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Élections législatives françaises de 1857

Élections législatives françaises de 1857
283 députés
et et
Type d’élection Élections législatives
Corps électoral et résultats
Inscrits 9 495 955
Votants 6 136 664
68,09 %  +3,5
Duc-de-Morny-01.jpg Bonapartistes – Charles de Morny
Voix 5 471 888
97,53 %
 +0,6
Députés élus 276  +23
Michel Goudchaux.jpg Opposition – Michel Goudchaux
Voix 571 859
2,47 %
 −0,6
Députés élus 7  −1
Représentation de l'assemblée
Diagramme
  • Opposition : 7 sièges
  • Bonapartistes: 276 sièges
Gouvernement
Sortant Élu
Pierre Jules Baroche
Bonapartistes
Pierre Jules Baroche
Bonapartistes

Les élections législatives ont lieu les 21 juin et afin de renouveler, pour la première fois, le Corps législatif du Second Empire. Ces élections au suffrage universel masculin se tiennent pendant la phase dite de l'« Empire autoritaire ». Marquées par les pressions du pouvoir et la fraude électorale, ainsi qu'un taux d'abstention de plus d'un tiers des inscrits, ces élections marquent cependant l'acmé du succès électoral de l'Empire (90 % des votants), avant le recul marqué de 1863.

Contexte et analyseModifier

Les élections législatives doivent en principe avoir en lieu l'année suivante, mais Napoléon III préfère écourter le mandat de la première législature issue des élections de 1852[1]. Par ces élections, il veut ainsi montrer à la France et à l'Europe la popularité du régime[1].

Malgré une abstention élevée (35,5 % des inscrits[2]) qui s'explique entre autres par le refus des républicains et des orléanistes [1] de participer à ce qu'ils considèrent comme une mascarade et l'appui décisif apporté par le gouvernement aux candidats officiels, ces élections constituent le plus important succès électoral de l'Empire.

Face aux candidats officiels, soutenus par les services du ministre de l'intérieur, l'opposition est morcelée, y compris au sein de chacun de ses formations politiques, qu'elle soit légitimiste, orléaniste ou républicaine. Les royalistes sont en effet peu actifs après la tentative infructueuse, faite à Frohsdorf en 1853, d'alliance des légitimistes et des orléanistes. Malgré tout, contrairement à ceux-ci, les légitimistes se prêtent au jeu électoral et présentent des candidats[1].

La fraude est endémique. Le poète François Ponsard, candidat de l'opposition à Vienne, décrit ainsi le scrutin :

« Les maires, commissaires de police et gardes champêtres ont fait voter le bétail rustique comme ils ont voulu. On a arrêté les porteurs de mes bulletins et déchiré mes affiches ; on a pris mes bulletins dans la main et jusque dans les maisons des paysans en leur faisant toutes sortes de menaces ; on a promis aux maires des foires, des églises, des chemins et des secours pour les inondés de l'an dernier[3]. »

Malgré trois millions quatre cent mille abstentions qui ternissent ce succès, les candidats officiels remportent 85,7 % des suffrages exprimés (5 202 200 voix[4]). L'opposition s'est battue en ordre dispersé, entre d'une part les républicains et les libéraux (645 000 suffrages[4]) et d'autre part les légitimistes et cléricaux (151 000 voix). Ce sont les républicains qui engrangent des voix supplémentaires, notamment dans les grandes villes (progression de 15 000 voix à Paris). Lazare Hippolyte Carnot, Michel Goudchaux et Louis Eugène Cavaignac sont élus mais refusent de prêter serment et ne peuvent en conséquence siéger.

Elections complémentaires d'avril 1858Modifier

À Paris, les républicains décident de présenter des candidats[1], et le directeur du Siècle, Léonor-Joseph Havin, impose aux côtés des « vieux » de 1848 des nouveaux qui acceptent de prêter serment s'ils sont élus[1].

C'est ainsi qu'aux élections complémentaires d'avril 1858, trois mois après l'attentat d'Orsini contre l'empereur et quelques jours après le vote de la loi de sûreté générale, les cinq députés républicains qui sont élus (Jules Favre, Ernest Picard, Jacques-Louis Hénon, Alfred Darimon et Émile Ollivier qui est élu contre le candidat officiel Varin, grâce au désistement du républicain modéré Garnier-Pagès [5] – ces deux derniers à Paris) acceptent de prêter serment[6].

Résultats politiquesModifier

Malgré le succès massif des candidats officiels (90 % des suffrages exprimés), l'opposition républicaine progresse dans les villes. Elle échoue de justesse à Lille et obtient un siège à Lyon[1]. À Paris, ils obtiennent 5 des 10 circonscriptions électorales, dans le centre et l'est [1]. Avec les partielles de 1858, ils remportent 2 des 3 sièges vacants à Paris[1].

À la suite de cette progression relative de l'opposition républicaine, l'Empereur refuse de remettre en cause le suffrage universel comme le lui demande son entourage, en particulier le ministre d'État Fould[1]. Faire voter les campagnes est en effet, à l'époque, un moyen sûr de contrer l'opposition républicaine majoritairement présente dans les villes, d'autant plus que les soutiens apportés aux candidats officiels permettent de biaiser nettement les résultats.

Résultats détaillésModifier

Électeurs Nombre
Inscrits 9 495 955 100.00 %
Abstentions 3 359 291 35.38 %
Votants 6 136 664 64.62 %
Blancs et invalidés 92 917 1.51 %
Exprimés 6 043 747 63.65 %
Parti Votes % Sièges
  Bonapartistes 5 471 888 97.53% 276
  Opposition 571 859 2.47% 7

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e f g h i et j Plessis 1979, p. 190-192.
  2. Plessis 1979, p. 209.
  3. Vier, La Comtesse d'Agoult et François Ponsard d'après une correspondance inédite, 1843-1867, I, Paris, Armand Colin, 1960, cité dans Plessis 1979, p. 191.
  4. a et b Frédéric Salmon, Les résultats des élections et référendums en France - 1848-2018.
  5. Notice biographie de Garnier-Pagès sur le site de l'Assemblée nationale
  6. Pierre Milza, Napoléon III, Paris, Perrin, 2004, réédition collection Tempus, 2006, p.  320-321

BibliographieModifier

  • Alain Plessis, Nouvelle histoire de la France contemporaine, t. 9 : De la fête impériale au mur des fédérés, 1852-1871, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points. Histoire » (no 109), , 253 p. (présentation en ligne).
    Édition revue et mise à jour : Alain Plessis, Nouvelle histoire de la France contemporaine, t. 9 : De la fête impériale au mur des fédérés, 1852-1871, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points. Histoire » (no 109), , 254 p. (ISBN 2-02-000669-3).