Émile Guimet

industriel et collectionneur d'objets d'art français

Émile Guimet, né le à Lyon et mort le à Fleurieu-sur-Saône, est un industriel français et un collectionneur d'objets d'art extra-européens. Il s'est passionné pour les civilisations qu'il a étudiées au cours de nombreux voyages. Ses collections asiatiques ont donné naissance au musée national des arts asiatiques - Guimet.

BiographieModifier

Famille et jeunesseModifier

Jean-Baptiste Guimet, le père d'Émile Guimet, est l'inventeur du bleu outremer artificiel (le « bleu Guimet ») et le fondateur de Pechiney. Sa mère Rosalie Bidauld, dite Zélie, fille et nièce de peintre à sujets historiques, est elle-même une peintre reconnue de l'École lyonnaise et une musicienne[1]. Dans ses jeunes années Émile pratique la céramique, la peinture et la musique[2]. Plus tard, il dirigera une chorale, et composera des œuvres musicales, pour lesquelles il fera construire un orphéon à Neuville-sur-Saône, ville qui lui doit aussi son éclairage public, une école maternelle et une bibliothèque.

IndustrielModifier

En 1860, Émile prend sans enthousiasme la direction de l'entreprise paternelle dont il hérite en 1871 à la mort de son père. Il développe l'usine que celui-ci avait créée à Fleurieu-sur-Saône dans la banlieue nord de Lyon, en réalisant l'extension des bâtiments, la construction de nouveaux fours, la création d'une halte sur la ligne de chemin de fer voisine et d'un ponton sur la Saône. En 1878, année de l'exposition universelle, l'usine emploie 150 ouvriers et produit 1 000 tonnes d'outremer.

Émile préside également jusqu'à sa mort le directoire de la société Henry Merle et Compagnie, créée quelques années auparavant avec des capitaux familiaux, et qui deviendra Pechiney. L'entreprise florissante se transforme en société anonyme en 1895[3].

CollectionneurModifier

 
Émile Guimet dans son musée admirant une statuette de bronze japonaise, toile de Ferdinand Luigini, 1898.

Parallèlement à ses activités d'industriel, Émile Guimet entreprend des voyages. Le premier date de 1865-1866 en Égypte, destination à la mode des égyptomanes. La visite du musée de Boulaq et des temples antiques le pousse à entreprendre une collection. Il rapporte en France de nombreux objets comme des stèles, statues, sarcophages, figurines funéraires, papyrus, amulettes ou momies[4]. Cependant, pour lui, ceux-ci sont avant tout une incitation à comprendre les civilisations : « Je sentais que ces objets que je réunissais restaient muets et que pourtant ils avaient des choses à me dire, mais que je ne savais pas les interroger. Je me mis à lire Champollion, Chabas, de Rougé, les rares livres d'égyptologie qu'on avait publiés à cette époque. Alors se dressa devant moi cette formidable histoire de l'Égypte, avec ses croyances compliquées, sa religion intense, sa philosophie grandiose, ses superstitions mesquines, sa morale pure. Des comparaisons s'imposaient avec les autres civilisations archaïques. Il fallait tourner mes regards vers l'Inde, la Chaldée, la Chine. »[2].

 
Tombe d'Émile Guimet dans le cimetière de Loyasse.
 
Rencontre entre Emile Guimet et un moine bouddhiste. Huile sur toile de Félix Régamey, 1876, Musée des Confluences, Lyon[5].

En 1876-1877, il fait le tour du monde en compagnie du peintre Félix Régamey, centrant sa collection sur les religions et philosophies des peuples de l'Antiquité et de l'Orient lointain. Il visite l'exposition universelle à Philadelphie. Il passe quelque temps au Japon, qui le marque particulièrement, popularisant le japonisme avec des personnalités comme Félix Bracquemond ou les Goncourt[6].

Guimet veut créer un lieu où exposer ses objets. Il doit s'agir, selon ses propres mots, d'une « usine scientifique »[7]. Un musée d'histoire naturelle - Guimet ouvre donc à Lyon en 1879. Déçu par la fréquentation de son musée et par l'accueil que lui réserve la municipalité, il fait don de ses collections à l'État en 1884[8]. Un nouveau musée Guimet, créé à ses frais, ouvre alors à Paris en 1888, c'est un grand succès public et il en devient directeur à vie[4]. En 1913 cependant, la ville de Lyon ouvre un musée Guimet au sein du muséum d'histoire naturelle, qui sera fermé en juillet 2007, ses collections étant visibles aujourd'hui au musée des Confluences.

Guimet est le cofondateur, dont il est le vice-président en 1900, avec Louis-Émile Bertin (1840-1924), président, de la Société franco-japonaise de Paris dont le siège est au pavillon de Marsan, au sein du palais du Louvre à Paris.

Mariage et descendanceModifier

De retour de son voyage en Orient, il épouse le , Lucie Sanlaville qui meurt après trois mois seulement de mariage, ne lui laissant aucune descendance. Le 4 juin 1877, il se marie avec sa belle-sœur Marthe Sanlaville qui lui donne un fils unique, Jean Guimet (1880 - 1920), qui développe l'entreprise familiale, crée des usines à l'étranger ; en 1940, le bleu Guimet disposera de 140 agents dans le monde. Lui-même est père d'un fils unique, Jacques Émile Guimet (27 avril 1908 - 23 octobre 1989), qui reprend l'entreprise après la Seconde Guerre mondiale, mais doit la céder à un concurrent anglais en 1967. Il crée sur l'emplacement de l'usine de Fleurieu une zone d'activités artisanales.

Décédé le , le corps d'Emile Guimet repose dans une chapelle du cimetière de Loyasse (5e arrondissement de Lyon), réalisée par l'architecte Prosper-Édouard Bissuel.

Œuvres d'Émile GuimetModifier

 
Émile Guimet lors d'une inauguration au musée Guimet en 1910.
  • Croquis égyptiens : Journal d’un touriste, Paris, 1867.
  • Bonjour Kanagawa, illustrations de Félix Régamey Paris, 1876 ; trad. japonaise, Tokyo, 1977.
  • Lettres sur l'Algérie, 1877.
  • Rapport au Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts sur la mission scientifique de M. Émile Guimet dans l’Extrême-Orient, Lyon, 1878.
  • Promenades japonaises (ill. Félix Régamey, dessins d'après nature), t. 1, Paris, G. Charpentier, , 212 p. (notice BnF no FRBNF30560305, lire en ligne sur Gallica).
  • Promenades japonaises. Tokio-Nikko (ill. Félix Régamey), t. 2, Paris, G. Charpentier, , 288 p. (notice BnF no FRBNF30560306, lire en ligne sur Gallica).
  • Promenades japonaises (préf. Hervé Beaumont, ill. Félix Régamey), Garches, À propos, , 288 p. (ISBN 978-2-915398-16-8) — Édition en fac-similé en un volume du récit de voyage paru en 2 tomes chez G. Charpentier, Paris, 1878 et 1880. 176 illustrations & 52 lettrines.
  • Huit jours aux Indes, Hachette, 1889 (dessins d'après nature par Félix Régamey), Editions Libretto, Coll. Libretto, 2016.
  • Tai-Tsoung, opéra en cinq actes, 1894, inspiré de la vie de Tai-Tsoung.
  • Le Jubilé du musée Guimet : 25e anniversaire de sa fondation, 1879–1904, Paris, 1904.
  • Cinquantenaire du musée Guimet : 1er janvier 1860 – 1er janvier 1910, Paris, 1910.

Notes et référencesModifier

  1. Jean-Paul Chabaud, Peintres autour du Ventoux, Connaissance des pays du Ventoux, , p. 15.
  2. a et b « Rénovation du musée national des Arts asiatiques - Guimet » [archive du ] [PDF] (consulté le ).
  3. Institut pour l'histoire de l'aluminium (IHA), « Repère Chronologique - Pechiney » [archive du ], sur www.histalu.org (consulté le ).
  4. a et b Geneviève Galliano, « Un jour, j'achetai une momie... Émile Guimet et l'Égypte antique », exposition au musée des Beaux-Arts de Lyon, du au .
  5. Christophe Corbier, « Les débuts du japonisme en France », sur L'Histoire par l'image, (consulté le ).
  6. Claude Jacques, « GUIMET (É.) », Universalis.
  7. Florence Calament, La révélation d'Antinoé par Albert Gayet : histoire, archéologie, muséographie, Institut français d'archéologie orientale, 2005, p. 66. Il l'appelait aussi son « laboratoire d'idées ».
  8. Jeannine Auboyer, "Guimet, Émile", Grove Art Online.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Ouvrages et chapitres d'ouvrageModifier

  • Hervé Beaumont, Les Aventures d'Emile Guimet. Un industriel voyageur, Éditions Flammarion, , 376 p. (lire en ligne).
  • Hubert Guimet, Jean-Baptiste et Emile GUIMET. A la confluence de l'art, de la science et de l'industrie, Lyon, Éditions lyonnaises d'art et d'histoire, , 191 p. (ISBN 978-2-84147-335-9).
  • (en) Elen P. Conant, « The French Connexion: Emile Guimet's Mission to Japan, A Cultural Context for Japonism », dans Hilary Conroy, Sandra T.W. Davis & Wayne Patterson (Eds.), Japan in Transition: Thought and Action in the Meiji Era, 1868-1912, London and Toronto, Associated University Presses, , 318 p. (ISBN 978-0-838-63169-0), p. 113-146
  • Louis David, « GUIMET Émile (1836-1918) », dans Dominique Saint-Pierre (dir.), Dictionnaire historique des académiciens de Lyon 1700-2016, Lyon, Éditions de l'Académie, , 1370 p. (ISBN 978-2-955-94330-4), p. 652-654 et passim
  • Bernard Frank, Le panthéon bouddhique au Japon : Collections d'Emile Guimet, Paris, Réunion des musées nationaux, , 335 p. (ISBN 978-2-913217-38-6, présentation en ligne)
  • Francis Macouin et Keiko Omoto, Quand le Japon s'ouvrit au monde : Émile Guimet et les arts d'Asie, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard », , 192 p. (ISBN 978-2-07-076084-8)
    Nouvelle édition augmentée et mise à jour de Quand le Japon s'ouvrit au monde, 1990, 176 p. (ISBN 978-2-070-53118-9)

ArticlesModifier

Article connexeModifier

Liens externesModifier