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Élections générales uruguayennes de 2019

Élections générales uruguayennes de 2019
(1er tour)
(2d tour)
Corps électoral et résultats
Inscrits 2 699 978
Votants 2 433 364
90,12 %  −0,4
Votes blancs et nuls 88 399
Lacalle Pou 2019.jpg Luis Alberto Lacalle Pou – Parti national
Voix au 1er tour 696 452
28,62 %
 −6,3
Voix au 2e tour 1 168 019
50,62 %
Députés élus 30  −2
Sénateurs élus 10  0
Daniel Martínez (cropped).jpg Daniel Martínez – Front large
Voix au 1er tour 949 376
39,02 %
Voix au 2e tour 1 139 353
49,38 %
Députés élus 42  −8
Sénateurs élus 13  −2
Ernestotalvi (cropped).jpg Ernesto Talvi – Parti Colorado
Voix au 1er tour 300 177
12,34 %
Députés élus 13  0
Sénateurs élus 4  0
Guido Manini Ríos 2019 (cropped).jpg Guido Manini Ríos – Cabildo ouvert
Voix au 1er tour 268 736
11,04 %
 +11
Députés élus 11  +11
Sénateurs élus 3  +3
Résultats des législatives par circonscription
Carte
Président de la République
Sortant
Tabaré Vázquez
Front large

Les élections générales uruguayennes de 2019 ont lieu les 27 octobre et afin d'élire simultanément le président et le vice-président ainsi que les 99 membres de la chambre des représentants et les 30 membres du Sénat de l'Uruguay. Un référendum constitutionnel sur un ensemble de mesures sécuritaires est organisé simultanément.

Le président sortant Tabaré Vázquez n'est pas candidat à sa réélection, en accord avec la constitution qui ne permet pas les mandats présidentiels consécutifs.

Le candidat du gouvernement sortant Daniel Martínez arrive en tête du premier tour, mais ne parvient pas à réunir la majorité absolue dès celui ci. Un ballotage organisé un mois plus tard l'oppose par conséquent au candidat du Parti national Luis Alberto Lacalle Pou, jugé favori du scrutin du fait des probables reports de voix de l'opposition. Ce dernier l'emporte finalement par une courte majorité de 50,79 % des voix.

ContexteModifier

Le Front large met en avant son très bon bilan économique : depuis son arrivée au pouvoir en 2004, le taux de pauvreté a chuté de 40 % à 8 %, le salaire moyen a augmenté de 55 %, le PIB a progressé de 4 % par an en moyenne et le nombre de personnes bénéficiant d'une couverture médicale est passé de 700 000 à 2,5 millions. Plusieurs réformes sociétales, telles que la légalisation de l'avortement et du cannabis ainsi que la reconnaissance du mariage homosexuel, ont été adoptées. Le candidat de la coalition de gauche pour la présidence, Daniel Martínez, est ainsi crédité de 40 à 44 % d'intentions de vote au premier tour[1]. Le président sortant Tabaré Vázquez n'est quant à lui pas candidat à sa réélection, la constitution ne permettant pas les mandats présidentiels consécutifs.

 
Le président sortant Tabaré Vázquez.

Le gouvernement du Front large se met cependant à dos l'institution militaire au cours de l'année 2019. Les forces armées sont en effet mises en cause par un ancien officier pour l’assassinat sordide d’un opposant pendant la dictature. Devant la décision d'un tribunal militaire d’honneur de ne pas donner de suite judiciaire, le président Tabaré Vázquez démet de leurs fonctions le chef d’État major de l’armée de terre et six généraux. L’ex-chef d’État major de l’armée de terre, Guido Manini Ríos (es), prend alors à partie le chef de l’État, le qualifiant « de canaille, fragile et irresponsable », avant d'annoncer sa candidature à l'élection présidentielle. Parfois comparé au président brésilien Jair Bolsonaro, qu'il a rencontré le jour de sa prise de fonction, il revendique une révision de la politique de sécurité publique, affirmant que la société uruguayenne « est en état de peur généralisée » du fait de « violences criminelles ». Il est ainsi crédité de 8 à 10 % des intentions de vote[2].

Le thème de la hausse de l'insécurité occupe une place importante dans la vie politique uruguayenne depuis les élections législatives et présidentielle de 2009. Le gouvernement dirigé par le Front large fait l'objet de nombreuses critiques sur ce thème de la part des partis National et Colorado, dans l'opposition depuis 2004[3]. En 2014, un référendum est ainsi organisé sur un amendement constitutionnel abaissant la majorité pénale de dix huit à seize ans. La proposition est cependant rejetée dans les urnes, seuls 46,81 % des électeurs ayant votés en faveur[4].

Le Parti national place également le thème de la sécurité au centre de sa campagne en 2019[2] Face à la hausse de la criminalité, un projet d'amendement constitutionnel est porté par un groupe de collecte de signatures formé suite à l'appel du sénateur Jorge Larrañaga, candidat malheureux du Parti national à la présidentielle de 2004. Sous le slogan « Vivre sans peur », le groupe parvient ainsi à collecter suffisamment de signatures pour soumettre au vote l'inscription dans la constitution d'un ensemble de mesures à visée sécuritaire[5]. Les référendums d'initiative populaire sont en effet possibles en Uruguay, dont la constitution organise le cadre légal de cette forme de démocratie directe[4]. La population est de ce fait amenée à se prononcer en même temps que les autres scrutins sur un amendement constitutionnel introduisant plusieurs mesures d'ordre sécuritaire. Sont ainsi prévus la création d'une garde nationale, l'interdiction des libérations anticipées pour certains crimes graves, la légalisation de la prison a vie et celle des raids de police nocturne[6].

Système électoralModifier

Article détaillé : Ley de lemas.

L'ensemble des scrutins se déroule simultanément, le seul vote de l'électeur pour un parti comptant pour ses candidats à la présidence, à la vice présidence, à la Chambre des représentants, et au Sénat, selon un système électoral connu sous le nom de Ley de lemas.

PrésidentModifier

Le président uruguayen est élu en même temps que son vice-président au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de cinq ans non renouvelable de manière consécutive. Si aucun candidat ne remporte la majorité absolue des voix dès le premier tour, un second est organisé entre les deux candidats arrivés en tête. Celui recueillant le plus de suffrages est alors déclaré élu.

ParlementModifier

 
Le Palais législatif à Montevideo.

L'Uruguay est dotée d'un parlement bicaméral appelé Assemblée générale. Celle-ci est composée d'une chambre basse, la Chambre des représentants, et d'une chambre haute, le Sénat. Toutes deux sont renouvelées simultanément pour un mandat de cinq ans.

La chambre des représentants est dotée de 99 sièges pourvus au scrutin proportionnel plurinominal dans 19 circonscriptions correspondant aux départements du pays. Le nombre de sièges est attribué en fonction de leur population, avec un minimum de deux sièges par département[7].

Le Sénat est quant à lui doté de 30 sièges pourvus au scrutin proportionnel plurinominal selon la même méthode, mais au sein d'une unique circonscription nationale.

Une fois le décompte des suffrages terminé, la répartition des sièges se fait à la proportionnelle sur la base du quotient simple, et les sièges restants selon la méthode de la plus forte moyenne[8].

Les candidats doivent avoir au moins 25 ans pour être député, et 30 ans pour être sénateur. Le vice-président devient également le président du Sénat. Le nombre de sièges composant celui-ci étant pair, la voix du vice-président peut être déterminante pour départager les votes à la majorité absolue.

Forces en présenceModifier

Principaux partis en lice
Parti Idéologie Candidat Résultats de 2014
Front large
Frente Amplio (FA)
Gauche à centre gauche
Socialisme démocratique, social-démocratie, progressisme
Daniel Martínez 49,45 % des voix
50 députés
15 sénateurs
Parti national
Partido Nacional (PN)
Droite
Nationalisme, national-conservatisme, libéralisme économique
Luis Alberto Lacalle Pou 31,94 % des voix
32 députés
10 sénateurs
Parti Colorado
Partido Colorado (PC)
Centre droit
Libéralisme, social-libéralisme, battlisme
Ernesto Talvi 13,33 % des voix
13 députés
4 sénateurs
Parti indépendant
Partido Independiente (PI)
Centre à Centre gauche
Social-démocratie, socialisme démocratique, démocratie chrétienne
Pablo Mieres 3,20 % des voix
3 députés
1 sénateur
Cabildo ouvert
Cabildo Abierto (CA)
Droite à extrême droite
National-conservatisme, populisme de droite
Guido Manini Ríos Nouveau
Parti du peuple
Partido de la Gente (PG)
Droite
Néolibéralisme, populisme de droite
Edgardo Novick Nouveau

SondagesModifier

 

RésultatsModifier

Résultats des élections générales uruguayennes de 2019[9],[10]
  
Parti Candidats à la présidence
et colistiers
Premier tour Second tour Sièges
Votes % Votes % Chambre +/– Sénat +/–
Front large (FA) Daniel Martínez
Graciela Villar
949 376 39,02 1 152 271 49,21 42   8 13   2
Parti national (PN) Luis Alberto Lacalle Pou
Beatriz Argimón
696 452 28,62 1 189 313 50,79 30   2 10  
Parti Colorado (PC) Ernesto Talvi
Robert Silva
300 177 12,34 13   4  
Cabildo ouvert (CA) Guido Manini Ríos
Guillermo Domenech
268 736 11,04 11   11 3   3
Parti écologiste radical intransigeant (PERI) César Vega
Andrés Chucarro
33 461 1,38 1   1 0  
Parti du peuple (PG) Edgardo Novick
Daniel Peña
26 313 1,08 1   1 0  
Parti indépendant (PI) Pablo Mieres
Mónica Bottero
23 580 0,97 1   2 0   1
Unité populaire (UP) Gonzalo Abella
Gustavo López
19 728 0,81 0   1 0  
Parti vert animalier (PVA) Gustavo Salle
Enrique Viana
19 392 0,80 0   0  
Parti numérique (PVA) Daniel Goldman
Diego Ruete
6 363 0,26 0   0  
Parti des travailleurs (PT) Rafael Fernández
Andrea Revuelta
1 387 0,06 0   0  
Votes valides 2 344 965 96,37 2 341 584 96,23
Votes blancs 43 597 1,79 38 024 1,57
Votes nuls 44 802 1,84 53 588 2,20
Total 2 433 364 100 2 433 196 100 99   30  
Abstention 266 614 9,88 266 784 9,88
Inscrit/participation 2 699 978 90,12 2 699 980 90,12

Représentation des résultats du second tour :

Luis Alberto
Lacalle Pou
(50,79 %)
Daniel
Martínez
(49,21 %)
Majorité absolue

ConséquencesModifier

Le , l'annonce du vainqueur de la présidentielle est repoussée de plusieurs jours du fait d'une particularité du système électoral uruguayen qui permet aux électeurs de voter en dehors des bureaux de vote leur étant assignés. Leurs votes sont mis de côté lors du dépouillement des voix, afin d'être décomptés à une date ultérieure, avant la proclamation des résultats définitifs. Dans le cas de référendum, lorsque le total de ces votes en attente est de loin inférieur à l'écart entre le pour et le contre, la commission électorale décide même le plus souvent de ne pas procéder à leurs dépouillement. Le second tour des élections de 2019 donne Luis Alberto Lacalle Pou en tête avec une avance de 28 666 voix sur Daniel Martínez, soit un écart inférieur aux 35 229 bulletins de vote en attente. La commission électorale décide par conséquent de surseoir de deux jours à la déclaration des résultats, l'écart d'incertitude ne lui permettant pas de proclamer un vainqueur. Une victoire de Daniel Martínez après décompte est cependant jugée très peu probable, celle-ci supposant que la quasi-totalité des suffrages en question se soient portés en sa faveur[11]. La victoire de Lacalle Pou est confirmée sans surprise par les résultats définitifs, celui-ci l'emportant finalement par 50,79 % des voix.

L'étroite victoire de Lacalle Pou se révèle une mauvaise surprise pour le candidat, les sondages d'opinion l'ayant donné favori avec de 5 à 8 points d'avance au cours de la campagne et de l'entre-deux tours. Ce résultat inattendu permet à Martinez et au Front Large de perdre d'une façon honorable, en montrant qu'ils disposent encore d'un fort soutien dans la population. Lacalle Pou en prend note dès le 24 au soir, insistant lors d'une allocution sur la « nécessité d'unir la société et les Uruguayens ». L'élection présidentielle reste malgré tout une importante victoire pour le candidat, qui devient le premier homme politique uruguayen de droite depuis quinze ans à prendre la tête du pays. Lacalle Pou dispose par ailleurs d'une majorité de droite au parlement, bien que celle-ci soit composée de plusieurs partis entre lesquels existent des tensions du fait de la personnalité polémique du fondateur du nouveau parti d’extrême droite Cabildo Abierto, Guido Manini Ríos (en)[11],[12].

Notes et référencesModifier

  1. « Stable, riche et de gauche, l’Uruguay, une exception en Amérique latine », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  2. a et b « « Il n’y a rien de pareil à l’Uruguay » : 27 octobre, présidentielles avec képi », Nouveaux espaces latinos,‎ (lire en ligne)
  3. CDN advierte perjuicios sobre Uruguay si se baja la edad de imputabilidad
  4. a et b Uruguay, 26. Oktober 2014 : Strafmündigkeitsalter 16 Jahre Démocratie Directe
  5. ¿Qué implica la reforma constitucional de Larrañaga?
  6. « Uruguay. Face à la forte criminalité, la tentation de l’autodéfense et d’un recours à l’armée », Ouest France,‎ (lire en ligne)
  7. URUGUAY Cámara de Representantes (Chambre des Représentants)
  8. URUGUAY Cámara de Senadores (Sénat)
  9. Résultats
  10. Second tour
  11. a et b Présidentielle en Uruguay : les résultats du second tour trop serrés pour désigner le gagnant
  12. Uruguay : une élection présidentielle trop serrée

Liens externesModifier

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