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Émile Küss

homme politique français
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Émile Küss
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Vue de la sépulture.

Émile Küss (ou Kuss), né le à Strasbourg, mort à Bordeaux le , est un professeur de médecine, un journaliste et un homme politique alsacien. Il fut maire de Strasbourg pendant quelques mois, du 11 septembre 1870 jusqu'à sa mort spectaculaire le jour où les députés de l'Assemblée nationale décidèrent de céder l'Alsace et la Lorraine à l'Allemagne.

Sommaire

BiographieModifier

 
Portrait d'Emile Küss jeune.

Issu de la grande famille alsacienne Kuss, fils de Jean-Georges Kuss, passementier et ancien officier installé à Strasbourg, et de Sophie Widemann, Emile Kuss commence ses études au Gymnase Jean-Sturm de Strasbourg et obtient son diplôme de bachelier ès-lettres à l'âge de 18 ans. Il étudie la médecine dans sa ville natale sous la direction de Jean Lobstein et Thomas Lauth. Il se rend à Paris en 1835, où il prend part au concours de préparateur au Musée de la Faculté de Médecine. Il revient à Strasbourg en 1836 pour conduire des recherches sous la direction de son maître Thomas Lauth qui l'initie aux recherches microscopiques et à la physiologie. Reçu docteur en médecine en 1841[1], il devient chef des travaux anatomiques en 1843, puis agrégé en chirurgie l'année suivante[2]. Il obtient la chaire de physiologie de l'université de Strasbourg en 1846 à la suite de Lauth, avec un mémoire de thèse intitulé Appréciation générale de la physiologie depuis Bichat, qui lui valut le titre de «précurseur de la théorie cellulaire»[3]. Malgré des publications peu nombreuses[4], son enseignement jouit d'une grande audience et attire de nombreux élèves; ses cours sont retranscrits, réédités plusieurs fois, et traduits en anglais (États-unis) et en espagnol. Il est également à la tête de la clinique de dermatologie et de syphilis[5] de Strasbourg après 1846. Il sera le directeur de la thèse de médecine d'Alphonse Laveran en 1867[6].

Le , il devient membre de la Société des amis du muséum d'histoire naturelle de Strasbourg[7]

La Révolution de 1848 arrête l'élan scientifique d'Émile Küss. Gérant responsable du journal Le Démocrate du Rhin (hebdomadaire en langue allemande) en 1849, il est, avec neuf autres prévenus, poursuivi pour attentat ou complot «ayant pour but de changer ou de détruire le gouvernement de la République, soit d'exciter la guerre civile en portant les citoyens à s'armer les uns contre les autres »[8]. Il est détenu dans la cellule où séjourna Louis Napoléon treize ans auparavant. Il lui est reproché d'avoir publié le 15 juin 1849 un article débutant par les mots :«La patrie est en danger !», et le 16 juin 1849, un article comportant les harangues suivantes : «Le peuple seul est souverain [...] Rallions-nous donc tous aux cris de Vive la Constitution! Vive la République !». Défendu par Jules Favre, il est acquitté au procès de Metz (17 au 22 octobre 1849). Il fonde, en 1851, le journal La République populaire du Bas-Rhin.

 
Stèle de grès rose au cimetière Sainte-Hélène de Strasbourg.

Ses opinions républicaines marquées, jointes à son statut de savant et à son patriotisme, lui permirent de bénéficier, lors du déclenchement de la guerre de 1870, d'une forte popularité auprès de ses concitoyens.

Depuis le 12 août 1870, Strasbourg était investie par l'armée du général prussien August von Werder. Ce n'est que le 11 septembre 1870 que les Strasbourgeois apprirent l'instauration de la IIIe République, proclamée à Paris le 4 septembre. Le même jour, Émile Kuss est nommé maire de la ville par la Commission Municipale.

Il fait preuve d'une extraordinaire énergie pour défendre la ville jusqu'au dernier moment, et la capitulation du 27 septembre 1870[9] fut pour lui une épreuve très douloureuse à vivre[10]. Malgré cela, dans les semaines qui suivent, il met toute son énergie à négocier et à modérer les exigences de l'occupant[11] et à réorganiser la ville endommagée par les bombardements. Lors des élections du 8 février 1871, il est élu représentant du Bas-Rhin à l'Assemblée nationale avec 98 090 voix sur 101 741 votants, soit plus de 96 % des suffrages exprimés.

Malgré sa santé précaire, il se rend à Bordeaux pour faire entendre les protestations de l'Alsace[12],[13], mais ne put y siéger. Lorsqu'il apprend, le 1er mars 1871 à minuit, que ses collègues de l'Assemblée nationale siégeant au Grand Théâtre de Bordeaux avaient décidé d'abandonner l'Alsace et la Lorraine, il est victime d'une défaillance cardiaque à laquelle il succombe.

Ses obsèques (aux frais de l'État[14]), qui ont eu lieu le 3 mars 1871 à Bordeaux, rassemblent une foule immense[15], comprenant tous les députés de l'Alsace et de la Lorraine. Elles sont l'occasion pour Léon Gambetta de prononcer les paroles suivantes :

«La force nous sépare, mais pour un temps seulement de l'Alsace, berceau traditionnel du patriotisme français. Nos frères de ces contrées malheureuses ont fait dignement leur devoir, et, du moins ils l'ont fait jusqu'au bout. Eh bien qu'ils se consolent en pensant que la France désormais ne saurait avoir d'autre politique que leur délivrance.»[16]

Les funérailles solennelles ont lieu à Strasbourg le 8 mars 1871[17] au cimetière Sainte-Hélène de Strasbourg[18].

HommagesModifier

Une rue du 13e arrondissement de Paris porte son nom : rue Küss ainsi qu'une école primaire située dans celle-ci. Une rue proche de la gare de Strasbourg a reçu le nom de « Rue du Maire Kuss » ; le « pont du Maire Küss » construit en 1896, enjambant le canal du faux-rempart, lui fait suite. Un pavillon de gériatrie de l'Hôpital de la Robertsau du CHU de Strasbourg porte son nom.

Œuvres et publicationsModifier

  • Questions sur diverses branches des sciences médicales , [s.n.], Strasbourg , 31 août 1841.
  • De l'emploi du caustique en chirurgie, [s.n.], Strasbourg, 1844.
  • De la vascularite et de l'inflammation, Treuttel et Würtz (Strasbourg), 1846, 56 p.
  • Appréciation générale des progrès de la physiologie depuis Bichat,[Thèse présentée et soutenue devant le jury. Concours pour la chaire de physiologie ouvert à la Faculté de Médecine de Strasbourg], Impr. L.F. Le Roux, 1846, 57 p.
  • Cours de physiologie professé à la Faculté de Médecine de Strasbourg, par É. Küss, rédigé par le Docteur Mathias Duval, J.-B. Baillière et fils (Paris), 1872 (plusieurs éd. ultérieures), XXXV-575 p. (avec une Notice sur le Professeur Küss).
  • Cours de physiologie, d'après l'enseignement du professeur Küss, publié par le Dr Mathias Duval,2e édition, complétée par l'exposé des travaux les plus récents, Baillière (Paris), 1873, disponible sur Gallica; Traduction en anglais par Robert Amaury, Campbell, Boston, 1876 : A course of Lectures in Physiology as delivered by Professor Küss, Texte intégral ; traduction en espagnol par Jaime Mitjavila y Ribas : Curso de Fisiología según la enseñanza del Profesor Küss. Con prologo de Ramón Coll y Pujol, Imp. Lázaro Maroto, Madrid, 1876, 585 p.
  • Cours de physiologie, d'après l'enseignement du professeur Küss, publié par le Dr Mathias Duval,3e édition, complétée par l'exposé des travaux les plus récents, Baillière (Paris), 1876,disponible sur Gallica
  • La formule de concorde dans ses rapports avec le Nouveau Testament, Thèse présentée à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg, Silbermann (Strasbourg), 1859 Texte intégral

Notes et référencesModifier

  1. Questions sur diverses branches des sciences médicales. Thèse pour le doctorat en médecine présentée à la faculté de médecine de Strasbourg … 31 août 1841 par Emile Kuss, Dannbach, Strasbourg, 1841, 34 p.
  2. De l'emploi du caustique en chirurgie, thèse d'agrégation de Chirurgie, Strasbourg, 1844, 52 p.
  3. Appréciation générale de la physiologie depuis Bichat, thèse présentée et soutenue devant le jury. Concours pour la chaire de physiologie, ouvert à la Faculté de Médecine de Strasbourg, impr. L.F. Le Roux, Strasbourg, 1846, 57 p.
  4. Histoire de la médecine, d'Hippocrate à Broussais et ses successeurs par J.-M. Guardia, Doin (Paris), 1884, p.471-3 disponible sur Gallica
  5. Syphilis et blennorrhagie : mémoire présenté à la Société de médecine pratique de Paris par le Dr Frénoy, impr. de A. Gérente (Aix-les-Bains), 1877, disponible sur Gallica.
  6. Recherches expérimentales sur la régénération des nerfs par Alphonse Laveran, Imp. Sibermann, Strasbourg, 1867,Texte intégral
  7. (fr) (1868) - « Liste des membres composant la Société des sciences naturelles de Strasbourg, inscrits suivant l'ordre alphabétique », Bulletin de la Société des sciences naturelles de Strasbourg 1re année - tome I, Société des sciences naturelles de Strasbourg, Strasbourg, p. 2-8
  8. Cour d'assises de la Moselle. Procès des accusés de Strasbourg, Audience du 17 [-22] octobre 1849, imp. de J.-P. Toussaint (Metz), 1849, 88 p.disponible sur Gallica
  9. Histoire générale de la guerre franco-allemande (1870-71)par le Lt-Colonel Rousset, Librairie illustrée (Paris), 1900, p. 235-8 disponible sur Gallica
  10. Histoire de la révolution de 1870-1871 par Jules Claretie, bureaux de "L'Éclipse" (Paris),1872-1875, p. 288 disponible sur Gallica, p. 545 disponible sur Gallica, p. 555-78 disponible sur Gallica
  11. Les allemands chez nous : Metz, Strasbourg par Paul Mahalin, L. Boulanger (Paris), 1885, p. 262-75 disponible sur Gallica
  12. France-Alsace : conférences et articlespar Paul-Albert Helmer, préf. de Maurice Barrès, l'Éd. française illustrée (Paris), 1915, p.246-7, disponible sur Gallica
  13. Paul Bondois: Histoire de la guerre de 1870-1871 et des origines de la troisième République (1869-1871) (2e édition), Picard et Kaan, Paris, 1893, p.362-66 disponible sur Gallica
  14. Recueil des traités, conventions, lois, décrets et autres actes relatifs à la paix avec l'Allemagne.I [publ. par Alfred de Villefort], Impr. nationale (Paris), 1872-1879, p. 340 disponible sur Gallica
  15. Chalamet, Antoine : Jean Felber, histoire d'une famille alsacienne, la guerre franco-allemande, excursions à travers la France, descriptions, le sentiment de famille, l'amour de la patrie, le soldat : lectures courantes (Édition spéciale au département du Nord), Picard et Raan (Paris), 1891, p. 137disponible sur Gallica
  16. Paul Bondois: Histoire de la guerre de 1870-1871 et des origines de la troisième République (1869-1871) (2e édition), Picard et Kaan, Paris, 1893, p.366 disponible sur Gallica
  17. Discours prononcés le 8 mars 1871 aux funérailles de M. Émile Küss, Treuttel et Wurtz, Strasbourg, 1871, 38 p.
  18. Cimetière Sainte-Hélène, Guide des cimetières no 4 de la Ville de Strasbourg, 2009, p. 32.

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

  • Emile Küss in: Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Quatrième série, F-K. Tome seizième, INH-KYT / publ. sous la dir. de A. Dechambre [puis de] L. Lereboullet ; L. Hahn secrétaire de la dir. [puis] directeur-adjoint, Masson [puis] Asselin [puis] Asselin et Houzeau, Paris, 1877-1889 , disponible sur Gallica.
  • Emile Küss in: Traité élémentaire de physiologie. Partie 1, par Mathias Duval et Eugène Gley,page V (préface), Baillière et fils (Paris), 1906-1909.disponible sur Gallica.
  • Emile Küss dans la Base de données des députés français depuis 1789 du site de l'Assemblée Nationale.
  • Emile Küss sur le site de la Société des Études saint-simoniennes.
  • Meyer A. : Biographies alsaciennes avec portraits en photographie. Série 4, A. Meyer (Colmar), 1884-1890, 5 vol. in-8°, disponible sur Gallica.
  • Charles Baechler, Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 49, Strasbourg, Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie d'Alsace, 1982, (ISBN 9782857590002), p. 90.
  • Jean-Pierre Kintz, « Émile Kuss, maire de Strasbourg en 1870, journaliste et militant politique sous la Seconde République (1848-1851) », Annuaire de la Société des amis du vieux Strasbourg, no 2, 1971, p. 95-123.
  • Louis-Albert Kissel, Notes biographiques sur Émile Küss : professeur à la Faculté de médecine, maire de Strasbourg (1815-1871), Impr. E. Mazel, Largentière (Ardèche), 1932, 64 p. (thèse de doctorat de médecine, Faculté de médecine de Strasbourg, 1932)
  • Herrgott: Notice sur le professeur Küss, Maire de Strasbourg, Représentant du Bas-Rhin. Lue à la séance annuelle de la Société de Médecine de Strasbourg le 6 juillet 1871., J. Noiriel, 1871, 31 p.
  • P. de Labaroche: Prof. Emile Kuss (1815-1871). Maire von Strasbourg in schweren Zeiten. Extr. de : Le Nouvel Alsacien, 1965.
  • Louis Kissel: Notes biographiques sur Emile Küss, professeur à la Faculté de Médecine, Maire de Strasbourg (1815-1871)Impr. Elie Mazel, 1932, 64 p.
  • Adolphe Robert, Edgar Bourloton et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français : comprenant tous les membres des assemblées françaises et tous les ministres français depuis le 1er mai 1789 jusqu'au 1er mai 1889, avec leurs noms, état civil, états de services, actes politiques, votes parlementaires, etc, vol. 4, Bourloton, Paris, 1891 (réédité en facsimile par Slatkine reprints, Genève, distribué par H. Champion, Paris, 2000)
  • Édouard Sitzmann, Dictionnaire de biographie des hommes célèbres de l'Alsace, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, vol. 2, Éditions du Palais Royal, Paris, 1973, (ISBN 9782777700703), p. 86.
  • Xibaut, Bernard :Strasbourg enterre le maire Kuss, 8 mars 1871 in:Almanach Sainte-Odile, 2004 [1]
  • Le Minor J.M., Sick H. : Les modèles anatomiques en plâtre des strasbourgeois Robert et Kuess (1840), in: Histoire des sciences médicales, 1990, vol. 24, p. 221-8.
  • « La famille Kuss à Bouxwiller », Pays d'Alsace, no 41, 1963.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier