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Berger-Levrault

maison d'édition française
(Redirigé depuis Éditions Berger-Levrault)
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Logo de la maison d'édition
Repères historiques
Dates clés 1463-1764 - Création de la maison d’édition Berger‑Levrault : imprimeur et libraire
1765-1820 - Forte croissance de la maison d’édition. Édition trilingue du Code Napoléon.
1821-1849 - Duo mère-fille gagnant à la tête de l’entreprise
1850-1913 - Modernisation de l’entreprise par des avancées sociales et technologiques
1914-1918 - Imprimeur officiel des gouvernements français et belge, puis de l’armée américaine
1981-2012 - Berger‑Levrault prend le virage du numérique : de l’imprimerie à l’édition de logiciels
2013-2018 - Berger‑Levrault, industriel du logiciel multisectoriel et international
Fiche d’identité
Forme juridique Société anonyme
Siège social Boulogne-Billancourt (France)
Dirigée par P.M. Lehucher (P-DG)
Effectif 1 700
Site web https://www.berger-levrault.com

Berger-Levrault est un éditeur de logiciels international, auparavant un important éditeur-imprimeur fondé entre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle.

Sommaire

HistoireModifier

Schmuck et ChristmannModifier

Les origines de cette maison apparue au début du XVIIIe siècle, remontent à 1463, date de la publication du Miroir de la rédemption par Bernard (Bernhold) Rihel, ancêtre de Frédéric-Guillaume Schmuck, et prototypographe à Bâle, en 1474. Il imprime 500 exemplaires du premier livre illustré de Suisse, une bible latine[1], comme Gutenberg. Rihel était peut-être l'un de ses compagnons.

Le guémarien Frédéric-Guillaume (Friedrich Wilhelm) Schmuck (1637-1721) achète en 1676 un immeuble à Strasbourg, rue Brûlée, et sur les conseils avisés de son oncle Josias Staedel (1627-1700), s'inscrit à la corporation de l’Échasse[2] et devient libraire. Après le rattachement de Strasbourg à la France, en 1681, Schmuck rachète l'imprimerie de Jean-Maurice (Johann Moritz) Hack[3], et reçoit le titre d'imprimeur de l’Évêché, vers 1685[4].

Son fils aîné Frédéric Schmuck reprend l'entreprise en 1699[2], et après son décès, sans enfant, c'est son frère Guillaume qui hérite de l'imprimerie familiale, il est nommé imprimeur du Roi et de l'université de Strasbourg. Il meurt en 1751, le mari de sa fille cadette Anne-Catherine, Jean-Robert Christmann, reprend la succession jusqu'à sa mort en 1761. Sa femme transmet l'entreprise à leur fils aîné[5].

« Christmann et Levrault »Modifier

En 1761, François-Robert-Adrien Christmann s'associe avec son beau-frère, François-Georges Levrault (1722-1798), qui avait débuté comme prote en 1747 dans l'ancienne enseigne[Laquelle ?][6]. Levrault agrandit l’imprimerie-librairie à l’angle de la rue des Juifs et de la rue du Faisan[7].

Un inventaire de l'époque montre que les recettes proviennent de 65 % de l'intendance d'Alsace, 15 % de l'université et annexes, et 20 % de particuliers, entre 1750 et 1757[8]. Date à laquelle l'imprimerie utilise deux presses typographiques, puis trois tourneront en 1773, et cinq en 1780[6].

Christmann meurt en 1771.

« F. G. Levrault »Modifier

 
La presse en bois est utilisée par Levrault jusqu'en 1851.

François-Georges Levrault dirige seul l'imprimerie-librairie sous son nom. En 1786, il rachète la papeterie d'Abreschwiller et fabrique son propre papier, puis la maison de Théodose Le Barbier de Tinan, commissaire des guerres, dans laquelle il installe l'imprimerie-librairie et loge ses ouvriers.

Il rachète également la fonderie puis l'imprimerie de Rolland (Henri) et Jacob (Claude)[2], tous deux ex-employés de l'imprimerie de Beaumarchais à Kehl. Jacob, fondeur de caractères et élève de John Baskerville[9], travaille en 1790 dans la nouvelle Société typographique que Levrault vient de créer avec Thomassin, avocat. Elle est la plus importante de Strasbourg, et l'une des premières de l'est de la France[2].

Ses quatre fils, Laurent-François, Louis, Nicolas et Xavier, firent tous carrière dans l'imprimerie. C'est l'aîné, Laurent-François-Xavier Levrault, qui après la mort de leur père en 1798, reprend la succession de la maison jusqu'à sa mort en 1821. Il est conseiller préfectoral du Bas-Rhin, recteur de l'Académie de Strasbourg et imprimeur du roi, et reçoit, en 1819, le droit d'impression pour vingt ans de l'Annuaire de l'État militaire de France[8],[10], du Ministre Secrétaire d’État de la Guerre Laurent de Gouvion-Saint-Cyr[11].

En 1805, son frère Nicolas Levrault devient directeur de l'imprimerie de la Grande Armée, mais disparait, avec tout son matériel, au cours de la retraite dans la campagne de Russie en 1812. Ainsi les premières publications militaires sont les déclarations des 1er et , imprimées sur le champ de bataille d'Austerlitz, puis distribuées aux différents corps de troupe[12].

« Veuve Levrault »Modifier

En 1821, la veuve de Laurent-François-Xavier Levrault, Caroline née Schertz, dirige l'affaire familiale pendant 29 ans. Le 19 novembre 1824, elle est imprimeur du Roi[13] Charles X. Dès 1825, elle est secondée par son gendre Pierre-Frédéric Berger, qui meurt en 1837. Un autre de ses gendres Charles Pitois (1792-1843) s'occupe de celle située à Paris, « Pitois-Levrault et Cie », au 81 rue de la Harpe[13], jusqu'en 1839. Éléonore Berger-Levrault (née Pitois), veuve de Pierre-Frédéric Berger, dirige l'imprimerie typographique, et Caroline Levrault s'occupe de la librairie jusqu'à sa mort[5].

« Veuve Berger-Levrault et Fils »Modifier

 
Château de Landsberg aux XVIe et XVIIe siècles, lithographie veuve Berger-Levrault et Fils (1854-1858[14]), d'après les études de Friess, architecte de Strasbourg.

Après la mort de Caroline Levrault en 1850, sa fille Éléonore, veuve de Pierre-Frédéric Berger, hérite de la maison. Elle travaille avec son fils Oscar Berger-Levrault qui prend un associé, Jules Norberg (1848-1902), comptable de l'entreprise[8]. La librairie est réunie à l'imprimerie, l'établissement typographique possède une fonderie de caractères (la première en France[8]), un atelier de clichage (procédé inventé par Joseph Carez), la lithographie, la galvanoplastie, la réglure, la reliure (1er atelier utilisant la machine à plier, en 1859[8]), la librairie, et, récemment, la gravure sur cuivre[5]. Dès 1851, les presses en bois sont remplacées par des presses Stanhope[8].

Depuis 1855, ils sont également libraires-éditeurs à Paris, au 8 rue des Saints-Pères.

L'imprimerie publie des annuaires, issus de documents de l'administration, dont l’Annuaire militaire de l'armée française depuis 1819[5], et l'Almanach en 1867. En 1870, cela représente presque 70 % de ses recettes, et l'imprimerie figure au côté de son concurrent parisien Paul Dupont, avec Mame et Chaix, comme industriels majeurs du secteur[8].

Entrain à la modernisation et au développement, Berger-Levrault est présent à l'exposition universelle de 1855 de Paris, obtenant une médaille de bronze, à celle de Londres en 1862 où l'entreprise est récompensée d'une Prize Medal, puis d'une médaille d'argent à celle de Paris en 1867[15].

En 1871, la société Veuve Berger-Levrault et Fils entre en dissolution. Elle est remplacée par une société en commandite par actions, Berger-Levrault et Cie[6].

« Berger-Levrault et Cie »Modifier

Après l'annexion de 1871, Oscar Berger-Levrault quitte Strasbourg pour Nancy, où il ouvre une imprimerie au 18 rue des Glacis[7], le 2 septembre 1872[8].

Berger-Levrault et Cie à Paris est situé au 5 rue des Beaux-Arts[16].

Librairie Berger-Levrault à StrasbourgModifier

Les Berger-Levrault poursuivent la tenue de la librairie, située au 30 rue de la Mésange (23 place Broglie depuis 1918) jusqu’en 1993. Aujourd'hui s'y trouve la librairie Broglie[7].

Grèves à NancyModifier

En 1877, l'entreprise compte quelque 400 ouvriers, constitués de plus de 80 compositeurs et une centaine de pressiers. Les ateliers contiennent différentes presses, dont 16 à bras, 18 mécaniques, 1 pour la taille douce, et 4 lithographiques[6]. Au début de l'année, les ouvriers sont en grève, et contestent l'embauche d'apprenties compositrices, faite par l'associé Jules Norberg, responsable du personnel (des femmes travaillent déjà dans ses ateliers de reliure ou de brochage). Les compositeurs manifestent et persuadent les autres typographes de se joindre à eux, les invitant à ne pas être des « jaunes ». Le conflit sera réglé par la Société typographique parisienne qui demande le retrait des femmes compositrices[8].

Le 5 novembre 1901, une autre grève éclate dans l'usine pour exigence d'augmentation de salaire, 90 ouvriers se mettent en arrêt de travail. La direction recherchant des solutions, le Syndicat des Femmes Typographes (SFT), fondé par les « typotes » du journal La Fronde, installe symboliquement 15 femmes typographes aux postes vacants. En effet, depuis son Congrès de 1898, la Fédération Française des Travailleurs du Livre (FFTL) s’oppose au travail des femmes dans les ateliers de composition. Critiqué par Auguste Keufer pour rupture de la solidarité syndicale, le Syndicat est exclu de la Bourse du Travail. Le jour précédent, le 6 janvier 1902, 35 ouvriers grévistes réintégraient l'entreprise, aux côtés des ouvrières[17]. Les ateliers Berger-Levrault marquent le début des ateliers mixtes avec égalité salariale.

Famille FriedelModifier

Oscar Berger-Levrault meurt en 1903. L'imprimerie est toujours la première entreprise de Nancy, mais est égalée par les Imprimeries Réunies lors de leur création en 1905[8].

Georges Friedel, qui avait épousé en 1888, Hélène, une fille d'Oscar, est élu administrateur le 31 octobre 1910, lors de la transformation de la société en commandite par actions en société anonyme[18] Berger-Levrault et Cie, au capital de 3 000 000 de francs[19]. Il devient président du conseil d'administration en 1913 (charge qu'il conserve jusqu'à sa mort en 1933).

Dès 1920, le fils aîné de Georges Friedel, Georges Alfred Francis Charles (1893-1970), est administrateur-délégué, puis président-directeur général en 1940[20].

En 1965, Charles Friedel cède son poste à son fils cadet Charles Eugène Philippe, fonction qu'il assume jusqu'en 1988[20] ; il est alors remplacé par son neveu Marc Friedel, président de l'entreprise jusqu'en 1999.

« Berger-Levrault »Modifier

Robert Steinheil, autre gendre de Berger-Levrault, devient administrateur-délégué, et, sous l'autorité de celui-ci, Bernard Grasset dirige le bureau parisien au 8, rue des Saints-Pères. D'octobre 1917 à 1918, sont édités les guides Michelin pour la visite des champs de bataille, un accord passé avec Michelin et Grasset[21].

En 1913, l'entreprise lance le procédé de l'héliopeinture.

La société achète à Charles Peignot la première Lumitype-Photon (no  202) d'Higonnet et Moyroud, présentée à la Biennale de l'Imprimerie au Grand Palais en 1954. Les ateliers Berger-Levrault de Nancy (voir Diadeis) réalisent ainsi le premier livre par photocomposition, en Europe, imprimé en caractères de Baskerville, en 1957[22].

Période contemporaineModifier

Fin 2000, avec la cession de l'édition graphique[23], l'entreprise sort des métiers de l’imprimerie et accentue sa présence sur le marché du logiciels de gestion pour les collectivités locales.

En 2002, le groupe Accueil devient actionnaire majoritaire de Berger-Levrault. Aujourd'hui Pierre-Marie Lehucher est le P-DG du groupe.

Groupe Berger-LevraultModifier

Différentes fusions d'entreprises, Magnus, Sofiac, Sedit-Marianne, DIS, Convergence, Ecolesoft, Progor, Segilog, Aductis, Intuitive, Sigems, InfoParc, ainsi que trois entités canadiennes, Coba, Exagon et Infosilem et Aytos, Absis et Tecnogeo en Espagne[pas clair].

L'accompagnement des responsables locaux dans la mise en place des technologies nouvelles (dématérialisation, villes intelligentes…) fait partie des missions de Berger-Levrault qui provoque et anime les débats nécessaires en interne ou en externe via « BL Institut », La Cité des smart cities[réf. nécessaire].

Fondation Berger-LevraultModifier

La Fondation Berger-Levrault, créée en 2009, a pour vocation le soutien de projets éducatifs et culturels ayant un lien avec le service public ou de projets de recherche et de préservation du patrimoine public. Elle est placée sous l’égide de l'organisme privé la Fondation de France.


Notes et référencesModifier

  1. La Nouvelle Revue des deux mondes, s.n., 1976, p. 449.
  2. a b c et d Société d’histoire moderne, Revue d'histoire moderne et contemporaine, vol. 24, avril-juin 1977, p. 184-186.
  3. Adolphe Le Reboullet, Eugène Seinguerlet, Charles Mehl, Revue alsacienne, vol. 10, Nancy, Berger-Levrault et Cie, 1887 - p. 105
  4. On peut consulter les livres de compte depuis 1676, date où implantée à Strasbourg l'entreprise quitte son statut d'artisan.
  5. a b c et d Charles Mehl, Le bibliographe alsacien, Veuve Berger-Levrault, 1863, pp. 198 à 203
  6. a b c et d Bibliothèque nationale de France, Actes du 103e Congrès national des sociétés savantes, Section d'histoire moderne et contemporaine, vol. 1, l'Armée et la Société de 1610 à nos jours, 1979, p. 123, p. 129, et p. 133
  7. a b et c Historique des Éditions Berger-Levrault.
  8. a b c d e f g h i et j [PDF] Françoise Birck, Claude Didry, IDHE-UMR-CNRS, La Maison Berger-Levrault et la négociation du tarif à Nancy au début du siècle - Série de monographies d'entreprise du Groupement de Recherches « Institutions, Emploi et Politique Économique » no 9202, 1994
  9. Jacob, Strasbourg [PDF].
  10. François-Édme de Montendre [Montandre-Lonchamps] (1712-1775) et son frère Alexandre de Montendre publièrent le premier « État militaire de France pour l'année 1758 ».
  11. Ministre Secrétaire d'État Laurent de Gouvion-Saint-Cyr, Annuaire de l’État militaire de France,  éd.F. G. Levrault, 1819.
  12. Le Bulletin du livre, 1976, p. 54 [présentation en ligne]
  13. a et b Autorités Sudoc, Levrault, Veuve de François-Laurent-Xavier (1775-1821)
  14. Archives de la région Alsace (chartrier de Niedernai), Château de Landsberg, Fonds de Turckheim-Truttenhausen, Sous-série 4 J, 4 J 83, p. 61.
  15. Frédéric Barbier et István Monok, Les bibliothèques centrales et la construction des identités collectives, université de Leipzig, 2005 (ISBN 978-3-8658-3050-0), pp. 298-300 [lire en ligne].
  16. La porte-cochère aux armes de la société existe toujours.
  17. François Chaignaud, L’affaire Berger-Levrault, Extrait du Bulletin Archives du féminisme, n° 13, décembre 2007
  18. Annales des Mines, G. FRIEDEL et l'imprimerie Berger-Levrault. Le corps des mines aux XIXe et au XXe siècles
  19. Gabriel Boillat, La Librairie Bernard Grasset et les lettres françaises, Librairie H. Champion, 1974
  20. a et b Annales des Mines, Georges Alfred Francis Charles Friedel (1893-1970). Le corps des mines aux XIXe et au XXe siècles
  21. Jean Bothorel, Bernard Grasset, éditions Grasset, 1989
  22. [PDF] GUTenberg, La lettre GUTenberg, no 25, juin 2003, p. 8 note 4
  23. Site officiel : Le Groupe, Présentation Berger-Levrault et Historique.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier