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Les « Églises parallèles » sont des communautés spirituelles chrétiennes, en général de tradition initialement catholique, schismatiques de l'Église catholique romaine dont elles se sont séparées postérieurement à la Réforme protestante et plus spécialement depuis le début du XIXe siècle.

À noter que le terme d'église parallèle n'est qu'une façon conventionnelle de désigner ces communautés très diverses de façon collective, mais que ces communautés ne se revendiquent aucunement comme « parallèles » et se considèrent même très généralement, pour chacune d'entre elles, comme la seule église légitime.

Caractères générauxModifier

Ce terme générique recouvre des réalités très diverses, tant au niveau de l'importance numérique que du développement historique, des motifs et circonstances du schisme, de l'emprise géographique, du contenu de la foi ou de la pratique religieuse et sacramentelle. C'est un ensemble très hétéroclite dont Bernard Vignot dresse une typologie générale en distinguant :

  • le type catholique traditionnaliste
dans cette catégorie se rangent des groupes qui se prétendent gardiens de la tradition (selon eux, mise à mal par les évolutions de l'église romaine en conséquence principalement des deux derniers conciles, Vatican I et Vatican II)
  • le type néo-gallican
ces groupes se réfèrent au gallicanisme hérité du XVIIe siècle revendiquant l'indépendance de l'Église de France par rapport au pape, en se limitant à lui reconnaître une primauté d'honneur, et non de juridiction
  • le type mystique
groupes fondés par des "voyants" qui se chargent de compléter le message des Écritures Saintes par des révélations qui leur seraient personnellement adressées par Dieu ou un messager divin (la Vierge Marie en particulier)
  • le type œcuménique
groupes dont les croyances réalisent une forme de syncrétisme entre différentes obédiences chrétiennes
  • le type orthodoxe
ces groupes vont rechercher leur inspiration dans la pratique religieuse des Églises orthodoxes, qui cependant ne les reconnaissent pas comme appartenant à la communion orthodoxe (églises « non canoniques »).
  • le type ésotéro-occultiste
ces groupes ajoutent à la révélation chrétienne des concepts qui lui sont tout à fait étrangers, voire opposés (occultisme, spiritisme, divination, gnose, théosophie, magie, croyance aux extra-terrestres, métempsychose, franc-maçonnerie ...)

Tous ces groupes, y compris ceux qui se veulent les gardiens intransigeants de la tradition, ne se privent pas d'introduire leurs propres innovations sacramentelles ou dogmatiques telles que l'ordination des hommes mariés, celle des femmes, l'accès au sacrement de mariage des divorcés, le mariage homosexuel, etc.

Ces catégories ne sont ni fermées, ni exclusives l'une de l'autre, le rattachement de tel ou tel groupe religieux à l'une ou plusieurs d'entre elles pouvant varier au cours du temps et selon le lieu géographique. Chaque branche peut elle-même être affectée par des schismes internes aboutissant à la multiplication de ces « ecclésioles », à leur éparpillement et parfois à leur disparition. Leurs frontières sont parfois poreuses, fidèles voire hiérarques pouvant passer d'une obédience à l'autre ; elles peuvent aussi être en intercommunion, éventuellement avec des Églises plus établies (protestantes ou anglicanes), se regrouper, voire fusionner par des décisions d'union (fluctuantes voire éphémères). Il n'est pas exceptionnel qu'elles changent - éventuellement plusieurs fois - de nom au cours de leur développement, ce qui ne facilite pas leur identification. Leur visibilité et respectabilité peuvent être sanctionnées par une adhésion au Conseil œcuménique des Églises.

La frontière entre « église » et mouvement sectaire est parfois difficile à situer (l'Église chrétienne palmarienne présente un bon exemple récent et connu de dérive sectaire). Certaines de ces Églises, par leur syncrétisme, leur imagination extrême (exemple de l'Armée de Marie[1]) ou leur enseignement n'ont en effet plus grand chose en commun avec leur catholicisme d'origine, voire s'y opposent carrément sur des points fondamentaux[2].

Si l'ensemble de ces églises est excessivement disparate, elles ont plus ou moins en commun certains traits :

  • l'opposition à l'Église catholique romaine, sous une forme ou sous une autre - que ce soit par rapport à sa discipline ecclésiastique, à sa pastorale ou à ses évolutions dogmatiques,
  • l'imitation de celle-ci dans des versions du passé, au moins dans les manifestations extérieures de la religiosité (rites, titres hiérarchiques, matériel liturgique) et la prétention à une fidélité idéale à la tradition ou au message de l'Évangile,
  • la récupération de certains mouvements de contestation du passé (l'exemple du gallicanisme ou de la gnose),
  • l'amplification de leur importance réelle, qu'il est toujours très difficile d'apprécier en termes de nombre de fidèles,
  • l'émiettement, lié comme dans de nombreuses églises protestantes à la prégnance du libre arbitre.

Le phénomène des églises parallèles peut aussi toucher des groupements se réclamant de l'orthodoxie ou d'autres obédiences (exemple de l' African Orthodox Church (en) )

Instauration d'une église parallèleModifier

Une église parallèle peut se constituer de plusieurs façons :

  • séparation de la communion avec Rome d'un groupe plus ou moins important d'ecclésiastiques et de fidèles suivant un ou des évêques rompant avec le pape pour des raisons doctrinales ou disciplinaires, voire personnelles (cf. les cas de l'Église catholique apostolique du Brésil ou de l'Église catholique nationale polonaise) ; les effectifs en nombre de fidèles peuvent être importants, quelques centaines de milliers ou millions de fidèles revendiqués.
  • certaines circonstances politiques amènent à la constitution d'églises qui ne sont plus en communion avec Rome : tel fut le cas de l'Église constitutionnelle en France, tel encore aujourd'hui celui de l'Église officielle de Chine : les autorités politiques obligent les fidèles à adhérer à une église officielle indépendante du pape, dont les évêques sont nommés par le pouvoir, et persécutent ceux qui lui restent fidèles : Clergé réfractaire dans la France révolutionnaire, Église clandestine de Chine ... L'emprise géographique de tels groupes correspond à celle de l'État qui les installe, et les effectifs peuvent être très importants, même si l'adhésion y manque certainement de spontanéité et/ou de sincérité.
  • une variante des deux précédentes existe, si le leader du groupe n'est pas évêque, comme dans le cas de l'Église indépendante des Philippines, auquel cas la succession apostolique est rompue, et les divergences ultérieures avec le catholicisme peuvent être importantes.
  • initiation ex nihilo par un individu, prêtre ou laïc (mais non évêque) quittant son église d'origine et rassemblant petit à petit autour de lui des fidèles de diverses origines, attirés par telle ou telle qualité du fondateur (garant d'une certaine tradition, mystique, guérisseur, exorciste, voyant, spiritiste, thaumaturge, confesseur, humanitaire ...). Les effectifs, généralement mal connus et mouvants, sont souvent limités (quelques centaines ou milliers de fidèles), et le risque de dérive sectaire y est le plus prononcé, fonction de la personnalité du fondateur et de son aura personnelle (cf. les cas de l'Église catholique libérale ou de l'Église chrétienne palmarienne).
  • On doit rapprocher des églises parallèles les groupes sédéprivationnistes et sédévacantistes - dont font partie certains évêques - qui se veulent appartenir à l'Église catholique romaine tout en soutenant que son pape, taxé d'hérésie et/ou d'illégitimité, soit ne l'est pas de façon complète, soit ne l'est pas du tout.

Dans le christianisme, depuis les temps apostoliques, une église est sous la juridiction d'un évêque : un groupe de fidèles peut à bon droit se définir comme église s'il a à sa tête un personnage pouvant se prévaloir d'une succession apostolique : ce principe est reconnu par la majorité des groupes se définissant comme chrétiens et en particulier dans le catholicisme et l'orthodoxie. Seul l'évêque peut consacrer d'autres évêques et administrer l'ordination pour l'institution des prêtres, eux-mêmes susceptibles de devenir évêques à leur tour. Un groupe religieux sans évêque ne pourra renouveler ses prêtres et finira par s'étioler et se marginaliser (exemple de la Petite Église).

Ainsi, sauf dans le cas d'évêques auto-proclamés (cas, par exemple, d'un petit groupe de catholiques s'appelant True Catholic Church), le principal souci d'un fondateur d'église sera de trouver un évêque validement consacré, même si sa consécration est illicite vue de l'Église romaine, n'ayant pas reçu préalablement l'autorisation du pape. La validité du ou des évêques consacrants est parfois contestable, certaines successions apostoliques étant plus que douteuses.

De tels évêques se « recrutent » parmi les groupes déjà dissidents, ou dans des églises éloignées de Rome depuis longtemps, voire parmi certains prélats issus de l'Église catholique, même si les fondamentaux et objectifs ne sont pas les mêmes. Quelques figures de l'Église universelle ont ainsi joué un rôle important dans la multiplication de ces églises dissidentes, par exemple Dominique-Marie Varlet au XVIIIe siècle, Joseph-René Vilatte au début du XXe siècle ou Pierre Martin Ngo Dinh Thuc et Marcel Lefebvre après le concile Vatican II.

Outre la tradition de l'Église catholique, une église « parallèle » peut - et c'est fréquent - recevoir celles d'autres églises séparées de Rome (communion orthodoxe, communion anglicane, confessions protestantes, évangéliques, églises orientales etc.) en intégrant des prélats venus de ces confessions et, par ceux-ci, en en recevant des lignées de succession apostolique.

Moments importantsModifier

Quelques faits historiques particulièrement marquants ont été des moments décisifs dans l'émergence de certains groupes ou mouvements de pensée qui ont abouti à des schismes, notamment :

Schisme de l'Église d'UtrechtModifier

Dans le cadre de la Mission de Hollande, les chanoines d'Utrecht disposaient d'une certaine autonomie dans la désignation du vicaire apostolique mais le soupçon de jansénisme porté sur Petrus Codde, qui exerçait la fonction depuis 1688 poussa le Vatican à le suspendre en 1701, aboutissant à sa démission en 1703. Aucun accord ne put être trouvé pour le remplacer jusqu'en 1723.

En 1723, les Chanoines d'Utrecht, insatisfaits du vicaire apostolique nommé par Rome, décidèrent d'élire Cornelius Steenoven comme archevêque d'Utrecht. Il fut consacré évêque par Dominique Marie Varlet, un ancien évêque coadjuteur de Bossuet, qui avait été écarté de sa charge pour jansénisme et nommé évêque in partibus de Babylone et qui passait par la Hollande pour rejoindre sa mission. Le Pape répliqua par une excommunication du nouvel archevêque et de ses fidèles. La rupture avec le Saint-Siège était consommée. L'Église d'Utrecht devint l' « Église vieille-épiscopale d'Utrecht », germe du groupe dit des Vieux-catholiques.

La rupture s'accentua encore quand un évêché catholique romain fut rétabli à Utrecht en 1851, puis par le rejet par l'Église d'Utrecht du Syllabus en 1864, ainsi que des dogmes de l'Immaculée conception et surtout de l'Infaillibilité pontificale. Cette église rejette aussi le dogme de l'Assomption de la Vierge proclamé en 1950 par le pape Pie XII.

Église constitutionnelleModifier

La Révolution française a été une période dramatique pour l'Église catholique en France, culminant pendant la période de la Terreur avec les excès et atrocités commis au prétexte de la déchristianisation voulue par les plus extrémistes des révolutionnaires.

Dès 1790, le vote de la Constitution civile du clergé avait pour but affiché de constituer une église totalement indépendante du pape et soumise au gouvernement. Elle réorganisait unilatéralement le clergé séculier français, instituait une nouvelle Église (l'Église constitutionnelle), ce qui provoqua la division du clergé en clergé constitutionnel et clergé réfractaire[3] dont les membres furent persécutés sans pitié.

La Constitution civile du clergé fut condamnée par le pape Pie VI le 10 mars 1791 et abrogée par le Concordat de 1801. Mais ces 10 années de troubles ne pouvaient pas ne pas laisser de traces durables dans les institutions et les esprits. Des prêtres et des évêques n'acceptèrent pas de se soumettre au Concordat, même si aucun évêque ne se risqua à consacrer un successeur dans sa mouvance. Ainsi se constitua la Petite Église, groupant fidèles et prêtres restés fidèles à l'ordre ancien. Mais en l'absence d'évêque pour en ordonner de nouveaux, le nombre de ces prêtres diminua de façon inexorable jusqu'à leur disparition complète. Ce groupe de catholiques sans prêtres s'est perpétué jusqu'à nos jours en particulier dans les Deux-Sèvres.

Pontificat de Pie IX et Premier concile du VaticanModifier

Élu pape en 1846, et suite à la réforme constitutionnelle néerlandaise qui le rendait possible, Pie IX rétablit l'archidiocèse catholique d'Utrecht en 1853, s'opposant ainsi de front au schisme Vieux-Catholique. Dès 1854, il proclamait le dogme de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie, qui se voyait comme confirmé par ses apparitions à Bernadette Soubirous, à Lourdes en 1858. En 1864, l'encyclique Quanta cura, accompagnée du Syllabus Errorum, était formulée pour condamner les « monstrueuses erreurs » politico-religieuses du XIXe siècle. Enfin le Premier concile du Vatican aboutissait à la promulgation, en 1870, du dogme de l'Infaillibilité pontificale.

Chacune de ces évolutions (et surtout la question de l'Infaillibilité pontificale) provoqua des mouvements de contestation et de refus au sein de l'Église catholique, allant pour certains prélats jusqu'à l'abandon de cette dernière pour rejoindre des communautés d'autres obédiences, et notamment les églises de l'Union d'Utrecht (« Vieux-catholiques »). (...)

Deuxième concile du VaticanModifier

S'il n'introduisit pas de nouveautés sur le plan dogmatique, le Deuxième concile du Vatican eut pour conséquences d'importantes modifications concernant la liturgie et la pratique pastorale. L'abandon presque complet du rite de Saint Pie V, avec la messe en latin, fut le signe le plus visible de ces évolutions, sinon le plus essentiel motif de rejet par toute une frange du peuple catholique attachée à ses traditions, à la tête de laquelle se positionnèrent quelques évêques dont le plus célèbre fut Mgr Marcel Lefebvre. Figure de l'opposition au concile de Vatican II, il fonda en 1970 la Fraternité Saint-Pie-X et le séminaire international d'Écône, créés pour « former des séminaristes en vue de la prêtrise ». En 1988, il fut excommunié latæ sententiæ pour avoir consacré quatre évêques traditionalistes sans l'aval de Rome, provoquant le premier schisme au sein du catholicisme depuis 1870, à noter que cette excommunication des évêques n'implique pas de schisme, même si le terme est utilisé par la presse profane pour qualifier ce conflit. L'excommunication portant sur les quatre évêques sacrés a été levée le 21 janvier 2009 par décret de la Congrégation des évêques. Un autre éminent dignitaire de l'Église romaine, l'ancien archevêque de Hué Pierre Martin Ngo Dinh Thuc se mit également en marge de façon beaucoup plus erratique, consacrant des successeurs sans ligne doctrinale bien définie, collaborant dans les faits à d'autres schismes d'apparence plus sectaire tels que celui de l'Église chrétienne palmarienne ou à la constitution de groupes sédévacantistes. En effet, certains ecclésiastiques, à l'instar de Michel-Louis Guérard des Lauriers en vinrent à considérer les papes initiateurs du concile (Jean XXIII et Paul VI) ainsi que leurs successeurs comme coupables d'hérésie donc illégitimes, et à affirmer que le siège de Saint Pierre était donc vacant (sédévacantisme) ou à tout le moins imparfaitement occupé (sédéprivationnisme), tout en affirmant rester fidèles à l'Église catholique « de toujours », sans prétendre s'en détacher mais en se posant au contraire comme ses ultimes défenseurs.

Prétentions à la papautéModifier

Dans certains petits groupes « mystiques » à tendance résolument sectaire, le dirigeant principal (souvent fondateur) peut revendiquer le titre de « pape », n'hésitant pas à nier la légitimité du pontife romain.

S'il y eut nombre d'antipapes dans l'histoire de l'Église catholique, ces derniers avaient au moins été élus par un collège, fût-il minoritaire, d'authentiques cardinaux. Dans le cas des « papes » modernes qui prolifèrent en particulier depuis Vatican II, rien de tel : Michel Collin alias Clément XV ou Clemente Domínguez y Gómez alias Grégoire XVII fondateur de l'Église chrétienne palmarienne, alias « la Gloire des Olives » ainsi que d'autres, quant à eux, prétendront avoir été institués directement par Dieu lui-même comme successeurs de Saint Pierre et s'empresseront d'excommunier l'« usurpateur » installé au Vatican ainsi que tous ceux qui le reconnaissent comme pape légitime ... Ces « papes » dont aucun n'était évêque ou cardinal et qui n'ont été soutenus, de façon très générale, par aucun évêque ou cardinal légitime, peuvent s'entourer d'un collège d'évêques et de prêtres, voire de « cardinaux » permettant la tenue de « conclaves » pour perpétuer leur « église » et assurer leur succession.

Un site s'intéressant à la question (animé par un chercheur de l'Université d'Uppsala) ne dénombre pas moins d'une vingtaine de ces « papes alternatifs » que certains peuvent qualifier de mythomanes et qui ont pour noms de règne Pierre II (très apprécié), Lin II, Léon XIV, Athanase Ier, Pie XIII, Michel Ier, Adrien VII etc. [4].

Personnages notoiresModifier

BibliographieModifier

Notes et référencesModifier

  1. Dans le N° 247 (Juillet-Août 2017) de la revue Le Royaume, il est affirmé que « Jésus n'est plus seul aujourd'hui dans l'Eucharistie, Marie-Paule y est avec Lui. »
  2. « Note doctrinale des évêques catholiques du Canada sur l'Armée de Marie » Conférence des évêques catholiques du Canada
  3. Michel Vovelle, La Révolution française, Paris, Armand Collin, , p.24.
  4. « Papes alternatifs »

Voir aussiModifier

Liens externesModifier