Élections législatives maliennes de 2020

Élections législatives maliennes de 2020
147 sièges de l'Assemblée nationale
29 mars 2020 (1er tour
19 avril 2020 (2d tour)
Ibrahim Boubacar Keïta par Claude Truong-Ngoc décembre 2013 (cropped).jpg Rassemblement pour le Mali – Ibrahim Boubacar Keïta
Sièges sortants 66
Soumaïla Cissé 2013 Portrait.jpg Union pour la république et la démocratie – Soumaïla Cissé
Sièges sortants 17
Logo Adéma-PASJ Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice.jpg Alliance pour la démocratie au Mali – Tiémoko Sangaré
Sièges sortants 16
Premier ministre
Sortant
Boubou Cissé
Indépendant

Les élections législatives maliennes de 2020 se déroulent les 29 mars et 19 avril 2020 après plusieurs années de reports afin de renouveler les 147 membres de l'Assemblée nationale du Mali. Elles sont perturbées par l'enlèvement du chef de file du parti d'opposition Union pour la république et la démocratie, Soumaïla Cissé par un groupe armé dans la région de Tombouctou le 25 mars.

ContexteModifier

L'élection doit initialement avoir lieu peu après la présidentielle de 2018 ayant vu la victoire du président sortant Ibrahim Boubacar Keïta. Son parti, le Rassemblement pour le Mali, avait remporté 66 sièges sur 147 aux précédentes législatives en 2013. D'abord prévues les 28 octobre et 18 novembre 2018, les élections sont reportées d'un mois à la suite d'une grève des magistrats ayant entrainé des délais supplémentaires dans le dépôt des candidatures[1]. Le 15 octobre, la Cour constitutionnelle reporte finalement le scrutin à avril 2019 en prorogeant de six mois le mandat des députés. Cette décision, qui a lieu peu de temps après la présidentielle, est alors officiellement justifiée par l'objectif d'une meilleure organisation du scrutin dans un climat politique plus serein et afin de donner plus de temps au gouvernement pour l'application des réformes institutionnelles prévues dans l'accord de paix de 2015. La décision de la cour ainsi que le silence de l'opposition sont cependant très critiqués au sein de l'opinion publique, qui y voit le signe de négociations en coulisse entre les deux camps[2].

Le 22 avril 2019, le président nomme pour nouveau Premier ministre Boubou Cissé. Le 2 mai suivant, un gouvernement d'ouverture est finalement formé auquel participe une grande partie de l'opposition. Malgré l'échec de la formation d'un gouvernement d'« union nationale » regroupant l'ensemble des partis du pouvoir et de l'opposition, le principe d'une application des accords d'Alger et de la mise en œuvre de réformes politiques, institutionnelles, économiques et sociales est acté[3],[4].

Le gouvernement malien fait voter le 7 juin 2019 la prorogation du mandat des députés jusqu'au 2 mai 2020, afin de permettre de mettre en œuvre son projet de révision constitutionnelle. La prorogation est ensuite votée au deux tiers des membres de l'assemblée, puis présentée pour avis à la Cour constitutionnelle qui l'approuve[5]. Après un dialogue national avec l'ensemble de la classe politique ainsi que des ex-rebelles, achevé le 22 décembre, le gouvernement finit par annoncer le nouveau calendrier électoral le 22 janvier 2020[6]. Les élections sont finalement convoquées pour le 29 mars suivant, avec des seconds tours éventuels le 19 avril dans les circonscriptions mise en ballotage. Les candidats ont jusqu'au 13 février pour présenter leurs candidatures, avant une période de campagne électorale à partir du 8 mars[7],[8].

Le 25 mars 2020, le convoi de Soumaïla Cissé, le chef de file de l'Union pour la république et la démocratie, est attaqué par des hommes à moto[9]. Son garde du corps est tué, deux de ses proches sont blessés, Cissé et onze membres de son équipe de campagne sont enlevés[9]. Cinq des otages seront ensuite libérés pour aller annoncer aux autorités maliennes que Cissé était gardé vivant[9]. La piste de djihadistes liés à Al-Qaïda est privilégiée sans être confirmée au vu contexte sécuritaire et politique du Mali[9].

Mode de scrutinModifier

 
Intérieur de l'assemblée, à Bamako.

L'Assemblée nationale est l'unique chambre du parlement monocaméral du Mali. Elle est composée de 147 sièges dont les membres sont élus pour cinq ans selon un mode de scrutin mêlant scrutin uninominal majoritaire à deux tours et scrutin plurinominal majoritaire.

Sont ainsi à pourvoir 147 sièges dans 125 circonscriptions électorales correspondant à un siège par tranche de 60 000 habitants, avec un député minimum et un autre supplémentaire pour une éventuelle tranche restante de 40 000 habitants. Ces circonscriptions sont pourvues pour celles d'un seul siège au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, et pour celles de plusieurs sièges au scrutin plurinominal majoritaire à deux tours via des listes bloquées.

Dans la pratique, les électeurs votent pour un candidat ou une liste de candidats, et celui ou celle qui arrive en tête avec plus de 50 % des voix au premier tour est élu. À défaut, un second tour est organisé entre les deux candidats ou listes arrivés en tête, et celui ou celle recueillant le plus de voix est élu[10],[11].

RésultatsModifier

Résultats provisoires des législatives maliennes de 2020[12]
Parti Premier tour Second tour Total
sièges
+/-
Voix % Sièges Voix % Sièges
Rassemblement pour le Mali 8
Union pour la république et la démocratie 3
Alliance démocratique pour la paix-Maliba 3
Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance 1
Alliance pour la démocratie au Mali
Forces alternatives pour le renouveau et l'émergence
Mouvement patriotique pour le renouveau
Alliance pour la sécurité au Mali
Congrès national d'initiative démocratique
Parti de l'indépendance, de la démocratie et de la solidarité
Parti pour la renaissance nationale
Parti pour le développement économique et la solidarité
Union pour la démocratie et le développement
Autres partis
Indépendants
Suffrages exprimés 2 627 320 95,94
Votes blancs et invalides 111 108 4,06
Total 2 738 428 100 17 100 130 147  
Abstentions 4 925 036 64,27
Inscrits / participation 7 663 464 35,73

Analyse et conséquencesModifier

Un total de 1417 candidats répartis dans 547 listes s'affrontent au premier tours - dont 430 femmes[12]. Selon les résultats provisoires, la participation s'élève à 35,73 % pour le premier tour, avec des taux plus élevè dans les campagnes que dans les grandes villes, dont la capitale Bamako. L'insécurité régnant dans le nord du pays empêche l'ouverture de 797 bureaux de vote sur 22 147, totalisant 208 508 inscrits, tandis que la tenue des deux tours de scrutin malgré la progression de la pandémie de Covid 19 sur le continent fait l'objet d'une polémique, une partie de la population souhaitant un report. Le gouvernement refuse cependant de repousser à nouveau le scrutin après deux ans de report successifs, jugeant essentiel de relégitimiser l'assemblée dans le cadre du processus de paix dans le nord du pays[13],[14]. Le scrutin a ainsi lieu dans le contexte d'une accélération du retour dans le Nord des réfugiés, cinq ans après l'accord de Paix d'Alger[12],[15],[16]. Le faible taux de participation aux législatives est par ailleurs largement relativisé, celui ci n'ayant jamais dépassé plus de 40 % depuis l'avènement du multipartisme au Mali[17].

Dix sept candidats sont élus dés le premier tour, dont notamment le chef de l'opposition et dirigeant de l'Union pour la république et la démocratie Soumaïla Cissé - enlevé par de présumés jihadistes peu avant avant le scrutin -, ainsi que le président de l'Alliance démocratique pour la paix-Maliba, Aliou Boubacar Diallo. Ceux ci confirment leur status de poids lourd de la classe politique malienne, deux ans après leurs arrivée respectivement en second et troisième place de l'élection présidentielle[18]. Malgré l'arrivée largement en tête du Rassemblement pour le Mali avec huit députés élus sans ballotage, plusieurs autres partis de la mouvance présidentielle ou de l'opposition parviennent également à décrocher des sièges dés le premier tour[19]. Pour la première fois depuis 2002, aucun candidat du Rassemblement pour le Mali ne parvient ainsi à obtenir d'emblée la majorité absolue dans la commune IV de Bamako, fief du président Ibrahim Boubacar Keïta[20].

Notes et référencesModifier

  1. « Mali: les élections législatives reportées d'un mois », sur Le Figaro (consulté le 13 septembre 2018)
  2. Mali: les vraies raisons du report des législatives
  3. Dialogue politique inclusif au Mali: Le bout du tunnel?
  4. Mali : un cabinet de large ouverture, à défaut d’un gouvernement d’union nationale
  5. Mali : adoption d’un projet de loi prolongeant le mandat des députés jusqu’en 2020
  6. https://www.facebook.com/RFI, « Mali: le dialogue national inclusif s’achève sur quatre résolutions », sur RFI, RFI, (consulté le 26 janvier 2020).
  7. « Mali : le premier tour des élections législatives fixé au 29 mars prochain – JeuneAfrique.com », sur JeuneAfrique.com, jeuneafrique1, (consulté le 26 janvier 2020).
  8. https://www.facebook.com/RFI, « Mali: la date des élections législatives est fixée au 29 mars », sur RFI, RFI, (consulté le 26 janvier 2020).
  9. a b c et d « Mali : le chef de l'opposition Soumaïla Cissé a été enlevé », sur france24.com, (consulté le 27 mars 2020)
  10. Mali Assemblée nationale Union Interparlementaire
  11. Mali Election Passport
  12. a b et c (en) « Proclamation des résultats provisoires des législatives par l’administration : / Un taux de participation de 35,73% : / Au moins 17 candidats élus dès le 1er tour • Malijet.co * Mali », sur Malijet.co, (consulté le 4 avril 2020).
  13. « Elections législatives au Mali : l'insécurité et le coronavirus ont refroidi les électeurs », sur Franceinfo, (consulté le 4 avril 2020).
  14. « Au Mali, faible participation aux législatives, marquées par des violences djihadistes et le coronavirus », sur Le Monde.fr, Le Monde, (ISSN 1950-6244, consulté le 5 avril 2020).
  15. Oumou Traoré, « » Mali: Élections législatives du 29 mars 2020 : Un dimanche pas comme les autres », sur Mali Actu (consulté le 4 avril 2020).
  16. 32, « Gao : Retour massif des réfugiés », sur L'ESSOR, (consulté le 4 avril 2020).
  17. « maliweb.net - Législatives 2020: Une participation en deçà des élections de 2013 », sur www.maliweb.net, (consulté le 4 avril 2020).
  18. « maliweb.net - Législatives mars-avril 2020 : La quasi-totalité des ténors au second tour ! », sur www.maliweb.net, (consulté le 4 avril 2020).
  19. https://www.facebook.com/RFI, « Mali: dix-sept députés élus au premier tour, une participation de 35,7% », sur RFI, RFI, (consulté le 4 avril 2020).
  20. « maliweb.net - Législatives en Commune IV : Défaite historique des tisserands dans le fief du président-fondateur ! », sur www.maliweb.net, (consulté le 4 avril 2020).