Élections régionales de 2012 en Schleswig-Holstein

Élections régionales de 2012 en Schleswig-Holstein
69 députés du Landtag
(Majorité absolue : 35 députés)
Type d’élection Élections législatives régionale
Corps électoral et résultats
Inscrits 2 239 615
Votants 1 347 911
60,18 %  −13,4
Votes exprimés 1 328 452
Votes nuls 19 459
Jost de Jager 2011.jpg CDU – Jost de Jager
Voix 408 637
30,76 %
 −0,8
Députés élus 22  −12
13-08-23-torsten-albig-07.jpg SPD – Torsten Albig
Voix 404 048
30,41 %
 +5
Députés élus 22  −3
Robert Habeck.JPG Grünen – Robert Habeck
Voix 174 953
13,17 %
 +0,7
Députés élus 10  −2
2013-08-23 - Wolfgang Kubicki - 8689.jpg FDP – Wolfgang Kubicki
Voix 108 953
8,20 %
 −6,7
Députés élus 6  −8
1415-ri-80-Piraten Torge Schmidt.jpg Piraten – Torge Schmidt
Voix 108 902
8,20 %
Députés élus 6  +6
Vainqueur par circonscription
Carte
Ministre-président
Sortant Élu
Peter Harry Carstensen
CDU
Torsten Albig
SPD

Les élections régionales de 2012 en Schleswig-Holstein (en allemand : Landtagswahl im Schleswig-Holstein 2012) se tiennent le , afin d'élire les 69 députés de la 18e législature du Landtag, pour un mandat de cinq ans.

Le scrutin est marqué par la nouvelle victoire de l'Union chrétienne-démocrate qui dirige le gouvernement depuis , un score historique des Verts et l'entrée des Pirates au Landtag.

Le social-démocrate Torsten Albig parvient au pouvoir après avoir formé une « coalition en feu tricolore danois » associant son parti aux écologistes et au parti de la minorité danoise.

ContexteModifier

Gouvernement de courte majoritéModifier

Lors des élections régionales anticipées du 27 septembre 2009, l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU) du ministre-président Peter Harry Carstensen et au pouvoir depuis , subit un recul de plus de huit points mais confirme son statut de premier parti du Land. Elle devance nettement le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), qui accuse une chute de plus de 13 points.

Ces deux régressions profitent au Parti libéral-démocrate (FDP), qui reste la troisième force parlementaire et enregistre une progression de huit points. Il devance ainsi l'Alliance 90 / Les Verts (Grünen), qui améliore son résultat de six points, tandis que Die Linke entre au Landtag avec 6 % des suffrages exprimés.

Carstensen forme alors une « coalition noire-jaune » disposant de 48 députés sur 95, soit l'exacte majorité absolue. La présence de 11 mandats supplémentaires au sein des députés de la CDU conduit en effet à une augmentation de la taille du Landtag, qui accueille 26 parlementaires de plus que prévu par la loi électorale. Dans la mesure où les quatre partis de l'opposition totalisent 1,71 % de suffrages exprimés de plus que les deux formations au pouvoir, les Grünen et la Fédération des électeurs du Schleswig du Sud (SSW) saisissent la Cour constitutionnelle.

Loi électorale contestéeModifier

Le , la haute juridiction donne raison au requérant et déclare la loi électorale contraire à la Constitution. Elle ordonne alors qu'elle soit modifiée avant le puis qu'un nouveau scrutin soit convoqué au plus tard le [1]. Carstensen indique alors à son parti qu'il renonce à en exercer la présidence régionale et celle-ci revient au président du groupe parlementaire et ancien ministre de l'Agriculture Christian von Boetticher trois semaines plus tard[2].

La CDU, le SPD et le FDP trouvent un accord sur la nouvelle version de la loi électorale le et approuvent la tenue du futur scrutin le [3]. Le texte — qui réduit à 35 le nombre de circonscriptions électorales et passe à la proportionnelle de Sainte-Lagüe — est adopté en séance plénière dix jours plus tard avec l'opposition des Grünen, de la Linke et de la SSW, qui souhaitaient que le nombre de circonscriptions soit réduit à 27[4].

Mode de scrutinModifier

Le Landtag est constitué de 69 députés (en allemand : Mitglied des Landtags, MdL), élus pour une législature de cinq ans au suffrage universel direct et suivant le scrutin proportionnel de Sainte-Lagüe.

Chaque électeur dispose de deux voix : la première (Erststimme) lui permet de voter pour un candidat de sa circonscription, selon les modalités du scrutin uninominal majoritaire à un tour, le land comptant un total de 35 circonscriptions ; la seconde (Zweitstimme) lui permet de voter en faveur d'une liste de candidats présentée par un parti au niveau du land.

Lors du dépouillement, l'intégralité des 69 sièges est répartie à la proportionnelle des secondes voix entre les partis ayant remporté au moins 5 % des suffrages exprimés (sauf le parti représentant la minorité danoise) ou une circonscription. Si un parti a remporté des mandats au scrutin uninominal, ses sièges sont d'abord pourvus par ceux-ci.

Dans le cas où un parti obtient plus de mandats au scrutin uninominal que la proportionnelle ne lui en attribue, il conserve ces mandats supplémentaires (Überhangmandat) et des mandats complémentaires (Ausgleichsmandat) sont attribués aux autres partis afin de rétablir une composition du Landtag proportionnelle aux secondes voix, tout en gardant un nombre impair le total de députés.

CampagneModifier

Principaux partisModifier

Parti Idéologie Chef de file Résultat en 2009
Union chrétienne-démocrate d'Allemagne
Christlich Demokratische Union Deutschlands
Centre droit
Démocratie chrétienne, libéral-conservatisme
Jost de Jager
(Ministre de l'Économie)
31,5 % des voix
34 députés
Parti social-démocrate d'Allemagne
Sozialdemokratische Partei Deutschlands
Centre gauche
Social-démocratie, troisième voie, progressisme
Torsten Albig
(Bourgmestre de Kiel)
25,4 % des voix
25 députés
Parti libéral-démocrate
Freie Demokratische Partei
Centre à centre droit
Libéralisme économique, libéralisme
Wolfgang Kubicki 14,9 % des voix
14 députés
Alliance 90 / Les Verts
Bündnis 90/Die Grünen
Centre gauche
Écologie politique, progressisme
Robert Habeck 12,4 % des voix
12 députés
Die Linke Extrême gauche à gauche
Socialisme démocratique, anticapitalisme, populisme
Antje Jansen (de) 6,0 % des voix
6 députés
Fédération des électeurs du Schleswig du Sud
Südschleswigscher Wählerverband
Centre gauche
Minorité danoise, régionalisme, social-libéralisme
Anke Spoorendonk 4,4 % des voix
4 députés
Parti des pirates
Piratenpartei Deutschland
Attrape-tout
Social-libéralisme, progressisme, protection de la vie privée
Torge Schmidt (de) 1,8 % des voix
0 député

SondagesModifier

Sondages en vue des élections régionales de 2012 en Schleswig-Holstein[5]
Institut Date CDU SPD Grünen FDP Linke SSW Piraten
GMS 02/05/2012 32 % 33 % 12 % 6 % 2 % 4 % 8 %
Forschungsgruppe Wahlen 27/04/2012 31 % 31 % 12,5 % 7 % 2,5 % 4 % 9 %
Infratest 19/04/2012 31 % 32 % 13 % 5 % 2 % 4 % 10 %
Infratest 12/04/2012 32 % 32 % 12 % 4 % 3 % 4 % 11 %
Infratest 29/03/2012 34 % 32 % 15 % 4 % 4 % 4 % 5 %
Infratest 16/03/2012 34 % 33 % 15 % 4 % 3 % 4 % 5 %
Forsa 05/03/2012 35 % 35 % 13 % 2 % 3 % 4 % 5 %
Infratest 19/02/2012 33 % 33 % 16 % 3 % 3 % 3 % 5 %
Emnid 20/01/2012 34 % 32 % 15 % 4 % 3 % 3 % 7 %
Forsa 18/11/2011 33 % 32 % 17 % 3 % 3 % 3 % 6 %
Dernières élections 27/09/2009 31,5 % 25,4 % 12,4 % 14,9 % 6,3 % 4,3 % 1,8 %

Événements marquantsModifier

Le , le bourgmestre de Kiel Torsten Albig remporte la primaire du SPD pour la désignation du chef de file électoral avec 57,2 % des suffrages contre le président régional et du groupe parlementaire Ralf Stegner, qui menait la campagne sociale-démocrate lors du scrutin précédent[6]. Environ trois mois plus tard, la CDU désigne son président régional et de groupe parlementaire Christian von Boetticher pour conduire la campagne et maintenir le Land dans son giron[7]. Il y renonce dès le , après que la presse a révélé qu'il avait entretenu une liaison avec une jeune fille mineure rencontrée sur Internet[8]. Dès le lendemain, le ministre de l'Économie Jost de Jager est choisi pour prendre sa suite[9].

En , les deux autres principaux partis du Landtag choisissent leurs chefs de file. Le , un congrès des Grünen investit Monika Heinold tête de liste régionale, ce poste devenant statutairement revenir à une femme, et Robert Habeck chef de file et deuxième de la liste[10]. Le FDP choisit son président de groupe parlementaire Wolfgang Kubicki, qui a mené chaque campagne depuis sauf celle de , le . Il est alors présenté comme « un libéral combatif et acerbe, qui critique vivement la direction du parti »[11]. Le journal Die Welt critique durement les candidats, les jugeant « de deuxième à quatrième rang »[12].

Alors que le début de l'année est marqué par un scandale financier impliquant le président fédéral Christian Wulff, élu 18 mois plus tôt par la CDU et le FDP, l'Union chrétienne-démocrate tente de recentrer la campagne autour d'enjeux régionaux, notamment les énergies renouvelables dont le Schleswig-Holstein est un important producteur[13]. Alors que la chancelière fédérale Angela Merkel vient le soutenir la campagne de son parti[14], Kubicki — dont la formation est créditée de 3 % d'intentions de vote — marque son agacement face à « l'affaire Wulff » en déclarant que « [sa] patience s'épuise progressivement »[15].

Une éventuelle défaite de la majorité au pouvoir à Kiel n'aurait cependant pas d'incidence au niveau fédéral, puisque la « coalition noire-jaune » de la chancelière est déjà minoritaire au Conseil fédéral[16].

RésultatsModifier

Voix et siègesModifier

Résultats des élections régionales de 2012 en Schleswig-Holstein[17]
 
Partis Circonscriptions Listes Total
sièges
+/-
Votes % Sièges +/− Votes % Sièges
Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU) 485 709 36,81 22   12 408 637 30,76 0 22   12
Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) 472 752 35,83 13   7 404 048 30,41 9 22   3
Alliance 90 / Les Verts (Grünen) 139 888 10,60 0   174 953 13,17 10 10   2
Parti libéral-démocrate (FDP) 56 493 4,28 0   108 953 8,20 6 6   8
Parti des pirates (Piraten) 97 335 7,38 0   108 902 8,20 6 6   6
Fédération des électeurs du Schleswig du Sud (SSW) 32 565 2,47 0   61 025 4,59 3 3   1
Die Linke (Linke) 32 090 2,43 0   29 900 2,25 0 0   6
Parti des familles d'Allemagne (FAMILIE) 0 0,00 0   12 758 0,96 0 0  
Parti national-démocrate d'Allemagne (NPD) 1 503 0,11 0   9 832 0,74 0 0  
Électeurs libres (FW) 0 0,00 0   7 823 0,59 0 0  
Union maritime d'Allemagne (de) (MUD) 0 0,00 0   1 621 0,12 0 0  
Die PARTEI 467 0,04 0   0 0,00 0 0  
Indépendants 1 408 0,11 0   0 0,00 0 0  
Votes valides 1 319 415 97,94 1 328 452 98,56
Votes blancs et nuls 27 701 2,06 19 459 1,44
Total 1 347 911 100 35   5 1 347 911 100 34 69   26
Abstentions 891 704 39,82 891 704 39,82
Inscrits / participation 2 239 615 60,18 2 239 615 60,18

AnalyseModifier

La CDU résiste bien, enregistrant un très léger recul en voix mais perd nombre de sièges, du fait de la nouvelle loi électorale. Elle est cependant rattrapée par le SPD, qui se classe deuxième à 4 000 voix près, gagnant cinq points. Il repasse donc juste au-dessus des 30 % des voix. L'autre forte progression est à relever du côté des Piraten. Remportant un franc succès dans un territoire rural et conservateur, ils se placent à 51 voix du FDP — qui sauve sa représentation parlementaire en restant nettement au-dessus des 8 % — et intègrent ainsi leur troisième Landtag après Berlin et la Sarre. Tandis que les Grünen redeviennent la troisième force politique du Land, la Linke est exclue de l'hémicycle après seulement trois ans de présence.

Les principaux responsables de l'Union chrétienne-démocrate ont souligné que le Parti social-démocrate avait échoué à atteindre 40 % des voix et qu'une éventuelle coalition rouge-verte ne disposait pas de la majorité absolue. Le chef de file du SPD affirme alors sa volonté de constituer une « coalition en feu tricolore danois », l'associant aux Verts et à la SSW, cette dernière réclamant toutefois l'attribution d'un ministère. Le Parti des pirates se réjouit de son score, confirmant son souhait de rester dans l'opposition, tandis que le Parti libéral-démocrate célèbre des résultats qu'il juge « bons » pour la direction fédérale[18].

ConséquencesModifier

Le , sociaux-démocrates, écologistes et représentants de la minorité danoise constatent le succès de leurs entretiens exploratoires et ouvrent des négociations de coalition[19]. L'accord entre les trois partis est signé le suivant[20].

Torsten Albig est investi ministre-président le au premier tour de scrutin par 37 voix sur 69, soit deux suffrages de plus que le total de sa coalition. Il aurait bénéficié du vote favorable de députés Piraten[21].

Notes et référencesModifier

  1. (de) Frank Pergande, « Neuwahlen in Schleswig-Holstein », Frankfurter Allgemeine Zeitung,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  2. (de) « Boetticher neuer CDU-Landeschef », Frankfurter Allgemeine Zeitung,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  3. (de) « Schleswig-Holstein wählt im Mai 2012 », Die Welt,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  4. (de) « Landtag in Kiel verabschiedet neues Wahlrecht », Stern,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  5. (de) « Sonntagsfrage – Schleswig-Holstein (Wahlumfrage, Wahlumfragen) », sur wahlrecht.de (consulté le 7 octobre 2017).
  6. (de) Frank Pergande, « SPD macht Torsten Albig zum Spitzenkandidaten », Frankfurter Allgemeine Zeitung,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  7. (de) « Von Boetticher Spitzenkandidat der Nord-CDU », Norddeutscher Rundfunk,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  8. (de) « Führungskrise in Nord-CDU », Frankfurter Allgemeine Zeitung,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  9. (de) « CDU-Führung will de Jager als neuen Spitzenkandidaten », Der Spiegel,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  10. (de) « 93 Prozent für Spitzenkandidat Habeck », Die Welt,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  11. (de) « Kubicki zieht für Nord-FDP in den Wahlkampf », Handelsblatt,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  12. (de) « Der Kampf um Kiel – mit zwei Unbekannten », Die Welt,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  13. (de) « Wulff-Affaire kann FDP und CDU die Landtagswahl kosten », Focus,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  14. (de) « CDU läutet mit Merkel ihren Landtagswahlkampf ein », Hamburger Abendblatt,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  15. (de) « CDU und FDP fürchten Wahl-Belastung durch Wulff », Berliner Morgenpost,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  16. (de) « Im Zentrum aller Sorgen », Frankfurter Allgemeine Zeitung,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  17. « Endgültige Ergebnisse der Landtagswahl in Schleswig-Holstein 2012 », sur www.statistik-nord.de, (consulté le 3 août 2020).
  18. (de) « Albig: „Die Schleswig-Holstein-Ampel steht“ », Frankfurter Allgemeine Zeitung,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  19. (de) « Einigkeit in der „Dänen-Ampel“ », Kieler Nachrichten,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  20. (de) « „Dänen-Ampel“ im Norden steht », Bild,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).
  21. (de) « Torsten Albig im ersten Wahlgang zum Regierungschef gewählt », Die Zeit,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2017).

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier