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École des guides de montagne du Tibet à Lhassa

(Redirigé depuis École des guides de Lhassa)

L'École des guides de montagne du Tibet à Lhassa[1] est une école fondée en 1999 par l’alpiniste français Serge Koenig[2], représentant la Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME), et par le Tibétain Nyima Tsering, représentant la Tibetan Mountaineering Association of China, avec le soutien la société chinoise Ozark Outdoor Gear.

En partenariat avec l'École nationale des sports de montagne en France – anciennement École nationale du ski et de l’alpinisme (ENSA) –, l'école forme de jeunes Tibétains et Tibétaines aux « métiers de l'expédition » pour conduire leurs compatriotes et les étrangers vers les sommets[3],[4].

GenèseModifier

En 1999, constatant l’afflux des expéditions encadrées par les sherpas népalais dans l’Himalaya et l’absence de guides tibétains compétents susceptibles de profiter, dans leurs propres montagnes, de cette nouvelle manne économique, Serge Koenig, alors responsable des relations internationales à la FFME et professeur-guide à l'École nationale du ski et de l’alpinisme (ENSA), signe avec Nyima Tsering, à l'époque officier de liaison au sein de la Tibetan Mountaineering Association, une convention (renouvelée en 2001) concernant la formation de près de 20 jeunes Tibétains, dans l'objectif affirmé de développer l'encadrement des alpinistes par des guides locaux[5],[6].

Au départ, l'ENSA refuse de se joindre à ce projet. Le Club alpin français (CAF), qui en est partenaire, demande un supplément d'informations sur les intentions des initiateurs avant de s'engager plus avant, partageant les préoccupations de l'ONG internationale Mountain Wilderness et d'associations de défense des droits de l'homme. L'annexe 5 de l'accord révèle que le partenaire signataire est en fait la China Tibet Mountaineering Association, dont le secrétaire général, Gao Maoxing, est Chinois. L'annexe précise qu'à partir de 2001, un développement des activités de montagne et d'escalade inclura tourisme, secours, protection de la nature, aménagement d'architecture et téléphérique, entre autres intérêts économiques. Le CAF décide de se dissocier du projet, estimant ne pas avoir l'assurance qu'il vienne en aide efficacement aux Tibétains[7],[6].

Selon l'alpiniste François Labande, la Compagnie des guides de Lhassa, à peine un an après sa création en parallèle de l'école, licencie ceux des guides qui sont allés étudier en Inde ou dans une des écoles des Tibétains en exil[6]. Le journaliste Pierre Mure affirme que les Tibétains sont écartés du métier de guide au profit des Chinois et que des épreuves écrites en chinois sont instaurées pour l'examen de guide[8]. Pour Serge Koenig, il y a en fait confusion d'une part entre les guides de tourisme et d'excursion travaillant pour des agences touristiques, et d'autre part les guides d'alpinisme et de haute montagne, lesquels ne sont pas concernés par de telles mesures.

En 2013, le journaliste Philippe Rochot, à qui l'on avait reproché, en 2001, d'avoir fait un reportage, Tibet, l'enfance des guides[9], pour l'émission Envoyé spécial de France 2[10], rapporte que l'école est désormais « acceptée et reconnue par tous »[11].

OrganisationModifier

RecrutementModifier

L’école est un établissement à but non lucratif qui recrute de jeunes Tibétains, âgés de 16 à 18 ans, nés ou vivant à au moins 4000 mètres d'altitude et ayant passé des tests physiques dont une course de 5 km. Les élèves sont logés, nourris, habillés et équipés gratuitement[12].

EnseignementModifier

L'école leur apprend à lire, écrire et converser en mandarin et en anglais et leur enseigne les connaissances nécessaires pour être guide de haute montagne ou cuisinier de camp de base (escalade de rochers, escalade sur glace, utilisation des cordes, sécurité, secours d'urgence, météorologie, logistique, gestion de camp de base, cuisine à haute altitude)[13].

EmbaucheModifier

Au bout de trois ans, les jeunes diplômés sont embauchés par la Compagnie des guides de Lhassa, en anglais Tibet Himalayan Expeditions Society (THE), qui fournit guides et cuisiniers aux expéditions chinoises ou occidentales. Les sommes versées à la société par ses clients alimentent le budget de l’école[14].

Stage à l'ENSA à ChamonixModifier

Chaque année, depuis 2000, les meilleurs élèves de l'école se rendent à l'ENSA à Chamonix pour suivre un complément de formation à l'alpinisme sous la conduite de professeurs français[15].

DéveloppementModifier

Les vingt élèves de la première promotion sont sélectionnés dans les régions pauvres du Tibet en mars 1998. Les instructeurs proviennent de la Tibet Mountaineering Team et les professeurs de langue de l’université du Tibet. Par la suite, on fait appel aussi à des instructeurs étrangers[16].

En 2004, une nouvelle convention voit l'École nationale du ski et de l'alpinisme prendre la relève de la FFME pour 5 ans. La même année, la municipalité de Lhassa met à la disposition de l’école un terrain couvrant 15 000 mètres carrés, sur lequel est construit un établissement financé par le gouvernement[17] et comprenant salles de cours, dortoirs et un mur d’escalade[18] qui est le plus grand au monde[19].

En 2011, la convention signée entre l'école et l'ENSA est renouvelée pour trois ans, intégrant la formation, par le Centre national d'entraînement à l'alpinisme et au ski (CNEAS) des CRS à Chamonix, d'une première équipe de secours sur le versant nord de l'Himalaya[20].

Ascensions de l'EverestModifier

En 2003, pour les 50 ans de la première ascension de l'Everest (en tibétain, le Qomolangma), les aspirant-guides tibétains filment en direct de son sommet pour le compte de la Télévision centrale de Chine[17].

En 2008, la flamme olympique est hissée au sommet de l’Everest par de jeunes guides de l’école, l’événement étant filmé en direct pour les télévisions du monde entier[21].

BibliographieModifier

  • Serge Koenig, Alpiniste et diplomate : J'entends battre le cœur de la Chine, Glénat, coll. « Hommes et montagnes », 2013, 259 pages, (ISBN 2723495310 et 9782723495318)

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Désignation en anglais : Tibet Mountaineering Guide School in Lhasa.
  2. À l’époque responsable des relations internationales à la Fédération française de la montagne et de l'escalade, Serge Koenig est depuis 2007 vice-consul de France à Chengdu en Chine et directeur de la Coopération Alpes-Sichuan auprès de ce Consulat. Il a participé à quatre expéditions sur l'Everest, dont, en 1988, l'expédition française Sagarmatha 88 visant à établir depuis le sommet la première retransmission vidéo en direct pour le compte de la télévision française, tentative infructueuse en raison d'un incident technique imputable au froid et à cause de la lourdeur de la technologie de l'époque (cf Jocelyn Chavy, Les 60 ans de l'Everest : appel vidéo depuis le sommet, records, business et 9 morts, retour sur la saison 2013, in Wider. Le magazine outdoor, 31 mai 2013). L'année précédente, son projet de constituer une expédition franco-chinoise pour atteindre le sommet de l'Everest par la face nord avait suscité une vive controverse alimentée par la croyance qu'elle avaliserait la présence chinoise au Tibet (cf. Serge Koenig, EverestHistory.com : « Serge was caught in storm of controversy in 1997 when his planned Franco-Chinese Everest expedition was postponed due to the belief that his expedition was endorsing the Chinese presence in Tibet. The expedition was planning to attempt a new route on the North face of Everest using fixed ropes and oxygen to attempt to overcome a rocky spur at around 7000 meters »).
  3. Philippe Rochot, « J’entends battre le cœur de la Chine » Points de vue autour du livre de Serge Koenig…, sur le site Philippe Rochot : reportages pour mémoire…, 23 avril 2013 : « L’alpiniste chamoniard en a fait l’expérience en montant en 2000 l’école des guides de Lhassa, destinée à former des Tibétains pour conduire vers les sommets les montagnards chinois et étrangers ».
  4. (en) Free mountaineering, sur le site americanalpineclub.org : « With the rise of commercial expeditions, the need for qualified, competent mountain guides was pressing. The Tibet Mountaineering Guide School, established in 1999, soon got support from the CMA, the China Tibet Mountaineering Association, and Ozark Equipment (China’s leading outdoor brand at that time). The school began a lasting cooperation with the École Nationale de Ski et d’Alpinisme (ENSA), the French guides’ and ski instructors’ school ».
  5. L’Ecole nationale de ski et d’alpinisme (ENSA) et les CRS de secours de montagne de Chamonix poursuivent la coopération française à Lhassa, site La France en Chine, 12/01/2012 : « Devant l’afflux des expéditions encadrées par les sherpas népalais dans l’Himalaya et en l’absence de compétences des guides d’origine tibétaine qui étaient ainsi privés de l’accès à cette nouvelle manne économique dans leurs montagnes, Nima Tsering (alors officier de liaison au sein de la Tibetan Mountaineering Association et actuel vice- président de cette association) et Serge Koenig (alors responsable des relations internationales de la Fédération française de la montagne et professeur-guide à l’ENSA) avaient lancé et développé la création de cette école des métiers de la montagne au bénéfice des natifs de la région. »
  6. a b et c François Labande, Sauver la montagne, Éditions Olizane, 2004, (ISBN 2880863252 et 9782880863258), p. 137 et 138.
  7. « École de guides au Tibet : polémique aux pieds du Toit du monde », in Bulletin de Mountain Wilderness, 1er trimestre 2001.
  8. Pierre Mure, « Les guides tibétains dans l'impasse », in Montagnes Magazine, août-septembre 2001.
  9. Film de 24 min suivant les étapes de la formation des futurs guides de montagne tibétains et diffusé le 8 mars 2001 sur France 2 et le 10 mars 2001 sur TV5.
  10. Philippe Rochot, « J’entends battre le cœur de la Chine », op. cit. : « Les associations de défense du Tibet ont mené campagne contre cette institution, cherchant à la discréditer, attaquant même les journalistes comme votre serviteur (Philippe Rochot) pour avoir fait des reportages sur cette école qui n'allait pas tarder, disaient-elles à en "chasser les élèves tibétains pour mettre des Chinois à la place..." ».
  11. Philippe Rochot, « J’entends battre le cœur de la Chine », op. cit. : « Plus de dix ans après ce projet est reconnu et accepté par tous : une petite victoire pour Serge Koenig qui a bien failli perdre sa place à l’Ecole nationale de ski et d’alpinisme ».
  12. (en) Tibet's Qomolangma climbers, part 1 Tibet's Qomolangma climbers, part 2, China Tibet Online, 8 avril 2010 : « Each year it accepts 20 to 30 students, aged 16 to 18, with at least a middle education. They must be born and living at 4,000 meters or above and pass arduous physical tests that include a 5,000-meter run. [...] Students receive free room and board, clothing and equipment ».
  13. (en) Young Tibetans trained to be mountaineering guides, chinadaily.com, 2011-03-29 : « They learn all facets of mountain climbing, rock climbing and ice climbing, rope skills, safety, rescue, emergency treatment, weather and geography, logistics and camp management. They also learn high-altitude cooking techniques for use in base camps ».
  14. (en) Tibet Guide School: a new breed of Tibetan porters has come to the fore, sur le site everestnews.com : « The Tibet Mountaineering Guide School is a non-profit organization. Students receive free room and board, clothing and equipment. After three years of education and training the graduates work for the schools sister company, the Tibet Himalaya Expedition Company that provides qualified staff to work on expeditions […]. High altitude guides and kitchen staff are hired by Chinese and western expeditions and all monies received for their services are directed back into the operational budget of the school enabling further students to attend ».
  15. Tibet Guide School: a new breed of Tibetan porters has come to the fore, op. cit. : « The Federation Française de la Montagne et de Escalade (FFME) supplied technical instruction with French climbers teaching European climbing techniques ».
  16. Tibet Guide School: a new breed of Tibetan porters has come to the fore, op. cit. : « The first twenty students were selected from the poorest rural areas of Tibet in March 1998. The initial mountaineering instructors were from the Tibet Mountaineering Team and language teachers from the Tibet University, and later foreign experts were brought to teach at the school ».
  17. a et b L’Ecole nationale de ski et d’alpinisme (ENSA) et les CRS de secours de montagne de Chamonix poursuivent la coopération française à Lhassa, op. cit..
  18. Young Tibetans trained to be mountaineering guides, op. cit. : « the school was enlarged to its present site in 2004, which covers an area of 15,000 square meters, offering modern teaching facilities, dormitories and rock climbing training ground ».
  19. Philippe Rochot, « J’entends battre le cœur de la Chine », op. cit. : « le plus grand mur d'escalade au monde a été construit là ».
  20. Obtention du certificat « Chef d'équipe de secours » en montagne par 2 jeunes de l'école de Lhassa, sur le site Coopération Alpes-Sichuan auprès du Consulat général à Chengu, 26 décembre 2012 (source : www.alpesfrance-sc-cn.org).
  21. Philippe Rochot, « J’entends battre le cœur de la Chine », op. cit. : « On en retrouvera un nouvel aspect en juin 2008 avec l’itinéraire de la flamme olympique au sommet de l’Everest, filmé en direct pour des milliards de téléspectateurs ».