Émile Poisson

homme politique béninois

Émile Poisson
Illustration.
Portrait d'Émile Poisson
Fonctions
Ambassadeur itinérant du Dahomey

(2 ans, 7 mois et 11 jours)
Président Hubert Maga
( - )
Justin Ahomadegbé
( - )
Mathieu Kérékou
( - )
Ambassadeur du Dahomey en France

(3 ans, 2 mois et 21 jours)
Successeur Michel Ahouanmènou
Ambassadeur du Dahomey auprès de la Communauté économique européenne

(4 ans et 5 mois)
Prédécesseur Marcel Dadjo
Successeur Cyrille Faboumy[1]
Ministre de la Justice, de la Législation et de la Fonction publique

(1 an, 5 mois et 7 jours)
Premier ministre Hubert Maga
Successeur Joseph Kèkè (Justice et Législation)
Paul Darboux (Fonction publique)
Député

(1 an, 8 mois et 9 jours)
Élection Législatives
Vice-président Sourou Migan Apithy[n 1]
( - )
Premier ministre Hubert Maga
( - )
Maire de Ouidah

(3 ans)
Élection Municipale
Conseiller général puis sénateur du Dahomey

(8 ans, 5 mois et 3 jours)
Réélection 27 février 1949
Président Vincent Auriol
( - )
René Coty
( - )
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Ouidah (Dahomey)
Date de décès (à 94 ans)
Lieu de décès Vanves (France)
Nationalité Béninoise
Parti politique UPD (1946)
BPA (1946-1955)
UDD (1955-?)
Diplômé de École normale William-Ponty
École normale d'Aix-en-Provence
Profession Instituteur
Distinctions Commandeur de la Légion d'honneur
Chevalier de l'ordre de l'Étoile noire
Officier de l'ordre national du Dahomey (1963)
Commandeur de l'ordre national du Dahomey (1967)
Grand officier de l'ordre national du Dahomey (1971)
Résidence Bénin, France

Émile Poisson, né le à Ouidah et décédé le à Vanves, est un homme politique béninois.

Avis pour l'institution Eugène poisson

Au cours de sa carrière, il est instituteur, conseiller général puis sénateur du Dahomey, maire de Ouidah, député à l'Assemblée territoriale du Dahomey, ministre de la Justice, ambassadeur du Dahomey auprès de la CEE et en France.

Biographie modifier

Formation et carrière professionnelle modifier

Émile Poisson est né le à Ouidah au Dahomey. Il intègre l'École normale William-Ponty à Dakar puis l'École normale d'Aix-en-Provence où il obtient un diplôme d'instituteur[2]. De retour au Dahomey en 1925, il enseigne dans une école publique à Pahou[3], de laquelle il démissionne pour fonder, en 1937, l'institution Eugène poisson à Porto-Novo puis à Ouidah[4],[5],[6].

Carrière politique modifier

Émile Poisson s'engage très tôt en politique. En 1945, il crée un groupe de défense des intérêts des commerçants locaux face aux expatriés français, une action qui lui donne une assise sur le plan politique[6]. Il adhère à l'Union progressiste dahoméenne, premier parti politique de l'histoire du Dahomey[7] ; mais à la suite de divergences[3], il quitte cette dernière et co-fonde avec Justin Ahomadegbé, le Bloc populaire africain (BPA), le [8].

C'est logiquement sous l'étiquette du BPA qu'il se présente aux élections territoriales de 1946-1947. Si le parti nouvellement créé réussit à se classer en deuxième position derrière l'UPD en obtenant six sièges sur les trente disponibles, Émile Poisson échoue à remporter son siège au Conseil général. Un échec effacé par son élection, le , au Conseil de la République[n 2] en récoltant, au premier collège, 7 votes sur 12 exprimés[9]. Au palais du Luxembourg, il s'inscrit au groupe du Mouvement républicain populaire.

Émile Poisson est un sénateur assidu et engagé ; membre de plusieurs commissions entre autres : éducation nationale, France d'outre-mer ainsi que beaux-arts, sports, jeunesse et loisirs, il défend âprement les causes qui lui tiennent à cœur. Si ses combats se tournent bien évidemment vers les territoires d'outre-mer avec ses travaux concernant la cause africaine et notamment l'évolution du statut de la femme noire, ils s'axent également sur la métropole et l'outre-mer combinés avec ses travaux relatifs à l'éducation pour tous et à la question sociale[4].

Il devient le directeur de publication du journal L'Avenir du Dahomey[n 3], créé en , organe officieux du BPA, qui diffuse les idées du parti à travers le pays.

Candidat à sa propre succession de sénateur, Émile Poisson se présente, le , à l'élection du Conseil général et fait face à Albert Marescaux, fonctionnaire en poste au Dahomey, membre du Rassemblement du peuple français. Les deux candidats obtenant le même nombre de suffrages au premier comme au second tour, à savoir six voix chacun pour douze électeurs inscrits, Albert Marescaux est élu au bénéfice de l'âge[n 4]. Mais l'élection est émaillée d'incidents et d'irrégularités divers[10] et Émile Poisson proteste donc contre l'élection de son adversaire. Le , le Conseil de la République prononce l'annulation des opérations électorales et invalide l'élection d'Albert Marescaux[11]. Le , une élection partielle se tient et Émile Poisson est finalement réélu sénateur du Dahomey au premier collège[12].

Tête de liste du BPA, Émile Poisson se présente aux élections législatives françaises de 1951 avec comme colistier, Dominique Aplogan[13], mais le sénateur subit un nouveau revers ; sa paire est battue par les tandems Sourou Migan Apithy/Édouard Dunglas de l'Union française et Hubert Maga/René Deroux du Groupement ethnique du Nord-Dahomey. Sourou Migan Apithy et Hubert Maga deviennent, respectivement pour la quatrième et première fois, les deux députés du Dahomey à l'Assemblée nationale française.

À l'élection du Conseil de la République du , il ne parvient pas à remporter un troisième mandat[14]. Battu par Émile Derlin Zinsou, il se concentre dès lors sur sa carrière d'élu local.

Il devient maire de Ouidah en 1956 et le demeure jusqu'en 1959[15].

Lors des législatives de 1959, il est tête de liste de l'Union démocratique dahoméenne (UDD) dans la commune de Ouidah[16]. L'UDD remporte ces élections et Émile Poisson gagne sa place à l'Assemblée territoriale. Il siège en tant que député jusqu'à l'organisation des élections législatives anticipées de , à la suite de l'indépendance du Dahomey le .

Fraîchement promu premier ministre à la suite de la démission de Sourou Migan Apithy, Hubert Maga compose son gouvernement et nomme Émile Poisson, le , ministre de la Justice, de la Législation et de la Fonction publique[n 5],[17]. En compagnie de quatre autres ministres, il finit par démissionner de son poste[18] ; il est remplacé, le , par Joseph Kèkè à la Justice et par Paul Darboux à la Fonction publique[19].

En , il est nommé par Hubert Maga représentant du Dahomey auprès de la CEE à Bruxelles[20]. Une fonction qu'il cumule, à partir du , avec celle d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Dahomey en France[21]. Il reste ambassadeur jusqu'en mars 1967 lorsque Michel Ahouanmènou le remplace[22],[23].

Rentré au Dahomey, Justin Ahomadegbé, membre du Conseil présidentiel[n 6], recourt à ses services en le désignant, le , conseiller technique pour les questions diplomatiques et économiques[24]. Une expérience relativement brève car le suivant, Hubert Maga met un terme à la mission d'Émile Poisson[25].

Le , à l'issue d'un coup d'État, le chef de bataillon Mathieu Kérékou renverse le Conseil présidentiel et prend le pouvoir. Émile Poisson, redevenu entre-temps ambassadeur[n 7], se voit démettre de ses fonctions, le , par le nouveau président de la République souhaitant faire table rase de l'administration précédente[26].

Retraite et décès modifier

Arrivé à la retraite, Émile Poisson quitte son pays natal pour s'installer en France ; il y meurt le [15], à Vanves[27].

Distinctions et décorations modifier

Notes et références modifier

Notes modifier

  1. Sourou Migan Apithy est vice-président du Conseil de gouvernement jusqu'au , date à laquelle Hubert Maga devient Premier ministre du Dahomey.
  2. Les membres du Conseil sont nommés « conseillers de la République » jusqu'en 1948 où le terme de « sénateurs » est rétabli.
  3. L'Avenir du Dahomey est un bimensuel tiré à 3 000 exemplaires.
  4. Albert Marescaux, né le 10 juin 1900, est 5 ans plus âgé qu'Émile Poisson.
  5. Sa nomination est actée par le décret no 62/PCM du .
  6. Formé le , le Conseil présidentiel est un triumvirat constitué de Justin Ahomadegbé, de Sourou Migan Apithy et d'Hubert Maga. Chargé du pouvoir exécutif de manière indivise, il est nommé pour six ans, avec une alternance de la présidence tous les 2 ans entre les trois hommes.
  7. Selon le décret n°70/214/CP/MAE du portant nomination de monsieur Émile Poisson en qualité d'ambassadeur itinérant de la république du Dahomey.

Références modifier

  1. Direction générale des relations extérieures, « Corps diplomatique accrédité auprès de la Communauté économique européenne » [PDF], sur Université de Pittsburgh, (consulté le ), p. 118.
  2. Métinhoué 2006, p. 259.
  3. a et b Le Cornec 2000, [1], p. 34.
  4. a b c et d « Anciens sénateurs IVème République : Poisson Émile », sur Sénat (consulté le )
  5. « Une nouvelle école », sur Gallica, La Voix du Dahomey, (consulté le )
  6. a et b Houngnikpo et Decalo 2013, [2], p. 290.
  7. Houngnikpo et Decalo 2013, [3], p. 351.
  8. Houngnikpo et Decalo 2013, [4], p. 81.
  9. « Résultats des conseillers de la République », sur Gallica, Le Phare du Dahomey, 1re édition de janvier 1947 (consulté le )
  10. « Examen des pouvoirs », sur Sénat, Journal officiel, (consulté le ), p. 5-6
  11. « Vérification de pouvoirs », sur Sénat, Journal officiel, (consulté le ), p. 4-8
  12. « Élection d'un sénateur », sur Sénat, Journal officiel, (consulté le ), p. 17
  13. « Les candidatures aux élections », sur Gallica, France-Dahomey, (consulté le ).
  14. « Réunion des Bureaux du mercredi 6 juillet 1955 », sur Sénat, Journal officiel, (consulté le )
  15. a et b Houngnikpo et Decalo 2013, [5], p. 291.
  16. Glélé 1969, p. 206.
  17. Chronologie internationale : supplément bimensuel aux notes et études documentaires, France. Direction de la documentation française, , p. 23
  18. « Décret n° 1960-303 portant acceptation de démissions de ministres », sur Secrétariat général du gouvernement du Bénin, (consulté le )
  19. « Décret N° 1960-304 portant nomination de ministres de gouvernement », sur Secrétariat général du gouvernement du Bénin, (consulté le )
  20. « Décret N° 1962-487 portant nomination de Mr Poisson Émile en qualité de chargé de mission auprès de la Communauté Economique européenne à Bruxelles », sur Secrétariat général du gouvernement du Bénin, (consulté le )
  21. « Décret N° 1964-78 portant nomination et régularisation de Mr Poisson Émile », sur Secrétariat général du gouvernement du Bénin, (consulté le )
  22. « Nomination d'un nouvel ambassadeur du Dahomey à Paris », sur gallica, Combat, (consulté le )
  23. « Décret N° 1967-94 portant nomination de Mr Michel Ahouanmenou à titre personnel ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire auprès la République française », sur Secrétariat général du gouvernement du Bénin, (consulté le )
  24. « Décret N° 1970-143 portant nomination de Mr Émile Poisson en qualité de conseiller technique pour les questions diplomatiques et économiques au cabinet de Mr Justin Ahomadegbé-Tomêtin, membre du Conseil présidentiel », sur Secrétariat général du gouvernement du Bénin, (consulté le )
  25. « Décret N° 1970-245 mettant fin aux fonctions de Mr Émile Poisson », sur Secrétariat général du gouvernement du Bénin, (consulté le )
  26. « Décret N° 1973-119 mettant fin aux fonctions de Monsieur Émile Poisson, ambassadeur itinérant de la République du Dahomey », sur Secrétariat général du gouvernement du Bénin, (consulté le )
  27. Insee, « Extrait de l'acte de décès d'Émile Poisson », sur MatchID
  28. « Décret n° 1963-425 portant nomination et promotion dans l'ordre national du Dahomey », sur Secrétariat général du gouvernement du Bénin, (consulté le ).
  29. « Décret n° 1967-295 portant nominations et promotions, à titre civil dans l'ordre national du Dahomey », sur Secrétariat général du gouvernement du Bénin, (consulté le ).
  30. « Décret n° 1971-169 portant nomination et promotion à titre civil dans l'ordre national du Dahomey », sur Secrétariat général du gouvernement du Bénin, (consulté le ).

Bibliographie modifier

  • Maurice A. Glélé, Naissance d'un état noir, l'évolution politique et constitutionnelle du Dahomey : de la colonisation à nos jours, Librairie générale de droit et de jurisprudence, , 537 p.
  • Jacques Le Cornec, La calebasse dahoméenne ou les errances du Bénin : du Dahomey au Bénin, t. 1, Éditions L'Harmattan, , 546 p. (ISBN 978-2-7384-8905-0)
  • Pierre Goudjinou Métinhoué, Les ministres du Dahomey et du Bénin : mai 1957 - avril 2006, Bénin, Centre national de production de manuels scolaires, , 1re éd., 371 p. (ISBN 978-9991960388)
  • (en) Mathurin C. Houngnikpo et Samuel Decalo, Historical Dictionary of Benin, Lanham, Toronto, Plymouth, The Scarecrow Press, , 4e éd., 488 p. (ISBN 978-0810871717)

Voir aussi modifier

Articles connexes modifier