Émile Meyerson

philosophe français d’origine polonaise

Émile Azriel Meyerson (né le à Lublin, en Pologne, mort le à Paris) est un philosophe polonais, naturalisé français. Contre le courant de pensée positiviste de la fin du XIXe siècle, il développe une épistémologie réaliste fondée sur le principe d'identité. Il fut par ailleurs un sioniste convaincu, membre du comité central des Amants de Sion.

Émile Meyerson
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Émile Azriel MeyersonVoir et modifier les données sur Wikidata
Époque
Époque contemporaine
Nationalité
franco-polonaise
Activités
Parentèle
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Influencé par
Œuvres principales

Meyerson est mort dans son sommeil d'une crise cardiaque à 74 ans.

BiographieModifier

Né à Lublin en 1859, Émile Meyerson est le fils de Bernard Meyerson et Malvina Horowitz. Il part pour Heidelberg, en Allemagne, en 1870. Il étudie la chimie avec Wilhelm Bunsen et Hermann Franz Moritz Kopp. Il se rend ensuite en France à l'âge de 22 ans, et passe deux ans (1882-1884) dans le laboratoire Schützenberger au Collège de France. Déçu par le caractère appliqué de la chimie, il se tourne vers la philosophie et l'histoire des sciences. Son premier ouvrage de philosophie des sciences, Identité et réalité, est publié en 1908. Il a été correspondant étranger au service diplomatique de l'agence Havas, puis directeur de la Jewish Colonization Association pour l'Europe et l'Asie Mineure.

Après la guerre de 14-18, Émile Meyerson obtient la nationalité française. Il correspond avec de nombreux grands savants de son époque, notamment Einstein, Lucien Lévy-Bruhl, Léon Brunschvicg, André Lalande, et Paul Langevin. Émile Meyerson meurt à son domicile parisien le . Dépositaire des archives de Meyerson, sa nièce Jeanne Brauman (1896-1937) est l'épouse de Pierre Bourgeois (1904-1976) à partir de 1928. Les archives d'Émile Meyerson sont aujourd'hui conservées aux Archives centrales sionistes de Jérusalem.

Critique du positivismeModifier

L’épistémologie d’Émile Meyerson s’oppose au positivisme développé au XIXe siècle par Auguste Comte. Meyerson lui reproche de promouvoir une science essentiellement descriptive, qui se limite à l’énoncé de lois scientifiques, et renonce à comprendre la nature même des choses.

Dans son livre La Déduction relativiste (1925), il fustige ainsi le règne des lois instauré par le positivisme : « Ce que rêvait Comte, c'était en effet une véritable organisation, comme la comprennent les partisans de l'autorité ; les croyances du public en matière de science et, plus encore, le travail de recherche des savants eux-mêmes, devaient être strictement réglés et surveillés par un corps constitué, composé d'hommes jugés compétents et armés de toutes les rigueurs du bras séculier. Cette réglementation devait, bien entendu, comme c'est le cas, partout et toujours, de toute réglementation, consister principalement en interdictions, et Comte a tracé d'avance le programme de quelques-unes d'entre ces dernières. Défense de se livrer à des investigations autres que « positives », c'est-à-dire ayant pour objet la recherche d'une loi ; défense de toute tentative visant à pénétrer des problèmes que l'homme, manifestement, n'avait aucun intérêt à connaître et qui, d'ailleurs, pour cette raison même, devaient rester entièrement impénétrables à son esprit, tels que, par exemple, la constitution chimique des astres […]. »[1]

Expliquer plutôt que décrireModifier

À l’inverse, Meyerson pense que la science fonctionne de manière explicative : le scientifique cherche avant tout à rendre raison des phénomènes en recherchant leur(s) cause(s). Meyerson oppose l'explication à la description. Pour rendre à la notion de cause sa place éminente dans la science de son époque, Meyerson procède à une analyse des principes d’inertie et de conservation, qui tendent tous à établir dans la nature une forme d’identité de la cause et de l’effet.

Une épistémologie réalisteModifier

Pour Meyerson, ce mouvement d’homogénéisation est au cœur de toute pensée, et à la limite, en est la condition. La raison humaine rencontre ainsi des obstacles à sa manière intime de fonctionner : la temporalité, la notion d’irréversibilité en général.

Malgré ces difficultés, les succès de la science montrent que celle-ci outrepasse le statut de convention commode que les positivistes veulent lui assigner : c'est de la nature même du réel qu’il est question dans les principes de conservation, qui demeurent les seules idées fondamentales de la science. Cette vision de la marche de la science fait d’Émile Meyerson un réaliste, en quoi il peut être rapproché de son contemporain Henri Bergson.

DécorationModifier

Œuvres d'Émile MeyersonModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Identité et réalité, 1908, 2e éd., 1912 (réédition Vrin, 2001).
  • De l’explication dans les sciences, Payot, Paris, 1921, réédition Corpus des œuvres philosophiques en langue française, Fayard, 1995.
  • La Déduction relativiste, Payot, Paris, 1925.
  • Du cheminement de la pensée, Alcan, Paris, 1931, 3 Volumes (réédition Vrin, 2011).
  • Réel et déterminisme dans la physique quantique, Hermann, Paris, 1933.
  • Essais (1936), réédition Corpus des œuvres philosophiques en langue française, Fayard, 2009.
  • Emile Meyerson. Lettres françaises., éditées par Bernadette Bensaude-Vincent et Eva Telkes-Klein, Paris, CNRS éditions, 2009.
  • Emile Meyerson. Mélanges. Petites pièces inédites, éditées par Eva Telkes-Klein et Bernadette Bensaude-Vincent, Paris, Honoré Champion 2011.

BibliographieModifier

  • Correspondance entre Harald Høffding et Emile Meyerson. Copenhague : E. Munksgaard, 1939.
  • Frédéric Fruteau de Laclos, L'épistémologie d'Emile Meyerson, une anthropologie de la connaissance, Vrin, Paris, 2009.
  • Frédéric Fruteau de Laclos, Le cheminement de la pensée selon Emile Meyerson, P.U.F., Paris, 2009.
  • Frédéric Fruteau de Laclos, Emile Meyerson, Les Belles Lettres ("Figures du Savoir"), Paris, 2014.
  • Noémie Pizarroso, L'épistémologie d'Émile dans l’œuvre psychologique d'Ignace Meyerson, Stratégies de réconciliation d'un disciple indocile, Archives de Philosophie, Tome 70, p. 385-402, 2007.
  • Eva Telkes-Klein, Emile Meyerson d’après sa correspondance, une première ébauche, revue de synthèse, 5e année, Centre de recherche français de Jérusalem, Israël, 2004.
  • Eva Telkes-Klein et Elhanan Yakira, L'histoire et la philosophie des sciences à la lumière de l’œuvre d’Émile Meyerson, éditions Honoré Champion, 2010.
  • Bernadette Bensaude et Eva Telkes Klein, Les identités multiples d’Émile Meyerson. Honoré Champion, Paris, 2016.

RéférencesModifier

  1. Émile Meyerson, La Déduction relativiste, § 253, Payot, paris, 1925

Liens externesModifier