Élection présidentielle nord-chypriote de 2020

Élection présidentielle nord-chypriote de 2020
et
Corps électoral et résultats
Inscrits 198 867
Votants 115 776
58,22 %  −4,1
Votes blancs et nuls 5 027
Ersin Tatar.jpg Ersin Tatar – UBP
Voix au 1er tour 35 825
32,35 %
Voix au 2e tour 67 385
51,74 %
Mustafa Akıncı 2017.jpg Mustafa Akıncı – SE, TDP
Voix au 1er tour 33 053
29,84 %
Voix au 2e tour 62 858
48,26 %
Tufan Erhürman (cropped).jpg Tufan Erhürman – CTP
Voix au 1er tour 24 008
21,68 %
Président
Sortant Élu
Mustafa Akıncı
Indépendant
Ersin Tatar
UBP

L'élection présidentielle nord-chypriote de 2020 a lieu les et afin d'élire le président de la république turque de Chypre du Nord, État non reconnu par la communauté internationale à l'exception de la Turquie. Initialement prévues pour le , les élections sont reportées un mois auparavant en raison de la pandémie de COVID-19. Un référendum constitutionnel est organisé en même temps que le premier tour.

Le président sortant Mustafa Akıncı arrive en seconde position derrière le Premier ministre Ersin Tatar, tous deux se retrouvant en ballotage. À la surprise générale, ce dernier l'emporte, avec près de 52 % des suffrages exprimés.

ContexteModifier

La présidentielle d'avril 2015 voit la mise en ballotage du président sortant Derviş Eroğlu par le candidat du Parti de la démocratie socialiste Mustafa Akıncı. Ce dernier l'emporte largement au second tour avec plus de 60 % des suffrages exprimés[1]. Éligible pour un second et dernier mandat mais distancé dans les sondages, Akıncı fait part le de sa volonté de se porter à nouveau candidat[2].

Initialement prévues pour le , les élections sont reportées le à une date indéterminée en raison de la pandémie de Covid-19 qui touche alors le pays, le conduisant également à fermer ses frontières[3]. Le parlement, réuni deux jours plus tard en session extraordinaire, fixe la date du scrutin au et charge le président sortant d'assurer l'intérim au-delà du terme de son mandat[4].

Système électoralModifier

Le président de la République turque de Chypre du Nord est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour, les deux candidats arrivés en tête s'affrontent lors d'un second organisé sept jours plus tard, et celui recueillant le plus de voix est déclaré élu[5].

CampagneModifier

 
Conflits des ZEE en mer Méditerranée. En bleu : zone revendiquée par la Grèce et Chypre ; en rouge : zone revendiquée par la Turquie.

Si les principaux rivaux du président sortant au premier tour sont le Premier ministre Ersin Tatar, et l'ancien Premier ministre Tufan Erhürman, le scrutin aboutit finalement à un ballotage entre Akıncı et Tatar.

L'élection prend alors rapidement la forme d'un duel entre deux visions diamétralement opposées de l'avenir du pays dans ses relations avec ses voisins. Partisan de la réunification de l'île sous la forme d'un état fédéral, Mustafa Akıncı souhaite émanciper le pays de l'influence de la Turquie[6]. A l'inverse, Ersin Tatar dispose du soutien très affiché du président turc Recep Tayyip Erdoğan, qui poursuit depuis plusieurs mois une politique de revendication d'une extension de la zone maritime turque en Méditerranée au détriment de ses voisins. De par sa position, la république turque de Chypre du Nord est au cœur de la stratégie du président turc[7],[8].

Dans l'entre-deux-tours, ce dernier affiche ostensiblement son soutien à Ersin Tatar en l'invitant à Ankara, visite au cours de laquelle il annonce la réouverture partielle de la ville fantôme de Varosha, abandonnée par ses habitants après l'intervention militaire turque en 1974 et son inclusion dans la zone d'occupation turque de Chypre du Nord. Destinée à appuyer la candidature de Tatar, cette déclaration se révèle une importante erreur électorale en produisant l'effet inverse. Très patriotique, une partie de la population Nord-Chypriote rejette ainsi l'ingérence de la part du gouvernement turc, qui fait l'objet de vives critiques de la part du président sortant, qui la qualifie de « honte pour notre démocratie ». L'implication d'Ankara aurait ainsi eu pour effet de transformer l'élection en référendum sur les liens de la république turc chypriote avec la Turquie, à laquelle s'opposerait le développement d'une identité chypriote commune[7].

RésultatsModifier

Résultats préliminaires de la présidentielle nord-chypriote de 2020[9]
Candidats Partis 1er tour 2e tour
Voix % Voix %
Ersin Tatar UBP 35 825 32,35 67 385 51,74
Mustafa Akıncı SE, TDP 33 053 29,84 62 858 48,26
Tufan Erhürman CTP 24 008 21,68
Kudret Özersay SE, HP 6 356 5,74
Erhan Arıklı YDP 5 937 5,36
Serdar Denktaş SE, DP 4 653 4,20
Fuat Türköz Çiner MDP 327 0,30
Arif Salih Kırdağ SE 282 0,25
Alpan Uz SE 156 0,14
Ahmet Boran SE 83 0,07
Mustafa Ulaş SE 69 0,06
Votes valides 110 749 95,66 130 243 97,23
Votes blancs et nuls 5 027 4,34 3 710 2,77
Total 115 776 100 133 953 100
Abstention 83 091 41,78 64 914 32,64
Inscrits / participation 198 867 58,22 198 867 67,36

Représentation des résultats du second tour :

Ersin
Tatar
(51,74 %)
Mustafa
Akıncı
(48,26 %)
Majorité absolue


Notes et référencesModifier

  1. (en) « Presidential election in Turkish Cyprus to be held on April 26 - Turkey News », sur Hürriyet Daily News (consulté le 1er février 2020).
  2. (en) « Akinci says Varosha move an election ploy - Cyprus Mail », sur Cyprus Mail, CyprusMail, (consulté le 19 mars 2020).
  3. (tr) « KKTC’de Cumhurbaşkanlığı seçimleri 6 ay erteleniyor », sur CNN Türk (consulté le 19 mars 2020).
  4. « Coronavirus: Chypre-Nord reporte son élection présidentielle », sur Le Figaro.fr, lefigaro, (ISSN 0182-5852, consulté le 20 mars 2020).
  5. (en) « The Constitution of the Turkish Republic of Northern Cyprus », sur www.cypnet.co.uk (consulté le 1er février 2020).
  6. Laurence Alexandrowicz, « Chypre-Nord : le favori de l'élection présidentielle est en froid avec la Turquie », sur euronews, (consulté le 16 octobre 2020).
  7. a et b « Chypre-Nord élit son dirigeant sur fond de controverse concernant une cité fantôme », sur LExpress.fr, lexpress, (consulté le 16 octobre 2020).
  8. La-Croix.com, « À Chypre-Nord, une élection bouleversée par le jeu politique turc », sur La Croix, lacroix.journal, (consulté le 16 octobre 2020).
  9. (tr) « Tatar yüzde 32.34, Akıncı yüzde 29.84 », sur kibris.online (consulté le 12 octobre 2020).