Élection présidentielle équatorienne de 2021

Élection présidentielle équatorienne de 2021
(1er tour)
(2d tour)
Corps électoral et résultats
Inscrits 13 099 150
Andrés Arauz (2016).jpg Andrés Arauz – Union pour l'espérance
Colistier : Carlos Rabascall
Voix 3 033 753
32,72 %
Guillermo Lasso (cropped).jpg Guillermo Lasso – Mouvement CREO
Colistier : Alfredo Borrero
Voix 1 830 045
19,74 %
 −8,7
Yaku perez guartambel foto (cropped).jpg Yaku Pérez – Pachakutik
Colistier : Virna Cedeño Escobar
Voix 1 797 445
19,39 %
Xavier Hervas en entrevista (cropped).png Xavier Hervas – Parti de la gauche démocratique
Colistier : María Sara Jijón Calderón
Voix 1 453 906
15,68 %
Président
Sortant
Lenín Moreno
País

L’élection présidentielle équatorienne de 2021 a lieu les et afin d'élire le président et le vice-président de la République d'Équateur pour un mandat de cinq ans. Le premier tour a lieu en même temps que les élections législatives.

Devenu impopulaire dans un contexte de dissensions avec son prédécesseur Rafael Correa et un programme d'austérité provoquant d'importantes manifestations en 2019, le président sortant, Lenín Moreno, n'est pas candidat à sa réélection.

L'économiste Andrés Arauz, dauphin de Rafael Correa, arrive largement en tête du premier tour. L’identité de son adversaire reste cependant plusieurs jours incertaine, le dépouillement donnant en deuxième position successivement l'écologiste Yaku Pérez puis le candidat de droite Guillermo Lasso.

ContexteModifier

 
Lenín Moreno en 2017.

Vice-président de Rafael Correa de 2007 à 2013, Lenín Moreno est élu sous la bannière de l'Alianza País lors de l'élection présidentielle de 2017[1].

Au cours de son mandat, Moreno entre en conflit avec son prédécesseur sur plusieurs réformes économiques et judiciaires, provoquant un schisme ouvert entre les deux hommes jusqu'au sein de leur parti politique, qui domine alors la vie politique du pays depuis plus d'une décennie[2]. Le Mouvement pour l'engagement social, fondé par Correa en vue de la présidentielle de 2021, est un temps suspendu par le Conseil national électoral (CNE)[3], tandis que Correa est lui-même accusé de corruption et forcé de s’exiler en Belgique[4]. Empêché de se présenter, il apporte son soutien à l'économiste Andrés Arauz, ancien directeur de la banque centrale[5].

Le président Moreno fait quant à lui face à d'importantes manifestations contre ses mesures d'austérité en octobre 2019, qui l'amènent a quitter la capitale et font chuter son taux de popularité à 7 % d'opinions favorables[6]. Courant 2020, il décide de ne pas se représenter pour un deuxième mandat[4],[7].

Système électoralModifier

Le président équatorien est élu en même temps que le vice-président pour un mandat de quatre ans par le biais d'une version modifiée du scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Si aucun candidat ne remporte la majorité absolue des suffrages exprimés lors du premier tour, ou plus de 40 % des voix avec au moins dix points d'avance sur celui arrivé en deuxième position, un second tour est organisé dans les quarante cinq jours entre les deux candidats arrivés en tête. Est alors élu celui qui reçoit le plus grand nombre de suffrages. Le président est par ailleurs limité à un maximum de deux mandats consécutifs[8]. Le vote est facultatif à partir de 16 ans et obligatoire à partir de 18 ans[9].

CampagneModifier

Le candidat de la coalition de gauche Union pour l'espoir, l’économiste Andrés Arauz, défend un programme de rupture avec la politique économique néolibérale du président Lenín Moreno. Il souhaite suspendre les traités signés avec le Fonds monétaire international (FMI), relancer la croissance avec une forte augmentation des dépenses publiques, instaurer un impôt sur la fortune, mettre fin aux privatisations et établir des contrôles de capitaux pour empêcher l’argent de quitter le pays. Son programme économique a été mal accueilli par les marchés financiers ; la Bank of America s'est ainsi ouvertement alarmée de son « populisme »[10]. Il tente d'avoir pour colistier l'ancien président Rafael Correa, mais celui ci en est empêché par le Centre électoral national en raison de sa condamnation pour corruption, laissant la place à Carlos Rabascall[11],[12].

L'homme d'affaires Guillermo Lasso, déjà candidat aux élections présidentielles de 2013 et de 2017, fait campagne pour « bannir une bonne fois pour toutes un modèle de gouvernement raté, appelé socialisme du XXIe siècle ». Catholique conservateur, il est membre de l’Opus Dei et s’oppose à la légalisation de l’avortement, même en cas de viol ou de malformation du fœtus[10]. En raison de la crise économique, il propose de réduire le salaire minimum[13].

L'avocat Yaku Pérez, figure de Pachakutik, la branche politique de la puissante Confédération des nationalités indigènes de l'Équateur (Conaie), se présente sur un programme insistant en particulier sur la protection de l'environnement. Militant écologiste engagé dans les luttes pour le droit à l’eau, opposant à un modèle économique reposant sur l’extractivisme, il avait été l'un des meneurs des manifestations anti-austérité d’octobre 2019[10]. Le politologue Matthieu Le Quang souligne que le candidat a un discours « post-politique, qui nie tout type de conflit » permettant de dépasser la polarisation traditionnelle et de séduire un spectre d’électeurs bien plus large que le mouvement indigène. « Il a su aussi parler aux élites économiques blanches en reprenant, par exemple, leur revendication pour l’élimination des taxes sur la sortie des dollars ou de devises, une revendication très à droite », ou en déclarant « qu’il n’y a plus de racisme en Équateur, ce qui est une façon de nier les discriminations »[14].

Le milliardaire Álvaro Noboa, candidat à l'élection présidentielle de 2006, se présente également à nouveau. Sa candidature a cependant été rejetée par le Conseil national électoral (CNE) au motif que son parti n'avait pas rassemblé suffisamment de signatures. À un mois du scrutin, le Tribunal des contentieux électoraux a annoncé la révocation de quatre des cinq membres du CNE, ce qui est alors pressenti comme devant ouvrir la voie à la candidature d'Álvaro Noboa[10]. Sa candidature n'est finalement pas repêchée.

SondagesModifier

RésultatsModifier

Résultats de la présidentielle équatorienne de 2021[15]
Candidats
et colistiers
Partis Premier tour Second tour
Voix % Voix %
Andrés Arauz
Carlos Rabascall
UNES 3 033 753 32,72
Guillermo Lasso
Alfredo Borrero
CREO 1 830 045 19,74
Yaku Pérez
Virna Cedeño Escobar
MUPP-NP 1 797 445 19,39
Xavier Hervas
María Sara Jijón Calderón
ID 1 453 906 15,68
Pedro Freile Vallejo
Byron Solís Figueroa
Amigo 192 764 2,08
Isidro Romero
Sofía Merino Rivadeneira
PA 172 712 1,86
Lucio Gutiérrez
David Norero
PSP 164 801 1,78
Gerson Almeida Espinoza
Martha Villafuerte López
EC Unido 160 568 1,73
Ximena Peña
Patricio Barriga
País 143 165 1,54
Guillermo Celi
Verónica Sevilla Ledergerber
SUMA 84 677 0,91
Juan Fernando Velasco
Ana María Pesántes Salazar
CE! 76 340 0,82
César Montúfar
Julio Villacreses Guillém
PS-FA 57 760 0,62
Gustavo Larrea
Alexandra Peralta Marín
37 095 0,40
Carlos Sagnay
Narda Ortiz Roa
FE 26 525 0,29
Giovanny Andrade Salvador
Katherine Mata Echeverría
SE 20 573 0,22
Paul Carrasco
Frank Vargas Anda
JP 19 815 0,21
Votes valides 87,45
Votes blancs 3,08
Votes nuls 9,47
Total 9 576 912 100 100
Abstention 18,76
Inscrits / participation 13 099 150 81,15

Entre-deux-toursModifier

 
Candidat arrivé en tête au premier tour par canton.

Conséquence d'une actualité politique dominée depuis plus d'un an par les revendications d'ordre sociale et économique, le scrutin est marqué par l'avancée des candidats situés à la gauche de l'échiquier politique, qui réunissent ensemble plus de 70 % des voix.

Andres Arauz arrive largement en tête du premier tour, l'économiste de 35 ans devenu dauphin de Rafael Correa réunissant près d'un tiers des suffrages.

Les jours qui suivent le premier tour sont marqués par une forte incertitude sur l’identité du candidat allant l'affronter. À la surprise générale, le candidat donné en deuxième position est dans un premier temps l’écologiste indigène Yaku Pérez, faisant démentir les sondages qui assuraient au candidat de la droite Guillermo Lasso une confortable avance. Avocat de 59 ans, Pérez s'était fait connaître lors du soulèvement social de 2019 en s'opposant avec succès à des projets miniers ainsi qu’à la privatisation de l'eau[16].

Autre surprise du premier tour, le candidat du Parti de la gauche démocratique Xavier Hervas réunit près de 16 % des suffrages, soit dix points de plus que ce que ne lui attribuaient les sondages d'opinion[17],[18].

Si le duel gauche-gauche initialement annoncé constitue une première pour une élection présidentielle en Amérique latine et est jugé plus compliqué à remporter par Andrés Arauz qu’un second tour face à Guillermo Lasso, ancien banquier et rival historique de Rafael Correa se présentant pour la troisième fois, Yaku Pérez voit son avance se réduire au fur et à mesure du dépouillement au profit de Lasso[19]. Après trois jours, il est finalement donné en troisième position par le Centre national électoral (CNE), devant le siège duquel l’armée est déployée et qui est critiqué pour la lenteur du dépouillement, principalement compliqué par la multiplication du nombre de procès-verbaux litigieux à réviser[20],[21].

Soutenu par plusieurs manifestations pacifiques notamment devant le siège des autorités électorales, Yaku Pérez dénonce des fraudes et obtient le recomptage de 45 % du total des bulletins, soit six millions, alors qu’il est devancé de seulement 22 000 voix par le candidat de droite[22]. Le 12 février, il s'accorde ainsi avec Guillermo Lasso et le CNE sur le recompte de 100 % des votes dans la province du Guayas et 50 % des votes dans seize autres provinces, dont celle de Pichincha, où se situe la capitale[23]. Le processus doit prendre deux semaines[21].

Cependant, Guillermo Lasso finit par appeler à la proclamation des résultats avant même le nouveau comptage[24],[21]. Le 19 février, le CNE rompt l’accord conclu en refusant de procéder au recomptage et confirme la qualification de Lasso pour le second tour[25].

Auparavant, le 12 février, le procureur général de Colombie, Francisco Barbosa, proche de la droite colombienne du président Ivan Duque, s’est rendu à Quito, pour apporter des éléments soupçonnant Andrés Arauz d'avoir été financé par la guérilla de l'Armée de libération nationale. La coïncidence de ce déplacement avec l'élection ainsi que la proximité de Duque avec Lasso, un ami de longue date, est perçue comme « très politique »[26].

Notes et référencesModifier

  1. « Le socialiste Lenin Moreno remporte la présidentielle en Equateur », sur lemonde.fr, (consulté le 17 décembre 2020).
  2. Référendum en Equateur: la présidentielle de 2021 en ligne de mire pour Correa RFI
  3. « Equateur : écarté de la course à la présidentielle, Rafael Correa dénonce une «mascarade juridique» », sur francais.rt.com (consulté le 17 décembre 2020).
  4. a et b (en) « Ecuador’s trial of the century opens », sur economist.com, (consulté le 17 décembre 2020).
  5. (en) « Who Is Andrés Arauz, Rafael Correa's Pick to Lead Ecuador? », sur americasquarterly.org (consulté le 18 décembre 2020).
  6. (es) Javier Montenegro, « Encuestadora: la popularidad de Lenín Moreno toca fondo », sur expreso.ec, (consulté le 18 décembre 2020).
  7. « Équateur : face à la contestation, le président quitte la capitale », sur france24.com, (consulté le 18 décembre 2020).
  8. « Constitution de la république de l’Équateur: Droits de la nature – Silene », sur silene.ong (consulté le 14 octobre 2020).
  9. Guillaume Long, « Trois projets pour l’Équateur », sur Le Monde diplomatique,
  10. a b c et d « Équateur. La « révolution citoyenne » veut claquer la porte au nez du FMI », sur humanite.fr,
  11. (es) Sara España, « Rafael Correa confirma su candidatura a la vicepresidencia de Ecuador en 2021 », sur elpais.com, (consulté le 8 février 2021).
  12. (es) « Binomio Andrés Arauz y Carlos Rabascall, oficialmente calificados, anuncia el CNE », sur diariocorreo.com.ec (consulté le 8 février 2021).
  13. (es) « Lasso propone un salario de USD 120 con su ley de oportunidades », sur radiolacalle.com,
  14. « Equateur: le socialiste Arauz au second tour face à un adversaire à définir - Vatican News », sur www.vaticannews.va,
  15. (es) « Resultats », sur resultados2021.cne.gob.ec (consulté le 8 février 2021).
  16. « Présidentielle en Équateur : le socialiste Andrés Arauz en tête du premier tour », sur france24.com, FRANCE24, (consulté le 10 février 2021).
  17. « Équateur : l’indigène Perez rejoint finalement le socialiste Arauz au second tour », sur lepoint.fr, (consulté le 10 février 2021).
  18. « Equateur : la surprise Yaku Pérez à la présidentielle », sur liberation.fr (consulté le 10 février 2021).
  19. « Équateur – Le chef indigène et l’ex-banquier en lutte pour le second tour », sur tdg.ch (consulté le 16 février 2021).
  20. François-Xavier Gomez, « Présidentielle : en Equateur, un second tour nimbé de confusion », sur liberation.fr, (consulté le 11 février 2021).
  21. a b et c François-Xavier Gomez, « Présidentielle : l’Equateur à l’heure des recomptes », sur liberation.fr, (consulté le 16 février 2021).
  22. « Équateur – Des indigènes vont marcher sur Quito pour soutenir Yaku Perez », sur tdg.ch (consulté le 16 février 2021).
  23. « Équateur – Il y aura un recomptage partiel de l’élection présidentielle », sur tdg.ch (consulté le 16 février 2021).
  24. « Équateur – 45% des votes de la présidentielle seront recomptés », sur tdg.ch (consulté le 16 février 2021).
  25. (es) « Guillermo Lasso es confirmado por el CNE de Ecuador como el rival de Andrés Arauz en la segunda vuelta de las elecciones presidenciales », latercera.com,‎ (lire en ligne, consulté le 20 février 2021).
  26. « Le feuilleton de l’élection présidentielle se poursuit en Equateur », sur lemonde.fr, (consulté le 17 février 2021).