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'Pataphysique

mouvement philosophique fondé sur l'absurde
Diplôme du collège de Boris Vian, le 22 Palotin 80.

La ’Pataphysique apparaît dans Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, livre écrit par Alfred Jarry en 1897-1898. Elle est alors définie comme la « science des solutions imaginaires qui accorde symboliquement aux linéaments[1] les propriétés des objets décrits par leur virtualité »[2].

« Ces solutions imaginaires n'ont pas la généralité des théories scientifiques. Le pataphysicien, plus modeste et plus prudent, se contente donc de « solutions particulières »[3]. D'autre part, dans ses observations, il s'intéresse aux exceptions, puisque c'est l'anomalie qui fait avancer les idées, selon Boris Vian[4], qui avait pris pour devise une réplique de la pièce La Belle Aventure de Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet : « Je m'applique volontiers à penser aux choses auxquelles je pense que les autres ne penseront pas ».

Science des solutions imaginaires, science des solutions particulières, science des exceptions[5], autant de façons de caractériser la ’Pataphysique, ce qui peut se résumer en disant que « la ’Pataphysique est la Science »[6].

Principes et modalité d'expressionModifier

Une autre manière de définir la ’Pataphysique est de se référer au « principe d'équivalence »[7] : toutes choses seraient également belles, vraies, sérieuses. À la suite d'Alfred Jarry, le pataphysicien apprécie les écrits les plus délaissés. Les ready-made du satrape Marcel Duchamp dynamitent l'esthétique : « la moindre casserole fabriquée en série équivaudrait la Nativité d'Altdorfer »[8] ». Le « Collège » va s'intéresser à l'Art brut, aux ex-voto, aux plus modestes cambrousses comme aux discours moralisateurs et aux flonflons politiques. Selon le Testament du premier vice-curateur du Collège, « Nul n'est plus positif que le Pataphysicien : déterminé à tout placer sur le même plan, il est prêt à tout accueillir et cueillir avec même avenance[9]. » Mais le texte précise qu'il s'agit là d'une attitude extrême, celle du « pataphysicien total », dont on observe seulement des formes atténuées.

«Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas, comme le croient les naïfs qui prennent Jarry pour un satirique, de dénoncer les activités humaines et la réalité cosmique ; il ne s’agit pas d’afficher un pessimisme moqueur et un nihilisme corrosif. Au contraire, il s’agit de découvrir l’harmonie parfaite de toutes choses et en elle l’accord profond des esprits (ou des ersatz qui en tiennent lieu, peu importe). Il s’agit pour quelques-uns de faire consciemment ce que tous font inconsciemment. [...] Celui qui regarde de plus près et qui suit quelque temps ces travaux s’aperçoit peu à peu qu’ils correspondent à une vue d’ensemble et à une psychologie toute nouvelle, au-delà du rire et peut-être du sourire. Jarry était imperturbable.»[10]

ÉtymologieModifier

Littéralement ’pataphysique (contraction du pseudo-grec τὰ ἐπὶ τὰ μεταφυσικάtà epì tà metàphusiká – d'après le titre « τὰ μετὰ τὰ φυσικά » – « tà metà tà phusiká » – de l'œuvre la Métaphysique d'Aristote[11]) signifie « ce qui est sur la métaphysique », c’est-à-dire « ce qui est sur ce qui est après la physique » parce que le titre de l'œuvre la Métaphysique signifiait à l'origine « ce qui est (écrit) après (l'œuvre) la Physique ».

Jarry indique que l’apostrophe[12] précédant le nom sert à « éviter un facile calembour[13] », mais ce peut être un commentaire humoristique dans la tradition de cette philosophie, puisque le terme ’pataphysique est lui-même un calembour (paronyme) de métaphysique. Étant donné que l'apostrophe n'influence ni le sens ni la prononciation de ’Pataphysique, ce terme a pu être créé pour spécifiquement rappeler des calembours divers. Ces calembours comprennent patte à physique, pas ta physique, et pâte à physique.

Par ailleurs, l'apostrophe est aussi utilisée pour différencier le substantif ’Pataphysique de l'adjectif qui s'y rapporte pataphysique.

En outre, Jarry fait remonter l’origine de cette science à « Ibicrate le Géomètre » et « Sophrotatos l’Arménien[14] », deux penseurs grecs fictifs.

InstitutionModifier

 
Véritable Portrait de Monsieur Ubu.
Dessin d'Alfred Jarry.

« Société de recherches savantes et inutiles », le Collège de 'Pataphysique, fondé en 1948, publie une revue, Viridis Candela (La Chandelle verte en latin), qui comporte diverses séries. Y sont parus, entre autres, les premiers textes de Ionesco, de nombreux inédits de Vian, Jarry ou Julien Torma et les premiers travaux de l’Oulipo.

Les trois premières séries de la revue correspondent au Collège des fondateurs. On distingue :

  • Cahiers du Collège de ’Pataphysique, numéros 1 à 28 ( à ) ;
  • Dossiers du Collège de ’Pataphysique, numéros 1 à 28 ( à ) ;
  • Subsidia pataphysica (Soutiens pataphysiques) numéros 1 à 28 ( à ).

De 1975 à 2000, le Collège est « occulté ». Une organisation transitoire, le Cymbalum Pataphysicum, publie les trois séries suivantes :

  • Organographes du Cymbalum Pataphysicum, numéros 1 à 28 (oct. 1975 à ) ;
  • Monitoires du Cymbalum Pataphysicum, numéros 1 à 28 ( à ) ;
  • L'Expectateur, numéros 28 à 1 (qui sont aussi les 29 à 56 des Monitoires) ( à ).

Depuis l'an 2000, le Collège est désocculté et publie :

  • Carnets trimestriels du Collège de ’Pataphysique, numéros 1 à 28 ( à ) ;
  • Le Correspondancier du Collège de ’Pataphysique, numéros 1 à 28 ( à ).
  • Le Publicateur du Collège de ’Pataphysique (depuis ).

Les membres du Collège de ’Pataphysique reçoivent chaque année quatre numéros des Viridis Candela et en outre, deux publications internes hors commerce, qui peuvent prendre les formes les plus variées. Le Collège a d'autre part publié divers ouvrages, et en particulier :

  • Les Très Riches Heures du Collège de ’Pataphysique compilées par Thieri Foulc (Fayard, 2000, 141 pages) ;
  • Le Cercle des Pataphysiciens (Mille et une nuits, 2008, 128 pages) ;
  • Alfred Jarry : Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien édition fortement commentée, (Éditions de la Différence, 2010, 493 pages) ;
  • Jarry en ymages, ouvrage coordonné par Thieri Foulc (Le promeneur, Gallimard, 2011, 188 pages).

Le Collège a essaimé en de nombreux instituts étrangers (argentin, milanais, limbourgeois, germain, suédois, londonien, hispanique, napolitain, batave, chinois, québécois, américain…).

DiversModifier

  • Un auteur américain, Pablo Lopez, a également créé une addition à la science appelée la pataphore (notamment dans Closet ’Pataphysics, 1990 et Pataphors, Université de Hollins, 1994).
  • Un Alumnat de 'Pantaphysique a connu une existence éphémère au début des années 1970 avec quelques publications remarquées[réf. nécessaire].
  • Dans la chanson des Beatles Maxwell's Silver Hammer, la ’pataphysique est citée par Paul McCartney, qui s'est déclaré admirateur d'Alfred Jarry.
  • Sur l'album Volume Two du groupe britannique Soft Machine sont présentes deux chansons intitulées Pataphysical Introduction No. 1 et Pataphysical Introduction No. 2.
  • Gilles Deleuze (notamment dans Critique et clinique et L’Île Déserte) développe l’idée qu'en créant la ’pataphysique Jarry a ouvert la voie à la phénoménologie.
  • Dans leur chanson Hater's Killah, Stupeflip décrivent dans le refrain leur façon de penser et leur musique comme « un truc pataphysique »[15]
  • Le docteur Faustroll ayant mis sur le même pied la ’Pataphysique et la Catachimie, il était nécessaire que soit créé un Collège de 'Catachimie[16].
  • En Suisse, Centre helvétique de recherches périphéroscopiques, Oleyres[17].

Notes et référencesModifier

  1. Premiers traits caractéristiques d’une chose, d’un processus en développement.
  2. Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, Livre II, chapitre VIII.
  3. Cf. Interview de Christian Bodros, Dataire du Collège de 'Pataphysique Lire en ligne
  4. Émission radiophonique, mai 1959. Citée dans le numéro 12 des Dossiers du Collège.
  5. Cf. Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, Livre II, chapitre VIII.
  6. La formule « la ’Pataphysique est la Science » reprend les tous derniers mots des Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien.
  7. Principe notamment exposé par Alfred Jarry dans les Petits crayons de Pataphysique, ou l'auteur développe, par la bouche d'Ibicrate, la théorie de juxtaposition du signe plus et du signe moins : « identiques à plus forte raison, puisque le sont les contraires » (Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, chapitre XXXIX)
  8. Opus pataphysicum, Testament de Sa Feue Magnificence le Docteur I. L. Sandomir, éditions du Collège de ’Pataphysique, 15 clinamen 86 E. P.() p. 138
  9. Op. cit. p. 139
  10. « Collège de ’Pataphysique », sur www.college-de-pataphysique.fr (consulté le 14 novembre 2019)
  11. http://dictionary.reference.com/browse/pataphysics?r=66
  12. Sur le problème de l'apostrophe, la Faculté Uqacienne de ’Pataphysique donne un élément de réponse : il s’agirait du « é » de épataphysique.
  13. cf. Alfred Jarry, Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, Gallimard, 1980, Livre II Éléments de ’pataphysique, Définition VIII, p. 31.
  14. Alfred Jarry, Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, livre VIII, XXXIX, lire en ligne.
  15. Stupeflip Officiel, « Stupeflip - Hater's Killah », (consulté le 29 avril 2019)
  16. « Collège de 'Catachimie », sur sites.google.com (consulté le 15 janvier 2017)
  17. Référence BNF [1].

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier