes Mères, le manque d’Épice de façon prolongée provoque la mort[k]. Herbert ne précise pas les effets d'une privation de Mélange chez les navigateurs de la Guilde, mais au vu de leur consommation intense (et de leur conduite pour ne jamais rien faire qui puisse couper leurs sources approvisionnement), on peut supposer quelque chose de semblable.

Impact politique et économiqueModifier

La majorité des forces politiques de l'Imperium dépendent directement de l'Épice. Elle est donc de fait l’élément central de l’univers de Dune. Par exemple, la Guilde spatiale, qui détient le monopole des voyages interplanétaires, ne peut faire sans pour octroyer la prescience à ses navigateurs, qui peuvent ainsi voyager dans l’hyperespace sans danger. Le Bene Gesserit est aussi obligé de l'utiliser pour accéder à la Mémoire Seconde.

Par ailleurs, du fait de ses propriétés gériatriques, l’Épice attire la convoitise de tous habitants de l'Imperium, et un chantage sur la privation de cette substance (pour ceux qui y sont habitués) est un levier politique majeur. C’est une des raisons principales pour lesquelles l’Empereur padishah est maître d’Arrakis, qu'il surveille étroitement. Au début du cycle des romans d'Herbert, la gérance de la planète est confiée à la Maison Harkonnen en tant que semi-fief (en plus de leur planète Geidi Prime). Toute la comptabilité de l’Épice doit être remise à l’Empereur, qui juge si la production est satisfaisante ou non (ce qui causa la ruine de la Maison Richèse dans le passé). De plus, l'exploitant de la planète doit payer la dîme d’Épice à l’empereur, qui ne souffre d'aucun délai.

L’Épice est la substance la plus onéreuse de cet univers : à l’époque de Muad-Dib (à partir de Dune), elle atteint déjà des prix très élevés ; Herbert fait dire à un de ses personnage qu'une poignée d’Épice suffit à acheter une demeure sur la planète Tupille. Dans L'Empereur-Dieu de Dune, au cours de la « Paix de Leto » (sous le règne de l’empereur dieu Leto II, période ou les vers géants de Dune ont disparu), une valise de Mélange pouvait être échangée contre une planète.

L’Épice est donc la raison principale pour laquelle la planète Arrakis attire tant les convoitises des factions de l’Imperium, qu’il s’agisse des familles des Grandes Maisons du Landsraad, de l’Empereur, du CHOM, du Bene Gesserit, Bene Tleilax ou de la Guilde spatiale.

Par la suite, des siècles plus tard, après la Grande famine et la Grande Dispersion, l’Épice de synthèse est produite en masse par le Bene Tleilax (avec ses cuves Axolotl), démocratisant le Mélange dans toute la galaxie à un coût dérisoire.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Avant l’utilisation de l’Épice, les voyages spatiaux étaient très longs, très limités en distance et dangereux.
  2. Elle le sera à partir du roman Les Hérétiques de Dune, grâce au Bene Tleilax.
  3. Dans Dune et les romans suivants, les enfants Fremen chassent souvent les truites des sables dans le désert, comme un jeu, pour absorber leur eau.
  4. Dans le tome précédent, L'Empereur-Dieu de Dune, quand l'empereur Leto II emmène Siona Atréides dans le désert pour la tester, il lui fait absorber de l’Épice pure produite par son propre corps pré-vermiforme (son corps est composé de truites des sables agglomérées), sécrétant un liquide bleuté concentré en Épice. Vers la fin du roman, quand Leto est victime d'un attentat, il est projeté dans un fleuve ; son corps pré-vermiforme se désagrège sous l’action de l'eau, sécrétant l’Épice, de couleur bleue.
  5. a et b Comme noté par le duc Leto dans Dune.
  6. Dont le soldat Duncan Idaho abusera dans Dune, à son détriment.
  7. Dans ses premiers romans, Herbert indique vaguement une amélioration de quelques années ; dans les derniers romans, il parle plus d’un accroissement de vie d'une centaine d'années, par exemple quand décrit le Bashar suprême Miles Teg dans Les Hérétiques de Dune.
  8. Comme Paul Atréides, sa sœur Alia, les enfants de Paul Leto II et Ghanima, et plus tard le Bashar Miles Teg (sous une forme différente), voire aussi, dans un degré moindre Siona Atréides, Monéo et Darwi Odrade.
  9. Les Sietch fremen sont saturés d’Épice, notamment leur nourriture ou à cause des objets divers qu'ils fabriquent avec l’Épice, notamment la « fibre d’Épice ».
  10. Dans Dune, Paul Atréides découvre qu'un navigateur possède des verres de contact pour cacher ses yeux, rendus quasi noirs par sa consommation de Mélange.
  11. Notamment précisé dans Les Hérétiques de Dune et surtout La Maison des mères.

RéférencesModifier

  1. (en) Charlie Hall, « What is the giant sandworm in Dune? », sur Polygon, .
  2. François Ruiz, « Cycle de Dune, Tome1 : Dune de Frank Herbert », sur Futura-sciences.com (consulté le 18 septembre 2020).

Articles connexesModifier