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Éosphoros et Hespéros

personnification de l'étoile du matin dans la mythologie grecque et romaine
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Phosphoros et Hespéros par Evelyn De Morgan. Phosphoros (torche levée), Hespéros (torche baissée)

Dans la mythologie grecque, le dieu Éosphoros (Ἑωσφόρος[1], « porteur de la lumière de l'aurore ») est la personnification de la planète Vénus quand elle se lève peu avant l'aurore.

Les Romains l'assimileront à leur Lucifer[2].

ÉosphorosModifier

L'astre du matin apparaît pour la première fois dans Homère au chant XXIII, 226-227[3] de L'Iliade mais le texte grec fait débuter son nom par un epsilon minuscule. Rien ne laisse donc supposer ici qu'il s'agit d'une personnification. L'aurore (êos), elle-aussi, est écrite avec une minuscule alors qu'Homère l'avait précédemment personnifiée (Chants II, 48; VIII, 1 et 565; IX, 707; XI, 1-2, XIX, 1-2, XXIII, 109).

« Mais quand l'étoile du matin vint annoncer le jour et que l'aurore aux voiles de safran couvrit la mer, le feu du bûcher s'apaisa... » (il s'agit du bûcher de Patrocle).

Hésiode (Théogonie, 375-383)[4], quant à lui, personnifie l'astre du matin et lui donne une généalogie (Notons que Eosphoros commence par un epsilon majuscule) :

« Unie d'amour à Crios, Eurybié, divine entre les déesses, enfanta le grand Astraios, et Pallas, et Persès qui entre tous brillait par son savoir. A Astréos (Ἀστραῖος, Astraîos), Éos (Ἠώς, Ēṓs, l'Aurore) enfanta les vents au coeur violents : Zéphyr qui éclairçit le ciel, Borée à la course rapide, Notos enfin, naquirent de l'amour de la déesse entre les bras du dieu. Et, après les vents, déesse de l'aube, elle enfantait l'Etoile du matin (Eωσφόρος) et les Astres étincelants dont se couronne le ciel. »

Éosphoros passe aussi pour le fils d'Éos et de Céphale (Κέφαλος, Képhalos). Il traverse le ciel peu avant l'aube qui précède elle-même le jour. Tandis qu'Éos s'occupe du char d'Hélios (le Soleil), Éosphoros s'occupe du char de sa mère.

Le pseudo-Apollodore (Bibliothèque, liv.I, ch.7, §3) lui donne un fils, Céyx (Κήυξ, Kếux) / En 1805, E. Clavier traduit (selon l'habitude de l'époque) Ἑωσφόρος par « Lucifer »[5],[6].

Éosphoros passe aussi pour le père de Dédalion (Δαιδαλίων).

Dans certaines sources, Éosphoros serait le père des Hespérides[7].

PhosphorosModifier

Éosphoros (comme astre du matin) est aussi appelé Phosphoros (« porteur de lumière ») [8]. Martial (8, 21, 1) latinisera Phosphoros en Phosphorus [9]. Φαοσφόρος (Phaosphoros) et Φαεσφόρος (Phaesphoros) sont des formes du même nom dans certains dialectes grecs [réf. souhaitée].

A l'origine, φωσφόρος, phôsphoros est un adjectif composé de φῶς, phôs (« lumière ») et de φέρω, pherô (« porter ») [10]. Il signifie « qui apporte la lumière, qui donne la lumière » [11]. La forme φαεσφόρος apparaît chez Eschyle (-525 à -456) (Agamemnon, 489) et Euripide (-480 à -406) (Hélène, 629) [12].

Galerie : Eosphoros-PhosphorosModifier

  • IIème siècle : Séléné, déesse de la lune, entourée de Phosphoros (l'étoile du matin) et Hespéros (l'étoile du soir). Marbre, art romain (Italie).
    • dessin : La déesse Séléné, illustration du Meyers Lexikon de 1888. Elle est entourée par Phosphoros (torche vers le haut) et Hespéros (torche vers le bas).
  • 1763 : F. Boucher : Eos (Aurore), Céphale, et Phosphoros (qui tient la torche).
  • 1881 : Evelyn de Morgan (1855-1919). Phosphoros se lève à l'est (à droite), Hespéros se couche à l'ouest (à gauche).
  • 1897 : Wyspiański - Dzieła malarskie - Jutrzenka (Pologne) : Hélios (au fond), Phosphoros, une femme (Eos (Aurore) ?), Hespéros.

HespérosModifier

Éosphoros a un frère, Hespéros (Ἓσπερος, Hèsperos, « du soir ») qui est la personnification du même astre mais quand il se couche peu après le crépuscule. Les Romains l'assimileront à leur Vesper [13]. Cicéron (De natura deorum, 2, 53) le latinisera en Hesperus [14]. Les Romains ont aussi appelé l'étoile du soir Vesperugo, Noctifer et Nocturnus [15].

Hespéros apparaît pour la première fois dans Homère au chant XXII, 317-318 [3] de L'Iliade :

« Comme, au cœur de la nuit, s'avance, au milieu des étoiles, Espéros, l'astre le plus brillant qui soit au firmament." (traduit par le latin « Vesper » mais bien écrit Ἓσπερος dans le texte grec).

Galerie : HespérosModifier

  • Ier siècle : Concours entre Vénus et Hespérus, Apollon servant de juge. Provenance : Casa di Gavius Rufus, Pompeii (VII 2, 16-17, exedra o).
    • Détail
  • IIème siècle : Mosaïque représentant une épée, un croissant de lune, l'étoile du soir Hespéros / Phosphoros et la faux de Saturne, attributs du 5e grade d'initiation du culte de Mithra (Perse), IIe siècle ap. J.-C. Mitreo di Felicissimus, Ostia Antica, Latium, Italie. Notons que dans ce titre Hespéros est lui-aussi appelé Phosphoros.
  • ca.1765 : Anton Raphael Mengs (1728-1779) : Hesperus comme personnification de la soirée. La toile fait partie d'un ensemble de quatre tableaux représentant des personnifications des heures de la journée peints afin de servir de dessus de portes pour le boudoir de Marie-Louise , princesse d'Asturies.
  • 1844 : William Etty (1787-1849) : Hesperus / Hespérus (ailé) et les Hespérides.
  • 1904 : Couverture de magazine illustrant Luceafărul (« L'étoile du soir ») sous la forme d'un jeune homme tenant une boule de lumière.
  • 1904 : Imprimé en couverture de Luceafărul , magazine roumain de Budapest, illustrant le poème éponyme de Mihai Eminescu[16] (sa 13ème strophe est citée dans la calligraphie en haut).
  • 1923 : Chromolithographie pour le poème Luceafărul, 15ème strophe: Apparaissant comme un « jeune homme juste », l’Étoile du soir revient de la mer pour rencontrer son admiratrice Cătălina.

Deux divinités pour un seul astreModifier

Bien qu'Éosphoros-Phosphoros & Hespéros soient la personnification de la même planète Vénus, ils sont considérés, à l'origine, comme deux personnages différents. Ce n'est que plus tard que les Anciens se rendront compte qu'Éosphoros et Hespéros n'étaient qu'un seul et même astre (la planète Vénus).

A ce moment-là, ils perdirent toute signification et disparurent, leur tâche étant alors dévolue à Hermès, le messager des dieux.

Cicéron (De Natura Deorum 2, 20, 53) écrit : « Stella Veneris, quae Φωσφόρος Graece, Latine dicitur Lucifer, cum antegreditur solem, cum subsequitur autem Hesperos » / « L'étoile de Vénus, appelée Φωσφόρος en grec et Lucifer en latin lorsqu'elle précède le soleil, Hesperos quand il le suit » [17].

Pline l'Ancien (Histoire naturelle 2, 36) écrit : « Sidus appellatum Veneris… ante matutinum exoriens Luciferi nomen accipit… contra ab occasu refulgens nuncupatur Vesper » / « L'étoile appelée Vénus… lorsqu'elle se lève le matin porte le nom de Lucifer… mais lorsqu'elle brille au coucher du soleil, elle s'appelle Vesper ».

Correspondances orientalesModifier

Les jumeaux Cautès et Cautopatès, compagnons de Mithra Tauroctone, sont eux-aussi représentés avec l'un une torche levée, l'autre une torche abaissée. Entre eux, Mithra représente le dieu-Lumière. Cautès représente la lumière du matin, Cautopatès la lumière du soir. Ces jumeaux semblent être les avatars des dieux orientaux Shahar et Shalim, quelquefois assimilés aux Dioscures[18].

Dans la BibleModifier

Le nom « Hillel » est d'origine sémitique, apparenté au Heylel babylonien ou canaanite, nom du dieu de l'étoile du matin.

Dans la Bible, il apparaît dans Isaïe14:12-14, où le prophète parle de la chute de Heylel ben Shakhar. Selon la Jewish Encyclopedia[19], « il est évident que le prophète attribue au roi babylonien [Heylel] une fierté démesurée, qui sera suivie d'une chute ; le concept est emprunté à une légende populaire en connexion avec l'étoile du matin ». Le prophète ferait donc un jeu de mots entre le nom du roi et la divinité orgueilleuse, fils de la divinité canaanite ou babylonienne de l'aube, Shakhar.

Dans la Septante, Heylel deviendra Éosphoros que Jérôme rendra dans sa Vulgate par Lucifer.

SourcesModifier

Notes et référencesModifier

  1. A. Bailly, Dictionnaire grec-français, Paris, Hachette, 1950-1995, page 878
  2. « lucar - Dictionnaire Gaffiot français-latin - Page 923 », sur www.lexilogos.com (consulté le 2 juin 2019)
  3. a et b Claude Michel Cluny (présenté par) et Frédéric Mugler (traduit par), L'Iliade, texte bilingue, Paris, Ed. de la Différence,
  4. Paul Mazon (traduit par), Hésiode, Théogonie..., Paris, Les Belles Lettres, 1928-1992
  5. E. Clavier (traduit et annoté par), Bibliothèque d'Apollodore, Paris, , tome 1, page 43
  6. « Apollodore : Bibliothèque (livre I) », sur remacle.org (consulté le 4 juin 2019)
  7. Servius. ad Aen. 4,484.
  8. A. Bailly, Dictionnaire grec-français, φωσ-φόρος (page 2112) : Timée de Locres (-5e/4e), 96e et 97a / Philon d'Alexandrie (1, 504)
  9. « phormium - Dictionnaire Gaffiot français-latin - Page 1177 », sur www.lexilogos.com (consulté le 2 juin 2019)
  10. A. Bailly, Dictionnaire grec-français, Paris, Hachette, 1950-1995, page 2112
  11. A. Bailly, Dictionnaire grec-français, φωσ-φόρος (page 2112) : Platon (Timée, 45b) / Euripide (Le Cyclope, 611)
  12. A. Bailly, Dictionnaire grec-français, φαεσ-φόρος (page 2048)
  13. « vesi - Dictionnaire Gaffiot français-latin - Page 1666 », sur www.lexilogos.com (consulté le 2 juin 2019)
  14. « heroine - Dictionnaire Gaffiot français-latin - Page 744 », sur www.lexilogos.com (consulté le 2 juin 2019)
  15. (en) William Smith, A Smaller Classical Dictionary of Biography, Mythology, and Geography, Londres, John Murray, (lire en ligne), page 244
  16. « Luceafărul (Eminescu) - Wikisource », sur ro.wikisource.org (consulté le 4 juin 2019)
  17. « Cicero: De Natura Deorum II », sur www.thelatinlibrary.com (consulté le 5 juin 2019)
  18. Robert du Mesnil du Buisson, Nouvelles études sur les dieux et les mythes de Canaan (avec 133 figures et 19 planches), Leiden, E. J. Brill, (ISBN 90-04-03670-9, lire en ligne), pages 153-155
  19. (en) Jewish Encyclopedia: Lucifer; also Fall of Angels

Articles connexesModifier