Écologie intégrale

L'écologie intégrale est une conception de l'écologie qui intègre les aspects environnementaux, économiques, sociaux (les trois piliers du développement durable), les aspects culturels et les aspects de la vie quotidienne ; Elle est inséparable de la notion de bien commun et implique la justice entre générations. Cette conception découle du fait que tout est intimement lié, et que les problèmes actuels requièrent un regard qui tienne compte de tous les aspects de la crise mondiale[1].

HistoriqueModifier

Michael E. Zimmermann et Sean Esbjörn-Hargens ont appliqué la théorie intégrale de Ken Wilber à l'écologie, pour introduire le concept d'« écologie intégrale » à la fin des années 1990. Il s'agit de réconcilier l'écologie humaine et l'écologie environnementale classique.

Le concept est introduit en France d’abord dans les milieux chrétiens, notamment catholiques, par Falk van Gaver en 2007 dans un article de L'Homme nouveau, « Pour une écologie intégrale »[2]. Il le reprend ensuite en 2011 dans son livre L'Écologie selon Jésus-Christ dans une approche chrétienne.

En France, Gaultier Bès de Berc, avec Marianne Durano et Axel Norgaard Rokvam, emprunte l'expression dans Nos limites, pour une écologie intégrale en 2014.

Le concept se trouve sous la plume du pape François dans son encyclique Laudato si' en 2015[3].

La Communauté Saint-Jean fonde l'Académie pour une écologie intégrale en 2017 à la suite de l'encyclique papale. Cette académie est située au sanctuaire Notre-Dame du Chêne près de Sablé-sur-Sarthe[4].

Débats autour du conceptModifier

Ce concept est parfois accusé de servir d'écoblanchiment (greenwashing en anglais) pour le militantisme d'extrême droite, à travers des figures issues de La Manif pour tous comme Eugénie Bastié ou Gaultier Bès, qui — selon les accusations précitées — se serviraient de la bannière écologique pour leur militantisme antiféministe et anti-avortement[5], qui s’exprimerait notamment dans la revue Limite. À propos de ce groupe, le chercheur Jean-Louis Schlegel détaille que « Il s’agit d’être « conservateur » authentiquement, intégralement, radicalement, dans la vie quotidienne comme dans les combats publics : conservateur de la planète dans toutes ses dimensions, mais aussi conservateur du corps humain, de la famille, du domestique, du local »[6].

Les sociologues Étienne Grésillon et Bertrand Sajaloli ajoutent « Cette écologie intégrale moralisatrice et traditionaliste ressurgit ainsi à la faveur des discours contre le mariage homosexuel. Mais, instrumentalisant l'écologie, notamment dans son champ défense de la vie, récupérant et mettant au service de valeurs très conservatrices la réflexion engagée au sein du catholicisme sur les rapports homme-nature, ce mouvement est loin d'être partagé par tous les catholiques ». « La notion d'écologie humaine [...] en plaçant la question morale du respect de la vie humaine au centre du débat détourne le croyant de la nature et des enjeux environnementaux »[7].

Delphine Batho dans son Écologie intégrale, le manifeste (2018, éditions du Rocher) combat farouchement toute interprétation de l'écologie intégrale qui consisterait à promouvoir des valeurs réactionnaires pour confiner les femmes au monde naturel et à leur fonction reproductrice. Vouloir travestir le sens de l'écologie intégrale pour en faire une arme contre les femmes, contre leur droit à maîtriser leur corps, contre le droit à l'avortement et à la contraception, contre les progrès de la bioéthique, contre les libertés individuelles, à commencer par la faculté de vivre librement son orientation sexuelle que l'on soit homme ou femme, est exactement le contraire de la révolution anthropologique nécessaire[8],[9].

Pour Delphine Batho, comme pour Génération écologie, le parti dont elle est présidente, l'écologie intégrale démocratique est le projet politique qui fait le lien entre les alertes scientifiques qui annoncent que « bientôt il sera trop tard » et des propositions pour inscrire le respect de la Terre et de la Nature dans les fonctionnements démocratiques, par la loi et par la société mobilisée. Il associe les sciences et la démocratie[10]. Aux élections européennes de , elle intègre la liste Urgence Écologie menée par le philosophe Dominique Bourg qui s’affirme lui aussi partisan d’une écologie intégrale[11] selon la même approche qui récuse les motivations religieuses. Celui-ci affiche également ses distances avec l'écologie intégrale d'extrême-droite de la revue Limite, qu'il voit comme une simple récupération opportuniste de la thématique écologiste au profit d'une extrême-droite traditionaliste : « Pour ces antimodernes, l’écologie est aujourd’hui une aubaine. Elle leur permet de se rénover, de se réaffirmer et de reprendre une importance dans l’époque. »[6].

Notes et référencesModifier

  1. Pape François, Encyclique Laudato si', Quatrième chapitre, Une écologie intégrale, § 137 à 162, lire en ligne (consulté le 2 juillet 2020)
  2. * « « Pour une écologie intégrale », L’Homme Nouveau, 2007 »
  3. Fabien Revol et Alain Ricaud (préf. Philippe Barbarin), Une encyclique pour une insurrection écologique des consciences, Paris, Parole et silence, , 319 p. (ISBN 978-2-88918-721-8, OCLC 935315994), 69-70.
  4. « Académie pour une écologie intégrale - Sanctuaire Notre-Dame du Chêne (Vion) », sur academie-ecologie-integrale.org (consulté le 23 avril 2018).
  5. Bernadette Sauvaget, « Limite, des réacs en vert et contre tous », sur Libération.fr, .
  6. a et b Catherine Vincent, « « Ecologie intégrale », écofascisme… : une histoire des écologies identitaires », sur Le Monde, .
  7. Etienne Grésillon et Bertrand Sajaloli, « The green church ? Building a catholic ecology : steps and tensions », VertigO, vol. 15, no 1,‎ (DOI 10.4000/vertigo.15905).
  8. « Delphine Batho lance son manifeste pour l’écologie intégrale », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le 1er avril 2019).
  9. « Delphine Batho : "L’écologie ne peut pas être consensuelle" », sur L'Obs (consulté le 1er avril 2019).
  10. « Nos orientations », sur Génération Ecologie (consulté le 1er avril 2019)
  11. Les matins sur franceculture.fr, entretien avec Dominique Bourg dans la seconde partie de « L’invité des matins ».

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier