Ouvrir le menu principal

Élections législatives nord-coréennes de 2019

Élections législatives nord-coréennes de 2019
Kim Jong-un at the Workers' Party of Korea main building.png Kim Jong-un – Front démocratique pour la réunification de la patrie
100 %
 0
Sièges obtenus 687  0

Des élections législatives se tiennent le 10 mars 2019[1] en Corée du Nord afin de renouveler l'ensemble des 687 sièges de l'Assemblée populaire suprême, au suffrage universel direct, à l'issue d'une législature de cinq ans.

Les élections en République démocratique populaire de Corée ne sont généralement pas considérées comme démocratiques, et l'Assemblée, dépourvue de tout réel pouvoir, ne se réunit que rarement[2]. Les autorités affirment ainsi que tous les candidats ont obtenu 100 % de suffrages favorables, et que tous les électeurs présents dans le pays au moment du scrutin ont participé au vote.

Sommaire

ContexteModifier

 
Poignée de mains de Kim Jong-un et Donald Trump en juin 2018.

L'année 2018 marque un abaissement des vives tensions entre le régime nord-coréen et ses ennemis sud-coréen et américain. La Corée du Nord participe aux Jeux olympiques et aux Jeux paralympiques d'hiver de 2018 à Pyeongchang, en Corée du Sud, et en avril Kim Jong-un est le premier dirigeant nord-coréen à visiter la Corée du Sud. Il rencontre son homologue sud-coréen Moon Jae-in à Panmunjeom, et les deux hommes promettent de cesser tout acte pouvant raviver les tensions inter-coréennes. En juin, Kim Jong-un devient le premier dirigeant nord-coréen à rencontrer un président des États-Unis en exercice, pour un sommet bilatéral avec Donald Trump à Singapour, visant officiellement à dénucléariser la péninsule coréenne[3].

Système politique et électoralModifier

En principe, l'Assemblée populaire suprême est l'organe le plus puissant du gouvernement. En pratique, elle ne se réunit que quelques jours par an, pour ratifier automatiquement les décisions prises par le Parti du travail de Corée[4]. Le pouvoir réel est exercé par le conseil des ministres dirigé par le premier ministre Pak Pong-ju ; par le Comité de la défense nationale que préside Kim Jong-un ; et par le politburo du Comité central du Parti du travail, que dirige également Kim Jong-un[4]. Kim Jong-un est encensé par un culte de la personnalité[5] ; la Corée du Nord est généralement considérée comme un État totalitaire où toute contestation du régime est brutalement réprimée[5].

Nommément, il existe plusieurs partis politiques, mais ce pluripartisme n'est qu'une façade. Tous reconnaissent l'autorité du Parti du travail, et sont assemblés avec lui en « Front démocratique pour la réunification de la patrie »[4]. La Constitution dispose dans son article 11 que « la République populaire démocratique de Corée déploie toutes ses activités sous la direction du Parti du travail de Corée », tandis que l'article 10 dispose que le pays « s'appuie sur l'unité politique et idéologique du peuple entier »[6]. Le Parti social-démocrate de Corée et le Parti Chondogyo-Chong-u, ce dernier issu du mouvement religieux cheondoïste, n'existent ainsi plus que « sur papier » ainsi que par « de petits bureaux centraux conservés pour les besoins de la propagande »[7].

Le pays est divisé en 687 circonscriptions, élisant chacune un député. Le droit de vote s'acquiert à l'âge de 17 ans, qui est également l'âge minimal pour se présenter aux élections[8]. Il y a un seul candidat par circonscription. « Officiellement, des réunions d'électeurs ont lieu dans toutes les circonscriptions du pays pour la désignation des candidats. Les commentateurs pensent majoritairement que la plupart des candidats sont triés sur le volet » par les autorités et par le Parti du travail de Corée[8]. Dans chaque bureau de vote, une affiche informe les électeurs du nom de leur candidat unique, et de sa profession[9].

Le candidat est élu s'il obtient la majorité absolue des suffrages dans sa circonscription, et si le taux de participation y est d'au moins 50 %[8]. Officiellement, l'élection se déroule à bulletin secret. Mais une personne souhaitant voter contre l'unique candidat sélectionné pour sa circonscription doit rayer son nom sur le bulletin « dans un isoloir spécial » - « un acte de rébellion [...] quasi-impensable »[10]. L'abstention n'est pas tolérée non plus - ce qui permet aux autorités d'utiliser les élections comme une forme de recensement[11],[12], et d'identifier d'éventuelles défections[12]. Ainsi, « des fonctionnaires chargés de l'organisation de l'élection se rendent dans chaque foyer pour s'assurer de la présence ou de l'absence des électeurs inscrits »[13]. Si une personne ayant fui à l'étranger est identifiée comme absente, sa « famille restée au Nord risque de graves punitions. C’est pourquoi de nombreux Nord-Coréens partis en Chine reviennent, au péril de leur vie, juste pour voter »[14]. Par ailleurs, des « urnes mobiles » sont prévues pour que les malades ou infirmes, ne pouvant pas se déplacer, puissent voter[15]. En conséquence, les autorités affichent, lors de chaque élection, un taux d'approbation populaire de 100 % pour chaque candidat, ainsi qu'un taux de participation de près de 100 %[8].

DéroulementModifier

Selon un témoignage clandestin recueilli par Radio Free Asia, des travailleurs dans la province de Hamgyong du Nord sont contraints de participer à des manifestations publiques de promotion des élections, en costumes colorés, les jours qui précèdent le scrutin. La source affirme que ces personnes perdent le salaire correspondant à ces jours d'absence de leur lieu de travail[9].

Le jour du vote les autorités s'assurent d'une « atmosphère de carnaval » à Pyongyang, avec des groupes de musique dans les bureaux de vote. Des enfants portant un chiffon rouge au cou « paradent dans les rues et encouragent les électeurs »[16]. Ces derniers s'assurent généralement de voter tôt dans la journée, pour démontrer leur loyauté envers le régime. Ayant voté, il est attendu qu'ils « rejoignent les groupes dehors qui expriment leur enthousiasme et leur joie d'avoir pu voter » pour le gouvernement en place[17].

Le jour du vote, l'Agence centrale de presse nord-coréenne rapporte : « Tous les électeurs participent tels un seul homme à l'élection pour la prospérité de notre pays socialiste et le développement du pouvoir populaire avec la grande fierté et l'honneur d'être membres de la nation du grand Kim Il-sung et de la Corée de Kim Jong-il » (en gras dans l'original)[18]. Cette même agence rapporte que l'éditorial du journal Rodong Sinmun décrit l'élection comme « une occasion importante pour consolider davantage le pouvoir populaire dans notre pays et promouvoir victorieusement la cause de la révolution Juche. Chaque bulletin déposé en faveur des candidats à la députation reflète la loyauté de défendre fermement l'idée unique de nos grands dirigeants pour bâtir le pouvoir du peuple et leurs exploits »[19].

RésultatsModifier

L'Agence centrale de presse nord-coréenne rapporte que l'ensemble des candidats sont élus, tous avec 100 % de suffrages favorables, et que le taux de participation s'élève à 99,99 %, seules les personnes se trouvant à l'étranger ou travaillant en haute mer n'ayant pas voté. À la surprise des observateurs étrangers, Kim Jong-un n'apparaît pas sur la liste des élus, contrairement aux résultats des élections de 2014. Sa soeur Kim Yo-jong est élu députée, de même que le ministre des Affaires étrangères Ri Yong-ho[20],[21],[22]. C'est la première fois qu'un dirigeant nord-coréen n'est pas membre de l'Assemblée populaire[23].

En date du 19 juillet 2019, la répartition des sièges par parti n'est pas disponible.

Répartition des sièges
Parti ou mouvement Sièges +/-
Parti du travail de Corée
Parti social-démocrate de Corée
Parti Chondogyo-Chong-u
Chongryon
Indépendants
Total 687  

SuitesModifier

Lors de sa première session le 11 avril, l'Assemblée issue de ces élections réélit Kim Jong-un à la présidence de la Commission des affaires de l'État, remplace Kim Yong-nam (âgé de 91 ans) par Choe Ryong-hae à la présidence du Présidium de l'Assemblée, et remplace Pak Pong-ju (âgé de 80 ans) par Kim Jae-ryong au poste de Premier ministre. Cette réorganisation des instances dirigeantes est perçue non seulement comme un rajeunissement qui s'imposait, mais aussi comme un moyen pour le jeune dictateur Kim Jong-un de consolider son autorité en « écartant des personnalités qui étaient en place bien avant qu’il n’accède au pouvoir, fin 2011 »[24],[25],[26].

Notes et référencesModifier

  1. (en) "Election of Deputies to SPA to Be Called in DPRK", Agence centrale de presse nord-coréenne, 9 Javier 2019
  2. (en) "North Korea parliament silent on Kim Jong-un succession", BBC News, 8 avril 2011
  3. (en) "North Korea profile - Timeline", British Broadcasting Corporation
  4. a b et c (en) "North Korea: Government", GlobalEdge, Michigan State University
  5. a et b (en) "North Korea profile", BBC, 17 décembre 2013
  6. Constitution de la Corée du Nord, version de 2009
  7. (en) "Democracy, DPRK style: North Korea holds election", Agence France-Presse, 10 mars 2019
  8. a b c et d « République populaire démocratique de Corée », Union interparlementaire
  9. a et b (en) "North Koreans Complaining about Coercive, Open-ballot Election System", Radio Free Asia, 8 mars 2019
  10. (en) "North Korea votes for new rubber-stamp parliament", Associated Press, 9 mars 2009
  11. (en) "North Koreans vote in predetermined elections", Deutsche Welle, 9 mars 2014
  12. a et b (en) "North Korea holds parliament 'election'", Channel NewsAsia, 9 mars 2014
  13. « La Corée du Nord aux urnes, un candidat unique par circonscription », La Libre, 9 mars 2014
  14. « Corée du Nord : des élections pour légitimer le pouvoir », Radio France international, 7 mars 2014
  15. (en) "North Koreans vote for new national council", Al Jazeera, 9 mars 2014
  16. (en) "North Koreans go to polls in 'rubber-stamp' election", Agence France-Presse, 10 mars 2019
  17. (en) "North Koreans vote in 'no-choice' parliamentary elections", BBC News, 10 mars 2019
  18. (en) "Report of Central Election Committee", Agence centrale de presse nord-coréenne, 10 mars 2019
  19. (en) "Newspapers Call for Taking Part in Election as One and Cementing People's Power", Agence centrale de presse nord-coréenne, 10 mars 2019
  20. (en) "Report on Results of Election of Deputies to SPA Issued", Agence centrale de presse nord-coréenne, 12 mars 2019
  21. (en) "North Korea election sees 99.99% turnout: KCNA", Channel NewsAsia, 12 mars 2019
  22. (en) "N.K. leader not mentioned among those elected to parliament", Yonhap, 12 mars 2019
  23. (en) "North Korea election: Surprise as leader Kim Jong-un 'not on ballot'", BBC News, 12 mars 2019
  24. "Corée du Nord : Kim Jong-un remanie sa garde rapprochée", Guinée Mail, 12 avril 2019
  25. "Kim Jong-un devient le «représentant suprême» du peuple", Yonhap, 14 avril 2019
  26. (en) "North Korean parliament re-elects Kim Jong Un to key panel", Al Jazeera, 12 avril 2019