Ère astrologique

En astrologie, une ère astrologique est la période pendant laquelle le point vernal traverse l'une des 12 constellations du zodiaque, du fait de la précession des équinoxes. Ce phénomène, contraire de la succession (donc dans le sens inverse du zodiaque : de Taureau en Bélier, de Bélier en Poissons, de Poissons en Verseau, etc.), a été découvert et étudié par l'astronome Hipparque au IIe siècle av. J.-C..

Les cercles imaginaires de l'équateur céleste et de l'écliptique, qui correspond au mouvement apparent du Soleil autour de la Terre, ont pour intersections les deux équinoxes. Le point vernal, qui n'est autre que la position du Soleil à l'équinoxe de mars, effectue un tour complet du zodiaque en environ 260 siècles. Cette durée ne peut pas être déterminée précisément, la vitesse de précession étant variable. Le fait que les constellations occupent des portions plus ou moins grandes que 30 degrés sur l'écliptique est traité de différentes manières selon les auteurs.

Le mouvement de précession des équinoxes amène un déplacement du pôle et du point vernal selon un cycle de 25 800 ans environ.

Selon cette conception, chacune de ces ères correspond à une étape majeure de l'histoire de l'Humanité.

Les ères astrologiques dans l'histoireModifier

Une brève exception à la théorie des ères astrologiques : la religion mithraïque sous une ère postérieure à celle du TaureauModifier

 
Mithra et le taureau, fresque de la ville de Marino.

La précession des équinoxes aurait été découverte par Hipparque au IIe siècle av. J.-C.. C'est à cette époque que naît, en Grèce, un culte à mystères[1], le mithraïsme. Il se diffusa pendant les siècles suivants dans tout l'Empire romain, pour atteindre son apogée durant les IIIe et IVe siècles, époque pendant laquelle il devint un concurrent important du christianisme, jusqu'à son interdiction en 391.

La tauroctonie est une scène omniprésente dans l'art mithraïque. On y retrouve un foisonnement de symboles liés aux constellations. Selon David Ulansey, Mithra était perçu comme un dieu si puissant qu'il était capable de transformer l'ordre même de l'Univers (entendre, en langage moderne, faire en sorte que les ères astrologiques se succèdent). Le taureau serait le symbole de la constellation du Taureau. Au début de l'astrologie, en Mésopotamie, entre 4000 et 2000 av. J.-C., le point vernal était au niveau du Taureau. À cause de la précession des équinoxes, ce point se déplaça, à reculons, dans le Bélier vers l'an 2000 av. J.-C., marquant la fin de l'ère astrologique du Taureau. Le sacrifice du taureau par Mithra symboliserait ce changement, causé, selon les croyants, par l'omniprésence de leur dieu. Cela expliquerait aussi les animaux qui figurent sur les images de la tauroctonie : le chien, le serpent, le corbeau, le scorpion, le lion, la coupe et le taureau seraient, respectivement, les constellations du Petit Chien, de l'Hydre, du Corbeau, du Scorpion, du Lion, du Verseau et du Taureau.

Les Lumières et le projet d'explication des cultesModifier

On trouve chez Voltaire de vigoureuses attaques contre l'astrologie. Il ironise :

« Le grand malheur des astrologues, c’est que le ciel a changé depuis que les règles de l’art ont été données. Le soleil, qui, à l’équinoxe, était dans le bélier du temps des Argonautes, se trouve aujourd’hui dans le taureau ; et les astrologues, au grand malheur de leur art, attribuent aujourd’hui à une maison du soleil ce qui appartient visiblement à une autre. »[2]

Ce discours sur le décalage des constellations, causé par la précession des équinoxes, est vu comme un argument majeur contre une astrologie qui a bien mal vieilli. Cependant, sous la plume de Charles-François Dupuis, le phénomène redevient un principe mis en relation avec la succession des grands cultes. Dupuis, sans omettre de critiquer les astrologues, conclut dans l'ouvrage L'origine de tous les cultes, ou la religion universelle[3] que le changement d’animal symbolique était une suite nécessaire de la précession des équinoxes et du changement de signe céleste[4].

Le New AgeModifier

L'idée des ères astrologiques a été largement popularisée depuis dans les théories du New Age, à la suite, entre autres, des écrits d'Alice Bailey[5], qui a inspiré Dane Rudhyar[6], et de Peter Deunov[7], qui a inspiré Omraam Mikhaël Aïvanhov[8].

Les èresModifier

Lorsqu'il est question d'une ère astrologique, le signe opposé à celui de l'ère est également significatif, puisqu'il est parcouru par le point opposé au point vernal, qui correspond au premier jour de l'automne et non du printemps. Ainsi, les symbolismes des Gémeaux, Taureau, Bélier et Poissons peuvent être associés aux symbolismes du Sagittaire, du Scorpion, de la Balance et de la Vierge, respectivement. Notamment, la virginité, symbole de pureté, de Marie, mère de Jésus-Christ, est pour les catholiques une croyance bien établie, et conforme au signe de la Vierge, opposé à celui des Poissons.

Ère du LionModifier

Entre 11 300 et 8700 av. J.-C. selon la plupart des auteurs.

Fin de la dernière période glaciaire (le Soleil est associé au signe du Lion).

Ère du CancerModifier

Entre 8700 et 6500 av. J.-C. selon la plupart des auteurs.

Le signe du Cancer est associé au foyer, à la famille, à l'alimentation et à l'agriculture. Selon les astrologues, c'est l'intensification de la sédentarisation (apparition des premiers villages d'agriculteurs et des maisons carrées), les premiers essais de récoltes agricoles, la domestication des animaux[9].

Ère des GémeauxModifier

Entre 6500 et 4300 av. J.-C., selon la plupart des auteurs.

Le signe des Gémeaux est celui des échanges verbaux et commerciaux. Les astrologues associent cette ère à l'intensification des relations humaines : l'ère des Gémeaux au symbolisme humain est vue comme une étape fondatrice de la civilisation. Cette période coïncide avec l'apparition des langues Proto-indo-européennes[9]. Tout comme les Gémeaux, cette époque est associée à une prédilection pour les motifs abstraits, notamment dans les poteries[9].

Villes et cultures : Çatal Höyük, Hacilar (en), Yarmouk, Hassuna, Samarra, Halaf, Obeïd.

Ère du TaureauModifier

 
Antonio Molinari, l'Adoration du veau d'or.

4300 à 2000, av. J.-C., approximativement (selon la plupart des auteurs).

Astrologie : Le signe de Terre du Taureau est traditionnellement associé à la matière et à la fécondité. C'est aussi un signe fixe.

Dans l'histoire : Structure et stabilité. Période calme et constructive. Développement important de l'agriculture. Répartition des terres, distribution de l'eau et contrôle de l'irrigation dans la vallée du Nil. De même en Mésopotamie, on construit des canalisations, on arrose et on cultive les terres.

La première dynastie égyptienne, nommée dynastie 0, apparaît. Selon certains égyptologues, à la suite des dernières découvertes sur le site d'Oumm el-Qa'ab, il s'agirait des rois Coquillage, Éléphant ou Taureau Ier et II.

Symbolisme des cultes : On trouve pendant cette période le culte du bœuf Apis et de la déesse Hator à tête de vache en Égypte, des religions ayant pour emblème le Taureau en Inde (culte du taureau Nandi et de la vache sacrée), en Perse, en Crète (culte du Minotaure), en Chaldée (le Taureau céleste) et en Assyrie. L'adoration du Veau d'or par les Hébreux pendant que Moïse se trouve sur le mont Sinaï, symbolise le retour sacrilège à l'ancienne religion de l'Égypte alors que le bélier est associé au culte de Yahvé (sacrifice d'Isaac, utilisation du chofar). Dans ses aspects dissonants, le signe du Taureau évoque un fort matérialisme, or, de nos jours encore, l'expression Veau d'Or désigne l'avidité, la soif de possessions.

On trouve aussi à cette époque les cultes de la déesse-mère de la fécondité : Ishtar, Isis, Vénus[10].

Ère du BélierModifier

2000 av. J.-C. à la naissance du Christ (selon la plupart des auteurs).

Astrologie : premier signe, cardinal, associé avec la compétition, l'excellence, la guerre, l'unicité.

Dans l'histoire :

La période est sanglante (le signe du Bélier est régi traditionnellement par Mars, le dieu de la guerre) : les envahisseurs indo-européens déferlent de l'Asie vers le Proche-Orient, la Méditerranée, l'Occident ; guerres entre les cités grecques et destruction de Troie ; les Hittites ; Nabuchodonosor ; Alexandre le Grand ; nouvelle division de l'empire égyptien en Haute-Égypte et Basse-Égypte ; guerre de la Rome antique contre les Étrusques, les Gaulois, les Samnites, Carthage.

En Égypte, les pharaons du nom de Ramsès datent de cette époque[11]. Ram est une racine indo-européenne signifiant bélier. On la retrouve dans le nom de l'épopée hindoue le Ramayana[11].

Cultes : Monothéisme. Lutte contre les faux cultes et les polythéismes. Le sacrifice d'un bélier par Abraham à la place de son fils Isaac démontre l'obéissance au Dieu unique[11]. Le nom d'Abraham était antérieurement "Abram", qui signifie "venu du bélier" ou "fils du bélier"[11]. Les Hébreux à partir de Moïse vont fêter la Pâque en sacrifiant un agneau.

On trouve dans cette période le dieu solaire égyptien à la tête de bélier Amon[11], le culte de la Toison d'Or, le dieu Agni[11] chevauchant un bélier en Inde, le dieu serpent à tête de bélier en Gaule[11] ; à cette époque, la religion du bélier succéda également à celle du taureau en Assyrie[11] et en Crète[11].

L'abandon du culte du veau d'or est un rejet des anciens cultes, plus sensuels, associés au péché[11]. Rejet d'Astarté, divinité associée à Vénus et au Taureau.

Ère des PoissonsModifier

 
Acrostiche Ichtus.

Selon Paul Le CourModifier

Pour Paul Le Cour, l'Ère des Poissons a commencé à la naissance de Jésus-Christ[11]. En effet, Jésus fut symbolisé par le poisson (Ichtus) abréviation grecque de « Jésus-Christ, fils de Dieu sauveur » dans l'iconographie paléochrétienne, notamment dans les catacombes[11], d'où l'appellation de l'Ère. Selon Le Cour, l'ère prendra fin en 2160[11]. Elle correspondrait à la période pendant laquelle le point vernal se trouverait au moment de l'équinoxe de mars dans le signe des Poissons (un douzième du cercle zodiacal)[11]. Selon lui, l'Ère des Poissons s'illustre par une soumission aux religions et aux religieux, avec une prépondérance des dogmes[12].

Selon Rudolf SteinerModifier

Selon Rudolf Steiner, fondateur de l'anthroposophie, l'Ère des Poissons a débuté en 1413 apr. J.-C. et s'achèvera en 3573 apr. J.-C.

Cette datation est postérieure à celle suggérée par la majorité des astrologues, l'ère débutant selon lui lors de l'entrée du point vernal au milieu d'une constellation et non à son début[13].

En 2493, soit au milieu de l'Ère des Poissons, l'humanité doit acquérir l'âme de conscience, l'âme qui se saisit elle-même, qui a conscience de ce qui vit en elle, l'âme qui recherche la vérité et le bien moral, développer une égoïté christifiée et se confronter au mal en soi et à l'extérieur[14]. Steiner explique également que cette ère correspond à la cinquième église mentionnée dans l'Apocalypse, celle de Sardes[14].

Selon Carl JungModifier

Carl Jung s'intéresse et étudie l'astrologie ; dans le chapitre « Pensées tardives » de son autobiographie Erinnerungen, Träume, Gedanken, il aborde la question de l'Ère des Poissons comme précédant l'Ère du Verseau[15].

Ère du VerseauModifier

ControversesModifier

Selon Paul Le Cour et une majorité d'astrologues, l'Ère des Poissons aurait débuté avec l'avènement du christianisme et, environ 2150/2160 ans plus tard, commencerait l'Ère du Verseau[11].

D'après Max Heindel, l'Ère des Poissons aurait débuté en 498 et celle du Verseau commencerait en 2658.

Selon SteinerModifier

Rudolf Steiner par contre récuse cette façon de voir et affirme que l'Ère du Verseau ne commencera qu'en 3573 quand le point vernal sera à peu près au milieu de la constellation du Verseau. L'utilisation du coucher héliaque des étoiles à l'équinoxe, c'est-à-dire un point situé 15 degrés après le coucher du Soleil pourrait être utilisé comme repère au lieu du point vernal, qui est un point fictif, mais cela ne résout pas le problème de l'étendue inégale des constellations. Tout se passe, pour Steiner et les autres auteurs, exactement comme si les constellations étaient d'étendue égale, c'est-à-dire de 30 degrés. Si la plupart des astrologues s'accordent à diviser le zodiaque des constellations en 12 régions portant le même nom que les signes du zodiaque, tous ne s'accordent pas sur les frontières exactes de chacun des signes stellaires, ce qui entraîne des divergences notables sur la date du début des différentes ères astrologiques. Le problème se complique encore du fait que la vitesse de précession du point vernal n'est pas constante dans le temps.

Selon Rudolf Steiner[16], l'humanité se situe dans la cinquième époque post-atlantéenne. Cette époque serait divisée en sept civilisations correspondant à sept ères zodiacales, lesquelles correspondraient respectivement aux 7 Églises de l'Apocalypse (dernier livre de la Bible).

Chaque civilisation, d'une durée de 2160 ans, aurait pour but d'amener l'humanité à un nouveau stade d'évolution par la maturation chaque fois d'un élément de sa constitution.

Tableau
Période Civilisation Ère Église Développement du
7227 à 5067 av. J.-C. Inde ancienne Cancer Éphèse Corps éthérique
5067 à 2907 av. J.-C. Ancienne Perse Gémeaux Smyrne Corps astral
2907 à 747 av. J.-C. Chaldéo-égyptienne Taureau Pergame Âme de sensation
747 av. J.-C. à 1413 apr. J.-C. Gréco-latine Bélier Thyatire Âme d'entendement
1413 à 3573 apr. J.-C. Anglo-germanique Poissons Sardes Âme de conscience
3573 à 5733 apr. J.-C. Slave Verseau Philadelphie Moi spirituel
5733 à 7893 apr. J.-C. Américaine Capricorne Laodicée Esprit de vie

L'humanité se trouverait actuellement à la fin du premier tiers de l'Ère des Poissons.

Notes et référencesModifier

  1. W. Burkert, Les cultes à mystères dans l'Antiquité, Paris, 1992, p. 14
  2. Astrologie. Dictionnaire philosophique.
  3. L'origine de tous les cultes, ou la religion universelle, en trois volumes de textes et un volume de planches in-4, ou douze volumes in-8 abondamment illustrés (1795). Réédité en 1822 et en 1835-1836.
  4. Dupuis, Charles-François (1798). Origine de tous les cultes, tome I, p. 143, version en 4 vol., cité dans Jacques Halbronn. Astronomie et chronologie : Isaac Newton et l’école précessionnelle française
  5. A. Bailey, Le retour du Christ, Lucis Trust, (ISBN 978-2882890009).
  6. D. Rudhyar, Préparations spirituelles pour un nouvel âge, Éditions du Rocher, 1986, (ISBN 978-2268004358).
  7. P. Deunov, Le futur credo de l'humanité, Courrier du livre.
  8. Omraam Mikhaël Aïvanhov, Le Verseau et l'avènement de l'Äge d'Or, Éditions Prosveta, Œuvres complètes Tome 25, 1988.
  9. a b et c Astrological Ages et l'invention de l'écriture. Signs of the times
  10. Laura Winckler, L'ère du Verseau, éd. des 3 Monts, 1999, p. 179.
  11. a b c d e f g h i j k l m n et o Le Cour, "L'ère du Verseau", 1937.
  12. Le Cour écrit dans son chapitre La religion du Verseau : "Si la religion est actuellement attaquée, c'est parce qu'il n'est plus possible de la rendre acceptable aux hommes plus instruits, plus avertis, sans de profondes modifications de ses dogmes (...) Elle a perdu le sens des mystères qu'elle renferme". Cependant, Le Cour n'envisage pour l'ère nouvelle rien de valable qu'un christianisme régénéré par le retour du Christ.
  13. Une autre interprétation[Par qui ?] conduisant au même résultat s'appuie sur l'entrée du coucher héliaque des étoiles dans une constellation pour identifier la date d'entrée dans une nouvelle ère. Comme le coucher héliaque des étoiles se trouve à 15° du point vernal lors de l'équinoxe de printemps et comme une constellation correspond à 30° en moyenne, lorsque le point vernal est au milieu d'une constellation, les étoiles en coucher héliaque sont au début de cette constellation.
  14. a et b Rudolf Steiner, Théosophie.
  15. Ysé Tardan-Masquelier, Jung et la question du sacré.
  16. L' Apocalypse, Rudolf Steiner.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier